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                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Du sens de l'histoire de l'art                     Du sens de l'histoire de l'art
Source :              
Georges Didi-Huberman - "Devant le temps - Histoire de l'art et anachronisme des images", Ed : Minuit, 2000, p60

L'histoire de l'art est née deux fois : en 77 de notre ère avec Pline l'Ancien, et en 1550 avec Vasari

   
   
   
                 
                       

Pline l'Ancien a dédié son Histoire naturelle à l'empereur Vespasien, et Vasari ses Vies à un pape : Cosme de Médicis. Ces deux commencements semblent faire système : l'un répète l'autre. Souvent, Vasari traduit Pline. Le moderno vasarien se donne comme la résurrection de l'antico romain. Mais l'humanisme de Vasari introduit un renversement par rapport au projet plinien. On peut résumer ainsi les lignes de partage :

- L'histoire de l'art se constitue chez Vasari comme le savoir spécifique et autonome des objets figuratifs - un savoir fermé -. Vasari a une conception académique de l'art. Il revendique le privilège et la distinction des arts libéraux et, dans la pratique picturale, un ordre de l'idée (développé par Panofsky). Sa culture esthétique est inséparable de l'invention rhétorique. L'art de son temps se présente comme une renaissance qui ressuscite le "bon art", orienté vers des enjeux fondamentaux (téléologiques) (p64), en vue d'une gloire immortelle. La chronologie est historique. Les oeuvres d'art peuvent s'échanger, s'accumuler, servir de décoration.

- Pour Pline, l'art (artes) est une notion ouverte coextensive à l'histoire naturelle. Il y a art chaque fois que l'homme imite ou dépasse la nature. Dans cette conception juridique des objets visuels, le produit de l'art a un rapport de dignité au monde juridique et social. Pline développe son projet selon un ordre des matières. Il est indifférent à l'esthétique. Il n'est pas question de représentation ni de genres artistiques, mais seulement de matériaux, de ciselure, modelage ou teinture. Il n'y a aucune téléologie de l'art. Avant de parler histoire (la liste des artistes célèbres), Pline évoque la question de l'origine de la peinture. Elle est anthropologique, juridique et structurale : à travers les mots imago et pintura, c'est une généalogie de l'image et de la ressemblance dont il est question, en termes de loi, de justice et de droit. Pour lui, le commencement de l'histoire de l'art est une décadence. C'est la mort de toute notion "digne" de l'image et de la ressemblance. Celle-ci ne vaut qu'à condition de proscrire tout échange et toute permutation. En ce sens, l'art n'existe plus (p65).

A ces deux naissances, il faut peut-être en ajouter une troisième : celle qui est initiée par Walter Benjamin et dont Georges Didi-Huberman tente de poser quelques postulats qui lui sont propres.

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