L'histoire de l'art prolonge une longue tradition humaniste qui, depuis Pline et Vasari jusqu'à Lessing et beaucoup d'autres, a stabilisé sa jurisprudence. C'est une formidable accumulation de connaissances qui se veulent aussi exactes que possible. Elle établit des règles de lecture et de description. Utilisant différents méthodes, par exemple la méthode iconologique d'Erwin Panosfky qui subordonne l'oeuvre d'art à la raison, elle interprète l'image en fonction de ses significations ou du code qu'elle est supposée restituer.
Une mutation est intervenue au début du 20ème siècle, qui a mis en question l'objet et même l'existence de cette discipline. Comme toute histoire, celle de l'art est anachronique. Les méthodes descriptives sont utiles mais insuffisantes, le classement par les écoles ou par les styles ne permet pas d'accéder à l'essence de l'oeuvre. Si l'image est un symptôme inaccessible au savoir, il faut revenir à l'oeuvre dans sa singularité. Ceux qui, comme Carl Einstein, ont tiré toutes les conséquences de ce malaise, ont été mis à l'écart. D'autres ont accepté une lente évolution par laquelle la critique d'art, diversifiée et multiple, a pris le pas sur l'histoire académique.
Dans histoire de l'art, il y a histoire et art. Les deux mots sont problématiques, et leur rapprochement encore plus. Tous deux suggèrent quelque chose de l'ordre de l'origine, du commencement, comme si l'histoire de l'art devait avoir un début et une fin. Or cette idée d'un sens de l'histoire fait obstacle à un regard sur les oeuvres.
Toute histoire de l'art s'écrit à partir du présent. A condition de ne pas négliger cette évidence, on peut tenter une archéologie critique de l'histoire de l'art.
On ne se débarrasse jamais complètement de l'idée d'une rédemption par l'art. Malgré l'effacement des avant-gardes, cette idée revient toujours (sous une forme ou une autre). Toute histoire de l'art prophétise. |