Le cinéma nous introduit à un régime de croyance paradoxal dans lequel, comme sujets-spectateurs, nous sommes à la fois impliqués et retirés. Les personnages et les décors sont à la fois présents et absents. La matière du film n'est qu'un reflet, une illusion qui s'efface sous le contenu de la fiction racontée. Grâce à ce régime ambigu, nous nous intéressons ou des scenarios improbables ou à des histoires de western simplistes et ridicules, qui nous seraient indifférents en-dehors de ce contexte.
On y expérimente des avatars de discours dans une pureté qui permet leur expérimentation par le désir. Ayant toujours été discursif, même quand il était muet, le cinéma a déployé les codes et exhibé les discours. Il les inscrit en un lieu physique qui combine image, texte et narration, dans des conditions qu'aucun autre art ne peut approcher.
En rendant (peut-être faussement) intelligibles des contenus inconscients, il procure une émotion esthétique, il nous apporte certaines satisfactions sans nous faire payer le prix réel de la réalisation de ces pulsions et fantasmes.
Le cinéma est un lieu de passage et d'identification où ses propres codes rencontrent ceux qui sont en vigueur dans la culture. Dans cette confrontation, tous se déplacent, se transforment ou se désagrègent. |