Derrida
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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Et il faut préférer l'incalculable, l'anéconomique                     Et il faut préférer l'incalculable, l'anéconomique
Sources (*) : Orlolivre : comment ne pas (se) sacrifier?               Orlolivre : comment ne pas (se) sacrifier?
Pierre Delain - "Après...", Ed : Guilgal, 2017, Page créée le 11 mars 2017 La pensée derridienne : ce qui s'en restitue

[Et il faut préférer l'incalculable : ce qui n'entre dans aucune économie, ce qui rompt avec la réciprocité de l'échange]

La pensée derridienne : ce qui s'en restitue
   
   
   
                 
                       

1. Un choix secret.

C'est un choix, une prise de position : il faut rompre avec l'échange, arrêter la dette, perturber le cycle de l'économie. Rien ne pourra démontrer que ce choix est le "bon", car ce n'est pas une question de bien ou du mal. Il y partout du circulaire, du réciproque, du quantitatif (l'économie), qui peut être jugé, selon les cas, bon ou mauvais. Il arrive aussi que des ruptures surviennent, inattendues ou traumatisantes, que des inventions ou des sauts brisent des causalités ou des déterminations jugées jusqu'alors naturelles ou incontournables. Ces mutations peuvent se révéler positives ou négatives, bienfaitrices ou sources des pires catastrophes. Alors pourquoi consacrer tant d'efforts à repérer les lignes de fracture, les lieux singuliers où l'incalculable se fraye un passage? Pourquoi choisir de privilégier l'unique, l'exceptionnel, le moment où les cycles se rompent? D'un côté, l'incalculable est déjà là, il s'impose dans la responsabilité, la décision, etc. On peut le montrer et même le démontrer avec rigueur. Et d'un autre côté, ne me demandez pas pourquoi je privilégie l'incalculable. C'est mon secret, dit-il, (comme celui de chacun d'entre nous), qu'on peut cerner, analyser, mais qu'on ne peut jamais énoncer avec certitude. Ce secret-là aussi est incalculable.

Ce qu'il dirait peut-être, s'il répondait à cette question (mais il n'y répond pas), c'est que l'anéconomique (ou incalculable) arrive dans le monde, sans demander la permission. On peut en repérer ou en décrire les symptômes : impasses de la raison, apories de la dignité humaine, etc. Il entretient le questionnement critique qui déjà nous transforme. Ce qu'aura fait Derrida, c'est nommer ce mouvement. L'un des noms est déconstruction, mais toute son œuvre est un nom. Il choisit de le préférer, de le signer de son nom propre, d'accompagner ce qu'il nomme aussi, par exemple, ouverture de l'avenir, autre cap, ou messianicité sans contenu. C'est pour lui une obligation, une éthique, un devoir qu'aucun pouvoir ne saura jamais justifier.

 

2. Unicité et différance.

La question se pose d'abord en termes d'unicité, de singularité. Dès 1965, Derrida fait remarquer que pour analyser les oeuvres d'Artaud ou d'Hölderlin (ces grands écrivains marqués par la folie, autre forme de rupture du cercle), la critique littéraire et la clinique psychiatrique ou psychanalytique ont le même défaut : elles expliquent le particulier par le général (L'écriture et la différence, pp253-260). Il propose une autre démarche : s'intéresser, en chacun d'eux, à l'unique qui n'entre dans aucune économie. La Parole soufflée est le premier texte où sont présentées dans leur rigueur incontournable les apories de la différance. Artaud refuse d'entrer dans l'économie du langage qu'il ressent comme aliénation, séparation abusive; mais son rêve d'une œuvre absolument singulière qui se confondrait avec la vie, se heurte à la nécessité d'une stricte mise en scène ou en œuvre, sans laquelle il retomberait dans les pièges du discours. C'est cette tension qui est mise en jeu dans la différance. D'un côté, elle met en réserve, elle rassure dans une économie, celle du signe, de la parole articulée, de la raison, du discours et des distinctions binaires; et d'un autre côté, elle met en rapport avec l'extériorité absolue, le tout autre, elle déclenche une dépense sans réserve ni calcul, un doute hyperbolique, une folie. Dès qu'une société commence à vivre, il est nécessaire de différer la dépense, il faut une autorité pour la structurer, la hiérarchiser, l'organiser en différance politique; mais le mouvement actif de cette différance ne se fige jamais en un système stable de différences oppositionnelles. Le mot différance ne nomme pas une logique, mais un rapport singulier entre deux mouvements : un rapport sans rapport, une relation impossible, une négociation qui n'efface pas l'altérité.

