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Derrida, la loi                     Derrida, la loi
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 3 août 2007.

[Derrida, la loi, le droit]

Autres renvois :
     

Derrida, père et fils

     

La loi

     

Derrida, la tora

 
                   
                         

Dès l'origine, la loi est double :

- c'est un événement performatif, la décision d'un autre qui est extérieur à ce qu'il instaure. Cet autre peut toujours arriver, ce qui rend la loi imprévisible, irréductible. D'elle surgit le "il faut" qui est au-delà du droit. S'il faut du tout-autre, du juste, c'est parce que l'exappropriation humaine implique qu'il faut [aussi de] la dissémination (ou qu'il faille, car cette loi met en défaut). Ce droit est incalculable. Il excède, il disloque.

Quand le mouvement de la différance ou l'archi-écriture ne s'arrêtent plus, alors s'ouvre un lieu où s'impose la loi de l'hymen, l'étrange loi de la dissémination qui déconstruit l'ordre symbolique. Depuis le commencement, cette loi doublait celle du père.

- un spectre, que nous ne pouvons pas regarder dans les yeux, nous observe et nous surveille. Son droit de regard est absolu, dissymétrique. Nous le respectons. Nous savons qu'il est du côté du discours, du droit et de la norme. Il s'accorde à la vérité, qui est toujours celle du père : la voix de la conscience, porteuse du cogito et du commandement divin, qui agit toujours au présent. En Occident, cette vérité s'ordonne par l'écriture phonétique (voire le trait du dessin). Le spectre préside à la possession, à l'objectivation. Sa règle de fonctionnement est l'analogie. Tout ce qui vient en plus (la supplémentarité, le pharmakon), il l'inverse.

Après la loi de l'humanisme vient la loi de la loi : celle de l'autre homme (une promesse dont le contenu n'est pas définie à l'avance). A son sujet, on peut proposer des principes non juridiques comme celui de l'hospitalité inconditionnelle, pas des lois. Cela n'interdit pas de changer la loi, d'avancer les linéaments d'un nouveau droit (concret) à partir des principes à soutenir devant les télépouvoirs. L'Internet y oblige.

Les deux lois, la loi et son double, ne sont pas séparables. Si je vise la vérité (ce qu'un philosophe ne peut pas éviter de faire), je fétichise et je légalise le logos, mais "il faut" aussi que je démystifie la vérité, que je dissémine.

Quand Jean-Jacques Rousseau revendique le droit à une fête naturelle et continue, il pointe l'origine sacrée de la loi (la pitié) mais déjà l'excède.

La loi du père est aussi celle de Moïse. Derrida s'est donné pour tâche de la briser, tout en restant son héritier (une autre modalité du juif laïque). A son tour, il mange la loi, remettant en question le partage entre loi écrite et loi orale.

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Propositions

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Il y a deux sortes de justice : celle qui fait droit (calculable); celle qui ouvre la dissymétrie infinie du rapport à l'autre (incalculabilité messianique du don)

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A l'origine de l'épistémé, du logos et de la soumission à la loi est l'inversion du pharmakon

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La logique est ce qui revient au père mort comme à la loi et au logos; elle constitue la vérité du logocentrisme

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Le discours se pose en posant la norme ou la valeur du sens, c'est-à-dire l'élément de la légalité en général

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"Il faut la vérité", c'est la loi - disséminatrice et fétichiste

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La figure de la loi est hétéronomique, dissymétrique : elle nous regarde comme un spectre à travers un effet de visière où nous nous sentons vus sans pouvoir croiser son regard

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A l'origine du graphein (écriture ou dessin), il s'agit d'observer la loi, d'ordonner la vérité à la dette par la grâce du trait

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En premier lieu, la cause du respect est la loi et non la personne

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Au 17ème siècle, la présence se détermine comme présence à soi, subjectivité, voix de la conscience qui porte en soi la loi divine

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La vérité a pour norme, ordre et loi la présence du présent, soit comme dévoilement de la chose, soit comme accord entre la chose et la représentation

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Dans la société logoarchique, l'analogie est la règle qui soumet le jugement à une loi de supplémentarité

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La dissémination ouvre un lieu où aucune forme de présence n'agraphe plus la trace, où aucun point n'arrête l'écriture au nom de la loi

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L'autre éthique à-venir est "ce qui vient", "ce qui arrive", une hétéronomie où l'autre est ma loi

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"Il faut" la dissémination, car c'est la loi de l'hymen

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Dans sa généralité, l'écriture est assujettie à la loi de l'hymen : écarter la référence

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Axiome de la justice : elle est inconditionnelle et indémontrable, elle engage au-delà du droit, de la norme, du temps

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Loi de la dissémination : tout commence par une doublure

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Par la loi de l'hymen, la théorie dérridéenne du double prolonge l'inquiétante étrangeté freudienne

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Il faut penser la justice dans un au-delà du droit qui est excès, disjointure, dislocation

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La dissémination est la possibilité de déconstruire l'ordre symbolique dans sa structure générale et dans les formes de la socialité, de la famille et de la culture

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La loi est fondée sur un événement performatif, une décision de l'autre dans l'indécidable, qui ne peut appartenir à ce qu'elle institue

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Là où s'achève un concept de l'homme, l'humanité pure de l'autre homme ou de l'homme autre commence comme loi de la loi, promesse messianique sans contenu

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L'hospitalité inconditionnelle (visitation sans invitation) est un principe à maintenir; ce n'est pas un concept politique ou juridique

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Pour changer le droit, le faire progresser, il faut mettre en jeu deux pôles irréductibles l'un à l'autre mais indissociables : le concept pur et le processus empirique

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Le spectre dispose du droit de regard absolu, il est le droit de regard même

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Tout droit, d'une certaine manière, est droit de regard

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La loi qui préside au "droit de regard" de la photographie est la prise de vue comme possession, objectivation, perspective

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Pour Rousseau, la pitié comme loi naturelle, originelle, inexorable, dont toute institution est le supplément et la suppléance, est portée par la voix

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Pour qu'il y ait de l'interdit, il faut supposer un temps d'in-différance, de continuité pure, où la loi apparaît comme naturelle

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Dans la question du droit de regard et de notre place par rapport aux télépouvoirs, il y va d'une nouvelle éthique et d'un nouveau droit

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La publication sur le web oblige à réélaborer tout le champ de l'espace public de l'édition et du droit

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Derrida a toujours associé les concepts d'écriture et de différance à la brisure de la loi de Moïse

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Derrida a instauré une autre modalité du juif laïque : celle des Tables brisées

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Derrida repose à sa manière la question du rapport entre tora écrite et tora orale

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Derrida associe l'archi-trace à deux passages de la bible où il est question de manger la loi écrite

     


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