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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'humain                     Derrida, l'humain
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 20 octobre 2005

[Derrida, l'humain, humanisme]

Autres renvois :
   

L'humain

   

L'humanisme

   
                 
                       

Jacques Derrida reprend à son compte le reproche fait par Heidegger à l'humanisme classique : il n'interroge jamais le concept d'homme. Quelle est son origine? Son histoire? Ses limites? En postulant l'unité de l'homme (qui ne se distingue pas de celle de Dieu), l'humanisme reste une métaphysique. Les définitions classiques - par exemple celle qui situe l'humain comme être parlant - entretiennent le rêve logocentrique d'une structure ordonnée, d'une présence pleine et rassurante fondée sur une parole vive, supposée vraie, adéquate et authentique, qui n'est autre que celle du père. Même chez Heidegger (avec le Dasein), cette parole fait retour.

Cette réserve essentielle ne l'empêche pas de poser la question, comme (presque) tout philosophe, du propre de l'homme - mais il la pose à partir d'une inquiétante étrangeté, d'une menace. Et si l'homme n'était qu'un fantôme? Et si son point de départ n'était pas en lui, mais dans un élément antérieur [voire extérieur] au langage (le gramme, ce concept irréductible et imprenable, qui structure le mouvement de l'histoire humaine)? Et s'il n'était rendu possible que par une faculté, la supplémentarité, qui n'aurait pas de contenu déterminé, ne serait rien de particulier - juste une virtualité, une différance? Des termes de la tradition occidentale comme passion, imagination, parole, liberté, perfectibilité, etc..., désignent cette faculté de substitution d'un organe à un autre, d'un mot à un autre, etc..., cette faculté d'invention, de production d'événements. Si nous avons une essence, elle n'est pas dans le langage lui-même ou dans son usage, mais d'une part dans la possibilité d'en hériter, d'autre part dans la capacité à promettre. L'homme est celui qui témoigne de ces deux possibilités, qui se confondent avec la supplémentarité.

On peut aussi partir de l'autre côté, d'un donner la mort. L'onto-théologie humaniste ne présuppose-t-elle pas le sacrifice animal? La peine de mort n'est-elle pas, elle aussi, le propre de l'humain? Mais face à des événements comme la "solution finale", il est aucun humanisme qui tienne.

La notion de crime contre l'humanité mondialise l'idée d'une sacralité de l'humain. Sans contester l'utilité pratique de la notion, Derrida n'emprunte ce chemin qu'avec beaucoup de prudence. Prenant acte de l'ébranlement d'aujourd'hui, quand l'être s'éloigne du nom de l'homme (ce qu'il appelle les fins de l'homme), il propose de penser un nouvel humanisme - ou encore un autre humanisme, ou de nouvelles Humanités - messianiques, c'est-à-dire dépourvues de contenu. Dans des lieux ou des espaces de résistance critique comme l'université, au-delà de l'homme, une production d'oeuvres singulières, une pensée affirmative du jeu, une méditation de l'écriture, multiplient les signes, sans vérité ni origine.

Cela ne conduit pas à abandonner la dignité de principe de l'homme [telle que postulée par Kant], mais à la fonder sur autre chose : la justice, qui met en question toutes les partitions qui instituent ce qu'on appelle le sujet (adulte/enfant, homme/femme, humain/animal). En rejetant la distinction dogmatique homme - animal - végétal, on accepte une responsabilité à l'égard de tous les vivants.

Autre dimension du plus (dans le champ de la vision) : on ne fait pas que voir avec l'oeil, on peut aussi pleurer, implorer.

 

 

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Propositions

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Le nom humaniste de l'homme dans la pensée classique est celui de cet être qui a rêvé la présence pleine, le fondement rassurant, la fin du jeu

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Le système de la "parole vraie et authentique" s'appuie sur la responsabilité dans son sens le plus humaniste : s'acquitter adéquatement de ce qu'on doit (devoir et dette)

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L'humanisme n'interroge jamais le concept d'homme : il n'a ni origine, ni histoire, ni limite

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La distinction homme - animal - végétal est un dogme; s'ils se différencient, ce n'est que par un autre rapport à soi, toujours inscrit dans l'exappropriation

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Le concept de "crime contre l'humanité" introduit une mutation radicale, une conversion mondiale à la sacralité de l'humain

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Notre essence, c'est que nous héritons du langage pour témoigner du fait que nous avons la possibilité d'hériter

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Dans l'humanisme dominant, l'homme est défini par sa capacité à inventer

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Tous les discours des cultures occidentales concernant les animaux ont une structure sacrificielle

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Les ruptures et hétérogénéités qui séparent l'homme de l'animal sont irréductibles à une limite oppositionnelle binaire, indivisible ou linéaire, comme "le langage"

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La question de la justice conduit à déconstruire toutes les partitions qui instituent le sujet humain : adulte/enfant, homme/femme, humain/animal, etc...

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La perfectibilité est le propre de l'homme, car elle ne s'épuise pas dans la présence

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L'homme est le plus inquiétant de tous les fantômes

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Aujourd'hui, ce qui s'ébranle est la proximité du nom de l'homme et du nom de l'être, telle qu'elle habite et s'habite dans la langue en Occident

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On pourrait aujourd'hui appeler "sujet" l'expérience finie de la non-identité à soi, de la non-coïncidence avec soi - si ce mot n'était pas lié au "propre de l'homme"

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La supplémentarité rend possible tout ce qui fait le propre de l'homme

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Tout ce qui se désigne comme "propre de l'homme" relève de la différance supplémentaire

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Le gramme est l'élément irréductible, antérieur à tout système et à tout couple d'oppositions du type humain/anhumain

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La possibilité du gramme, concept irréductible et imprenable, structure le mouvement de l'histoire humaine

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Le langage humain se distingue du langage animal par le pouvoir de substituer un organe à un autre, c'est-à-dire la faculté d'articulation ou de supplémentarité

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Les nouvelles "Humanités" à venir, sur lesquelles il faut travailler, traitent d'une idée ou d'un "propre" de l'homme qui implique toujours la promesse

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L'essence de l'oeil est le propre de l'homme : par l'imploration, les yeux sont dissociés de leur fonction organique afin de pleurer, déplorer

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Il faut penser la "différance" entre l'humanisme classique et le nouvel humanisme : dans sa gestation, sa formation et le travail de son enfantement

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Une pensée affirmative du jeu, offerte à une interprétation active, inspire un nouvel humanisme au-delà de l'homme

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Ce qui se donne aujourd'hui à penser - une méditation de l'écriture qui passe l'homme, la raison, la science - ne peut s'écrire selon la ligne et le livre

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L'université devrait être "sans condition" : un espace de résistance critique, déconstructrice, où s'élaborent de nouvelles Humanités, un nouveau concept de l'homme

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Produire une "oeuvre" dans l'université, c'est faire arriver quelque chose au concept de vérité et d'humanité

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Là où s'achève un concept de l'homme, l'humanité pure de l'autre homme ou de l'homme autre commence comme loi de la loi - promesse messianique sans contenu

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Pour Heidegger, l'homme (ou Dasein) est l'étant exemplaire dont la pensée est inséparable de la vérité de l'être

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La peine de mort est le propre de l'homme

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Aucun humanisme ne peut se mesurer à la "solution finale", cette chose sans nom; et pourtant il ne faut pas succomber à la tentation de l'irreprésentable ou de l'ininterprétable

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L'art participe d'une economimesis : économie pure où le propre de l'homme se réfléchit dans sa productivité

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