La différance empêche la présence à soi, interdit tout retour du cycle. Jacques Derrida ne cessera jamais de situer son travail dans cette hésitation furtive, cette incertitude. Le mot différance n'est pas neutre. Son irruption dans la pensée marque une ouverture irréversible. Il faut de la différance, il en aura toujours fallu, c'est ce qu'il déclare, c'est ce qu'il affirme. Bien qu'on ne puisse jamais la repérer ou la montrer dans le réel d'une origine datable et situable, elle est la trace du mouvement le plus originaire. Artaud exigeait d'une œuvre qu'elle soit toujours affirmative, unique. Jacques Derrida hérite de cette exigence. Il faut une démarche elle-même singulière, affirmative, unique, pour dire la différance. Cette déclaration première, c'est la maxime derridienne. Son éthique, c'est qu'on ne puisse jamais la répéter comme telle.

 

3. Ecriture.

Economie et anéconomie se croisent dans l'écriture. D'une part, en laissant échapper son texte, en s'en absentant, l'écrivant met en œuvre une économie de la mort. La trace écrite ne produit rien, elle pourrait disparaître purement et simplement. C'est l'économie de la cendre, de la destruction - qui détruit l'économie elle-même. Mais d'autre part, il peut toujours arriver que la lettre vienne à être lue, qu'elle survive, qu'elle déclenche un nouveau cycle, un autre moment d'alliance entre vie et mort. Il faut un mort, un parricide, un fils orphelin qui s'expose à la perte, pour faire surgir l'altérité.

 

4. Un devoir non sacrificiel, qui n'acquitterait aucune dette.

Serment, dette, culpabilité, renvoient à une économie sacrificielle dominée, dans notre culture, par le christianisme. Un Autre, que nous ne pouvons pas voir, lit dans nos secrets, dans nos coeurs, et n'oublie rien. Au-delà du visible, il exige bonté, exigence, devoir et promet un salaire infini en contrepartie des bonnes et des mauvaises actions (finies). Dieu te rendra dans les cieux ce que tu as accompli sur terre. Mais déjà la promesse infinie laisse entendre que cette économie peut être excédée. Il y a, dans l'exigence de justice issue du principe "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (que rien ne vient justifier), ou dans l'idée d'un autre monde à venir, une indétermination qui ouvre la possibilité de débordements improgrammables. Le sujet moderne intériorise cette recherche de salut ou de responsabilité. Pour qu'il y ait liberté, décision, il faut qu'une incertitude s'insinue dans le calcul de la conscience, au-delà de la dette. C'est l'épreuve de l'indécidable, qui fait venir dans cette machine l'hétérogène ou l'incalculable. Il en résulte un devoir d'un autre type, un sur-devoir qui ne doit rien devoir ni rendre, n'acquitter aucune dette. Cette affirmation donatrice illimitée, c'est l'éthique même, l'éthicité de l'éthique, qui commande de rompre avec toutes les restaurations de la morale.

 

5. Economimesis.

Le paradoxe de ce néologisme derridien, qui associe deux mots grecs, oikonomia et mimesis, c'est qu'il décrit un mouvement vers l'excès ou la surabondance dont ces deux mots sont l'antinomie. L'economimesis souligne la tension de l'artiste qui continue à s'inscrire dans une économie, tout en ne travaillant ni contre un salaire, ni pour trouver une justification dans l'imitation. L'œuvrant se désintéresse des récompenses, il abandonne l'imitation servile des objets naturels, mais sa liberté reste inscrite dans le discours sur l'art. En ouvant le jeu, en faisant confiance à l'imagination, il donne plus que ce qu'il promet; mais ce don ambigu concourt à une autre productivité, celle qui fait proliférer la mimesis. Dans cette économie pure où le génie n'est payé par personne, l'idée d'un propre de l'homme (sa dignité au sens kantien) est à la fois rejouée, réfléchie et débordée.

En donnant gratuitement à jouir, en offrant la beauté au-delà des valeurs d'échange ou d'usage, l'artiste relance à nouveaux frais l'économie du don. Comment donner en déjouant le calcul? Comment œuvrer en ouvrant l'œuvre au non-maîtrisable? Cela ne se contrôle pas. Aucune démonstration n'en est possible, aucune preuve académique. Ce qui arrive, si cela arrive, c'est affaire performative. On peut dire, dans un autre langage, que ça se passe dans la vie.

