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Cinéma, seul art de ce siècle                     Cinéma, seul art de ce siècle
Le Vaste Livre du Cinéma               Le Vaste Livre du Cinéma  
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Galgal, 1988-2007, Page créée le 7 avril 2006

[Le cinéma est l'art populaire où l'humanité actuelle se forme et s'expose]

Autres renvois :
   

Derrida, le cinéma

   

La photographie

   
                 
                       

Il est banal de dire que le cinéma est le seul véritable art populaire, l'art du 20ème siècle. De même que la photographie a bouleversé la peinture du 19ème siècle, le cinéma a changé la littérature et contribué à la marginalisation relative de l'art dit contemporain. En s'imposant, avec ses normes, comme seul art traditionnel vivant - et peut-être aussi seul art véritablement moderne -, il a rejeté à la périphérie une multitude de pratiques qui ont le tort de ne plus soutenir suffisamment le désir.

Par le cinéma, l'humanité actuelle s'expose. Elle se projette en même temps qu'elle se vit. Se saisissant au présent, elle prend une empreinte d'elle-même. A la place des grands récits abandonnés, on y trouve des petits récits ou des embryons d'épopées comme le western, en relation avec les événements politiques, économiques ou culturels familiarisés par les médias. Bien que nous soyions seuls devant l'écran, c'est une industrie faite pour la reproduction et la diffusion massives.

Le cinéma n'est ni de la photographie animée, ni de la peinture sonorisée. Il fonctionne par montages et associations, avec ses propres appareils, langages et codes tellement intégrés à la langue courante que nous les oublions. C'est une charnière entre voix, industrie, jouissance, inconscient et formes de la vision. Quels que soient son thème et sa forme, il fabrique de la fiction, de l'imaginaire.

Le cinéma arrache des témoignages au réel. Il livre sans retenue le spectateur à l'impression de réalité, à la croyance, sans ignorer qu'il s'agit d'illusion. Prenant appui sur un double retrait (la scène filmée, la personne du spectateur) et sur la quatrième dimension (mouvement et son) qui restitue une certaine continuité du réel, il peut faire complaisamment croire que le monde projeté est réaliste. Bien entendu personne n'est dupe [sauf André Bazin]. C'est tout son charme.

Le spectateur est seul. Il fait le vide en lui. Par un pur acte de perception, il se met en rapport avec l'objet tout en le gardant à distance.

Voir un film, c'est plonger dans un rêve. Comme dans les vrais rêves, il y a une part d'érotisme. Exhiber est toujours obscène, mais avec des dispositifs comme le gros plan, la profondeur de champ ou la succession rapide des cadrages, on accède à une proximité inédite. Nous entrons en relation avec le fantasme d'autrui, nous hallucinons ce qui est vraiment là. Nous n'avons pas à nous gêner. Provisoirement, la promiscuité, le retour à l'adolescence et bien d'autres comportements inusuels ne sont plus interdits.

Les films montrent des spectres qui nous sont plus ou moins familiers (comme ceux de la scène primitive), mais qui chaque fois se produisent de nouveau. On peut toujours comprendre plus ou autre chose que ce qu'ils racontent.

Le cinéma est est un art impur qui mélange les autres arts. Roman, musique, peinture, théatre se redéfinissent par rapport à lui. Il porte l'esthétique contemporaine. Il modèle l'espace, y intégrant le son et la voix. Il nous habitue à de nouveaux critères de vraisemblance.

La mobilité de la caméra ouvre de nouvelles libertés, délivre des carcans. Elle donne la primauté à l'événement.

Le cinéma évolue. Les langages se succèdent. Les codes se confrontent et se transforment. L'accent peut être porté sur le détail ou sur la globalité du réel.

Il faut bien que notre époque se fasse une idée d'elle-même. C'est ce que j'appelle la perspective contemporaine ou espace vocal. Peu importe le vocabulaire. Il faut une mise en ordre qui implique le désir, organise les représentations, mette en place des textes et des intertextes, les intègre dans des discours. Le cinéma, tel qu'il fonctionne, prend en charge cette mise en ordre. Il en donne le cadre. Par ses montages, il soumet l'espace à la voix. Il nous fournit un modèle de vision par rapport auquel nous nous repérons.

Il produit un régime de croyance, que Jacques Derrida qualifie de spectral.

 

On peut considérer chaque film comme une contribution à la tâche immense, toujours recommencée, d'imaginer l'espace dans lequel nous sommes.

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Propositions

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Le cinéma est le seul art dont on peut dire qu'il est important pour tout le monde, le seul art traditionnel vivant

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Le cinéma est le seul grand art populaire

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Le cinéma est une technique de l'imaginaire

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Nouvelle religion des temps modernes, le cinéma est une méga-machine qui projette le Soi à venir d'une humanité qui sait qu'elle s'auto-produit

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La nature illusionniste du cinéma est au second degré : fruit d'un montage, elle ne pénètre au coeur du réel que parce qu'elle use d'appareils

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Photographie, cinéma et télévision sont des empreintes de l'objet, des traces qui en préservent un certain degré de présence

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[La plupart des films s'organisent autour de la voix]

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Le cinéma suppose un double retrait : 1/ L'objet filmé 2/ la personne du spectateur

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Le spectateur de cinéma se sait au cinéma tandis que le rêveur ignore qu'il rêve; pourtant l'impression de réalité du cinéma est comparable à l'illusion de réalité du rêve

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Si le cinéma est projection du monde, il se projette tout autant lui-même dans et sur le monde

