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Derrida, l'art, l'oeuvre                     Derrida, l'art, l'oeuvre
Source : Le mouvement se dissémine               Le mouvement se dissémine
Jacques Derrida - "Lecture du Droit de Regards de Plissart", Ed : Minuit, 1985, pX La forme distingue

Une oeuvre d'art préserve un fonds indéterminé, un espace vide où la différence, tremblante, est mise en mouvement

La forme distingue
     
     
     
     
                   
                         

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Peut-on généraliser ce que Derrida dit de l'oeuvre de Marie-Françoise Plissart? S'il faut inventer, pour la désigner, un genre particulier (pVI), ce n'est pas pour ajouter un élément à une catégorie (un genre de plus dans la série des genres, par exemple le roman-photo muet après le roman-photo à bulles et, par exemple, le roman de gare, la science-fiction ou la bande dessinée), c'est parce que cette oeuvre a certaines caractéristiques qui sont précisément celles que Derrida désire mettre en valeur. Il y aurait un genre d'oeuvres qui sont vraiment des oeuvres. Comment définir ce genre? Il y a ni texte, ni parole, ni voix. Les oppositions, y compris sexuelles, sont instables. Entre les photos, il y a mouvement, mais chaque photo marque aussi un arrêt. Il y a des temps morts, des trous, des indéterminations, une liberté de jeu quasiment illimitée : chacun peut parler de l'oeuvre dans sa langue, avec ses mots (ou ne pas en parler).

Derrida oppose Droit de regards, oeuvre muette, sorte de roman-photo qui ne semble pas rentrer dans un genre déterminé, à des genres stabilisés : le cinéma, le théatre et la littérature. Pour qu'il y ait oeuvre, il faut ménager la place vide de la différence (on pourrait écrire différance). Cela implique-t-il que les genres déjà trop fixés, répertorisés, bouchent cette place vide? Peut-être. Le cinéma, dit Derrida, a toujours été parlant - c'est-à-dire rhétorique, discursif.

Pourtant certains films sont des oeuvres - au sens de Droits de regards. De même qu'Hubert Damisch distingue deux genres de peinture, d'une part la peinture bavarde et d'autre part celle qui [n'étant pas soumise à une rhétorique] est capable de produire un fait pictural, il peut y avoir au cinéma des arrêts qui rompent la continuité du discours, par lesquels le cinéma se fait oeuvre. Il faut, pour cela, préserver, l'indétermination du fond : un thème développé par Jean-Luc Nancy.

     


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