| Derrida reprend à son compte le reproche fait par Heidegger à l'humanisme classique. Il est métaphysique, car il n'interroge jamais le concept d'homme. Définir l'homme comme être parlant, c'est développer un rêve de présence pleine, l'espoir d'une parole vive dont nous serions responsables. Mais cette parole est celle du père. C'est la voix du logos. Même le Dasein de Heidegger n'est pas autre chose que l'homme.
Cette réserve essentielle ne l'empêche pas de poser la question, comme (presque) tout philosophe, du propre de l'homme. Qu'est-ce que l'homme? C'est un fantôme. S'il est perfectible, ce n'est pas en raison d'une dignité de principe [telle que postulée par Kant], mais parce qu'il est pris dans une logique de supplémentarité, de différance. Le point de départ de cette logique n'est pas en lui mais dans un élément antérieur au langage, une possibilité qui le rend capable d'hériter et d'exercer sa faculté de substitution : le gramme. Il ne crée pas ex nihilo, il invente.
Avec l'oeil, l'homme ne fait pas que voir, il fait plus, il implore. La promesse d'une autre humanité accepte son indétermination, son imprévisibilité.
La notion de crime contre l'humanité mondialise l'idée d'une sacralité de l'humain. Sans contester l'utilité pratique de la notion, Derrida ne va pas dans cette direction. Son nouvel humanisme prend acte des fins de l'homme. Il commence par le jeu plutôt que par la vérité, par une méditation sur l'archi-écriture plus que par la raison ou par le livre.
|