| L'être, dans son sens le plus littéral, "est" l'indicatif présent du verbe être. Il "est" le temps qui "est" maintenant, celui que je verbalise en parlant, celui que j'énonce dans cette phrase affirmative toute simple. L'être est. N'est-ce pas évident?
L'ontologie en général, c'est l'ontologie de la présence. Nous en héritons de nos pères. L'être est un père qui parle, partout et toujours. Il se dit, et en se disant il dit la vérité. Il unifie la pensée et la voix. Il est à lui-même son être propre. Il s'entend. Cette transmission est celle de la métaphysique. La phonè et le logos y sont inséparables.
L'être n'est pas irréductible. Platon déjà, dans le Timée, a montré son anachronie. Il y a plus vieux que lui : la trace. Pour le penser, on peut partir de la question posée par Heidegger, mais à condition de se séparer de lui sur un point : renoncer à la quête du premier mot. C'est ce que tente Jacques Derrida. La différance (avec un "a") dérange et déborde l'être, la dissémination le met à l'écart.
Dans sa fonction de copule, le verbe "être" représente une effraction dans la clôture sur soi de la langue. Il ouvre vers le dehors, vers le non-linguistique. Dans les phrases nominales de certaines langues, il est remplacé par un arrêt de la voix, un blanc, une absence qui est la marque de la présence. La copule des langues occidentales est ce qui reste de cette absence.
A une époque où les pouvoirs de l'être sont divisés, il faut partir de ce qui le hante, ce reste qui résiste à la conceptualisation. Ce qui se construit n'est plus une ontologie, mais une hantologie.
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