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- Alb. : J'ai toujours supposé qu'une tâche nous incombait, mais c'était peut-être une erreur. Nous n'avons peut-être aucune autre tâche que de continuer à vivre.
- Mat. : Après tout, ça aussi, c'est une tâche. Je suppose qu'elle n'est pas si simple, puisqu'il y a des gens qui ne peuvent pas l'assumer.
- Nata : A mon avis, on se suicide à cause d'un trop-plein. Vivre, c'est ménager des places vides.
- Et pour y mettre quoi?
- Nata : Si je le savais, la place ne serait plus vide!
- Mat. : Pour vivre, il faut d'abord rester en vie. Il faut faire en sorte que la mort ne vienne pas vous cueillir prématurément. S'il y avait un humanisme minimal, ce serait celui-là.
- Markus : Dès qu'un vide apparaît, on éprouve le besoin de le remplir, et dès qu'une faille se creuse, on veut la réparer. Après tout, c'est une façon d'être digne.
- L. : Encore faut-il que le monde soit réparable...
- Markus : Il peut l'être, si chacun y contribue.
- Lucien : A condition qu'il n'y contribue pas trop!
- Il faut bien s'engager!
- Lucien : S'engager oui, mais à condition de préserver l'ouverture, de ne pas s'enfermer dans des appartenances. Cela vaut pour tous les domaines. la peinture, la littérature, le travail théorique. Le but n'est pas de figer les figures, mais de les transformer.
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