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Derrida, père/fils                     Derrida, père/fils
Source : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par Pierre Delayin le 3 mars 2007.

[Derrida, père et fils]

Autres renvois :
     

Derrida, la loi

     
     
 
                   
                         

Du père au fils, ça ressemble à un jeu à deux, mais c'est un jeu à quatre : le père légitime, le fils légitime, le père mort, le fils orphelin, quatre places à ne pas confondre avec celles de l'Oedipe freudien car il n'y a pas de maman dans cette scène de famille, il y a une mère qui se situe sur un autre plan.

Le père est. Il n'est pas le logos, car pour qu'il y ait logos il faut que l'inscription produise le fils - ce qui entame l'être du père. Donc le logos est un fils. Le discours est logocentrique parce qu'il revient au père qui, par sa parole vive, l'assure de sa vérité. C'est la raison, la logique.

Pour qu'il y ait filiation, il faut que le père abandonne sa semence, que sa face se retire, que l'écriture y supplée, que les différences se différencient et que les suppléments s'ajoutent (différance). L'ordre du père est menacé. Il y a parricide. La pleine présence du père, sur laquelle reposait le logos, est impossible. L'écriture est orpheline. Des oeuvres se produisent, dont nul ne répond.

La dissémination est inéluctable. Soit la semence, idéalisée, revient au père, soit elle reste illégitime, extérieure.

Il arrive que le père perde la vue et dépende de ses fils pour la récupérer. En ce point où il ne voit pas, il pressent un autre ordre, auquel il peut donner sa bénédiction.

Tous les écrits de Jacques Derrida étant plus ou moins autobiographiques, la question se pose de la place du père pour lui. Un jour de 1972, il a perdu sa bague, son anneau, son alliance, mais il l'avait perdue dès le départ, il avait même du se porter lui-même le jour de sa circoncision. N'appartenant à rien, il ne pouvait que s'auto-affecter pour prendre une place dans sa lignée.

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Propositions

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Le père est ce qui est

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L'inscription produit le fils; en même temps, elle constitue la structuralité du logos et l'entame

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Le logos est un fils dont l'origine est son père, et qui se détruirait sans sa présence

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La vérité qui se parle dans le cercle logocentrique, c'est le discours de ce qui revient au père

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Le mouvement de la différance qui ouvre l'écriture est un retrait de la face du père

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La dissémination figure ce qui ne revient pas au père

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Le point d'impossibilité d'une présence pleine et absolue du logos ne peut s'écrire que comme parricide

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La spécificité de l'écriture (graphein) est l'absence du père : elle est une orpheline qu'aucune assistance ne vient prendre en charge

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L'écriture est parricide, hors-la-loi, elle est un fils orphelin qui s'expose à la perte

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Une oeuvre (ergon) est un "pharmakon" dont aucun père ne répond - comme l'écriture

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Une scène de famille met sans cesse en question la maîtrise des pharmaka qu'on devrait se transmettre de père légitime en fils bien né

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On peut considérer la dissémination selon le chiasme : rester comme différance séminale / se laisser réapproprier dans la sublimité du père

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La logique est ce qui revient au père mort comme à la loi et au logos; elle constitue la vérité du logocentrisme

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Il fallait qu'Isaac et Jacob soient devenus aveugles pour qu'ils puissent accomplir le dessein de dieu en bénissant par substitution le fils élu

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Tobit voit dans son fils qui lui rend la vue et dans l'ange invisible qui l'a guidé l'origine même de la capacité de voir

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J'ai du me porter moi-même lors de ma circoncision : c'est ce qui, pour qui sait lire, s'écrit dans la différance

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J'ai perdu l'anneau de mon père, cette partie de moi dont le secret est jeté dehors, dans le pli d'un retour sur soi, d'un nouveau départ décisif pour l'alliance

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Tous les aveugles de l'Ancien Testament (Eli, Isaac, Tobit) sont en mal de fils

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Le coeur de la christologie est l'identité d'être et de substance (homousia) entre le Père et le Fils

     


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