| Du père au fils, ça ressemble à un jeu à deux, mais c'est un jeu à quatre : le père légitime, le fils légitime, le père mort, le fils orphelin, quatre places à ne pas confondre avec celles de l'Oedipe freudien car il n'y a pas de maman dans cette scène de famille, il y a une mère qui se situe sur un autre plan (le dialecte, la langue maternelle).
Le père est. Cela se dit dans le langage de l'ontologie, de la métaphysique, de ce qu'on désigne comme métalangage : un projet intenable, impossible, à ne pas confondre avec le logos, car pour qu'il y ait logos, il faut que l'inscription produise le fils - ce qui entame l'être du père. Le discours est logocentrique parce qu'il revient au père qui, par sa parole vive, l'assure de sa vérité. Mais le logos (la raison, la logique) est un fils.
Pour qu'il y ait filiation, il faut que le père abandonne sa semence. Alors sa face se retire, les différences se différencient et les suppléments s'ajoutent (différance). L'écriture féconde est orpheline. En suppléant à la semence, elle se fait parricide. La pleine présence du père, sur laquelle reposait le logos, est impossible. Des oeuvres surgissent, mais ce sont des pharmakon; des artefacts dont aucun père n'en répond.
Les généalogies qui s'instituent ne commencent plus par le père. Seule la semence idéalisée [qui n'en est plus une] revient au père, sinon elle reste illégitime, extérieure. La dissémination est inéluctable.
Il arrive que le père perde la vue et dépende de ses fils pour la récupérer. En ce point où il ne voit pas, il pressent un autre ordre, auquel il peut donner sa bénédiction.
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Tous les écrits de Jacques Derrida étant plus ou moins autobiographiques, la question se pose de la place du père pour lui. Un jour de 1972, il a perdu sa bague, son anneau, son alliance, mais il l'avait perdue dès le départ, il avait même du se porter lui-même le jour de sa circoncision. N'appartenant à rien, il ne pouvait que s'auto-affecter pour prendre une place dans sa lignée. |