| La déconstruction ne se donne pas de limite. A priori, rien n'est irréductible (c'est-à-dire indéconstructible), pas même l'être. Pourtant Jacques Derrida ne cesse de mentionner des points de butée. Citons en vrac : l'espacement, le gramme, l'affect, le spectre (qui définit une hantologie, elle-même irréductible), le juste, la mort, le pardon, la possibilité du mal radical, le messianique et même la voix.... Des concepts peuvent être irréductibles, mais aussi des pratiques, des actes. Exemples : l'autoportrait en peinture, l'effet de réel de la photographie.
Qu'est-ce alors que ce point de butée? Quel est le trait commun de la liste? Là où l'on touche à la texture du texte, à la source même de la croyance : un lieu sans contenu (khôra) qui fonde le rapport à l'autre, un lieu tout-autre, une trace dont il est impossible de faire le deuil, un événement unique, qui n'a eu lieu ou n'aura lieu qu'une fois, une seule, la première fois. Là s'arrête l'analyse et commence la promesse, l'archi-promesse qui gît en tout langage.
Mais qu'il y ait un point d'arrêt à la possibilité de la déconstruction n'arrête pas l'expérience. C'est au nom même de l'irréductible et de l'inconditionnel qu'il faut trouver des compromis, négocier. Toute la difficulté est là. |