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Le mythe originel du cinéma est celui du réalisme total : ajouter à l'objectivité de la photographie celles du mouvement, du relief et du son

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Au cinéma, continuellement, on voit parler : la voix est toujours présente comme telle

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La quatrième dimension qu'ajoute le cinéma à la photographie est d'emblée auditive : avec le mouvement (temporalité) arrive le son (parole)

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Il y a vraiment film quand la voix du réalisateur y fait effraction

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Au cinéma, le spectateur est seul, tandis qu'au théatre, la présence est collective

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Le cinéma nous ouvre l'accès à l'inconscient visuel, comme la psychanalyse nous ouvre l'accès à l'inconscient pulsionnel

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Le cinéma est une répétition de la scène primitive

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L'état filmique et l'état onirique se rejoignent dans leurs trouées

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L'érotisme est un contenu fondamental du cinéma, et de lui seul (par opposition aux autres arts, qui le confinent dans des "genres" spécialisés)

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Un film met en relation avec le fantasme d'autrui

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Il y a une obscénité, une pornographie ontologique de l'image cinématographique

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Le spectateur de cinéma hallucine paradoxalement ce qui est vraiment là : les images et les sons du film

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L'expérience cinématographique appartient, de part en part, à la spectralité

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L'essence du cinéma est l'immédiateté de la chose elle-même là, non pas reproduite mais chaque fois produite de nouveau

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Au cinéma, il faut que nous puissions croire en la réalité des événements en les sachant truqués : c'est la limite du montage

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Le cinéma est une libération inégalable, un défi aux interdits qui autorise toutes les identifications, sans sanction ni travail

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Par cinéma, on entend la liberté de l'action par rapport à l'espace, et la liberté du point de vue par rapport à l'action

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Par sa technique, le cinéma a délivré l'effet de choc physique de la gangue morale où le dadaisme l'avait enfermé

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Le cinéma est une recherche de l'homme : il fait prendre conscience de la condition humaine, qu'il saisit au présent

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Le cinéma est un art ontologiquement moderne par son caractère massif, démocratique et marchand

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Tous les arts du 20ème siècle sont marqués par un processus de subversion radicale de leur propre forme, sauf le cinéma, car il prend la suite des grands récits mythiques

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Un documentaire est un scénario, tandis qu'un témoignage cinématographique est ce que l'homme peut arracher à l'événement

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Le spectateur de cinéma s'identifie à lui-même comme pur acte de perception ou pur regard

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Tout film est un film de fiction, et le cinéma en général est happé par la fiction

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Comme tous les "grands arts", le cinéma maintient l'objet à distance

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Le cinéma met en rapport avec l'objet, sans l'illusion d'une plénitude possible du rapport objectal

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[Le cinéma est une instance initiatrice pour une adolescence permanente]

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Dans le cinéma moderne, pour que le spectateur éprouve le sentiment d'une présence totale à l'événement, il faut que le cadrage épouse le rythme pur de l'attention

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La profondeur de champ est une acquisition capitale de la mise en scène cinématographique, qui met l'événement en valeur en rapprochant le spectateur de l'image

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Avec le montage, le cinéma naît en tant qu'art disposant d'un langage qui le distingue vraiment de la photographie animée

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Le technique de production des films ne permet pas seulement leur reproduction et leur diffusion massive, elle l'exige

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Au temps du muet, le montage évoquait ce que le réalisateur voulait dire; en 1938, le découpage décrivait; dans les années 1945-55, le metteur en scène écrit directement

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Le cinéma est un lieu de passage, de transformation et de confrontation des codes

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L'essentiel du cinéma ne réside pas dans l'expressionnisme de l'image ou du montage, mais dans un langage capable de faire passer la continuité vraie de la réalité

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Le cinéma est l'affaire de l'homme privé : pur sujet vidé de tout contenu, omnivoyant et invisible, point de fuite de la perspective monoculaire

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Le théatre a vu le jour comme une cérémonie dans la cité, tandis que le cinéma est né dans une société éclatée, individualiste, où prévalait la famille restreinte

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Le cinéma, comme spectacle, participe de la dimension esthétique au sens anthropologique

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Les problèmes de l'art actuel ne peuvent trouver leur formulation qu'en corrélation avec le film, car le cinéma démonte/remonte les formes de vision des machines actuelles

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La structure du cinéma est celle de l'espace vocal : un hors-champ habité par une voix qui est le corollaire du champ

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Le cinéma est un art impur ou de l'impureté, l'art du mélange en général, fait du mélange des autres arts (roman, musique, peinture, théatre)

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Comme le roman, le cinéma s'oppose au théatre par la primauté de l'événement sur l'action, de la succession sur la causalité, de l'intelligence sur la volonté

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Le secret du western est qu'il s'identifie à l'essence même du cinéma, qui est l'art spécifique de l'épopée

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Le néo-réalisme au cinéma se caractérise par l'affirmation d'une certaine globalité du réel

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Le cinéma a contribué à faire disparaître le répertoire tragique en modifiant notre sens de la vraisemblance dans l'interprétation

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Le cinéma imite (sémiologiquement) le roman, il le prolonge (historiquement) et le remplace (sociologiquement)

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L'invention du film parlant est concomitante du fascisme; les deux sont liés à la crise économique

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Une sonorisation naturelle pousse le cinéma dans le sens d'un art réaliste

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[Le cinéma règle le rapport au désir]

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[Le cinéma est un puissant vecteur de vocalisation de l'espace]

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[Le cinéma est un régime de croyance qui déploie les fictions, les discours et les codes]

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[Derrida, le cinéma]

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[Sur des films]

     


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