| Nous vivons au présent avec notre héritage. Il est notre être. Il nous parle et nous en témoignons. Nous ne pouvons pas le renier ni nous en détacher; tout au plus pouvons-nous en devenir les fils illégitimes.
Il y a l'héritage que nous acceptons, et celui qui vient à nous sans même que nous le connaissions : trait, trace ou graphe. Dans tous les cas, il est une contrainte, une assignation contradictoire. L'héritier répond à une injonction. Il lui faut s'expliquer avec des spectres qui ne parlent pas d'une seule voix, mais de plusieurs. Il faut qu'il fasse un choix, et s'il choisit, il est exposé à de nouvelles contradictions. Exemple : l'héritage de Marx. Marx n'est pas homogène, il y a plus d'un Marx. Lequel recevoir? Lequel garder? Lequel transformer? Jacques Derrida fait son propre choix (le juste, le messianisme). Mais un héritage peut être indissociable d'un autre.
Il n'est d'héritage que singulier, mais tout héritage est répétition.
Pour transmettre, il n'est pas suffisant de laisser un testament, il faut aussi être mort.
Ce dont j'hérite ne m'appartient pas, surtout si c'est une tradition. Ainsi l'Europe est-elle définie par son potentiel de crise. |