 

6. Au-delà du politique, du souverain.

Le discours qu'on nomme modernité est arrivé d'Europe, de ce cap occidental où s'est instauré l'ordre du capital, d'où est venue à la fois la plus extrême calculabilité (la marchandise, la plus-value) et l'exigence d'une liberté absolue, sans prix. Pour être fidèle à l'esprit européen, il faut aujourd'hui à la fois répondre du cap (le chef, le capitaine, l'universel) et de l'autre cap (prendre acte de la fission du capital, mettre en péril son idéalité), cet autre du cap qui est absolument nouveau, tout autre chose que le capital mais déjà inscrit dans sa polysémie. La responsabilité, aujourd'hui, exige à la fois de rechercher une transaction entre les deux sources, et résister à toute prise de pouvoir, c'est-à-dire faire l'expérience d'un impossible.

On retrouve la tension du cap dans le paradoxe du souverain, tel que la tradition européenne l'a transmis. Il est Un, et aussi plus d'un. Transformé (c'est-à-dire sécularisé) en démocratie, il exige qu'on ait foi en sa rationalité (la possibilité d'une raison calculable), et aussi en son exceptionnalité (rétive à tout calcul). En lui, ce ne sont pas la liberté et l'égalité qui s'opposent, mais deux espèces de liberté ou d'égalité : déterminable vs indéterminable, conditionnelle vs inconditionnelle, mesurable vs démesurée. Dans l'économie moderne, tout circule, et tout finit par revenir à son point de départ. Chacun devrait récupérer sa part, selon la figure du cercle ou du don réciproque. Mais la menace d'un interruption du cycle est toujours présente. Tout ce qui répond d'un rapport à l'autre est incalculable, et exige aussi de répondre de soi.

Que se passe-t-il quand, comme aujourd'hui, la souveraineté est menacée? Le lien inconditionnel qui unit le souverain à la raison peut être suspendu, l'éthique peut se porter, inconditionnellement, au-delà du cercle économique du devoir ou de la tâche (hyper-éthique).

 

7. Au cœur de l'aporie.

Il y a dans le choix anéconomique un risque majeur, terrifiant, celui d'abandonner l'éthique qui gouverne le lien social. En renonçant à toute rétribution, récompense, échange ou espoir, on renonce aussi à la loi de la maison. On s'exclut des règles élémentaires de la vie en commun. C'est la décision d'Abraham avec la ligature d'Isaac. En acceptant de donner la mort à son fils bien-aimé, il tremble, mais ne calcule pas. Son fils, qui n'a pas de prix, ne lui sera jamais rendu. Ce devoir absolu est l'essence de la responsabilité. Il faut d'abord renoncer à tout échange, tout sens, toute propriété, toute communication, toute promesse, il faut d'abord ce retrait absolu, indéfendable, pour qu'il y ait décision libre.

On peut comparer le geste d'Abraham à la position de Freud sur la pulsion de mort. Avec le principe de plaisir, Freud pensait avoir trouvé la règle économique par excellence, celle qui gouverne la pulsion d'emprise ou de pouvoir. Mais la promesse de maîtrise ou d'équilibre portée par ce principe est indissociable de la répétition, qui conduit à la violence et à la destruction. L'au-delà du principe de plaisir est une transgression de l'économie - de toute économie. D'un côté, pour rester fidèle à son projet scientifique, Freud devait rendre raison de cet au-delà, le réintégrer dans l'économie psychique (cette main de Dieu), mais d'un autre côté, ses découvertes l'incitaient à l'en retirer. La conciliation se révélait impossible.

A la fin du récit biblique, Dieu interrompt le geste d'Abraham. Avec cet arrêt, cette réinstauration de la limite, la dette revient. Au plus pur de l'incalculable, l'économie s'impose. C'est la figure du coeur, ce lieu qui, au-delà du sens, par ses battements, donne à penser le calcul. On trouve dans la prière la même tension : entre une suspension de la certitude, du savoir, et la restauration de la croyance, dans l'ordre de la bénédiction.

 

8. Les œuvrances à venir.

 Œuvrer, c'est penser une écriture sans la borner par une raison ni par un vouloir-dire. C'est ouvrir une crise dans l'économie par où peut s'engouffrer la violence, la cruauté toujours latente ou la terreur d'être fou. L'unité de l'écriture peut se rompre, entraînant avec elle toute la sphère graphique, y compris le livre. Ce sont tous les processus de thésaurisation, capitalisation, hiérarchisation, symbolisation qui sont affectés. Entre art, technique, économie, littérature, etc., le lien se désédimente.

Sans rien devoir à l'économie, il est impossible de vivre. C'est pourtant cette vie qui affirme encore plus que la vie, qui ne doit rien à l'économie du possible, qu'il faut vivre.

 

 

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Propositions

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[Derrida, la déconstruction]

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[Derrida, l'indéconstructible, l'irréductible]

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La différance, concept économique désignant la production du "différer", est plus originaire que la différence ontico-ontologique

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A l'origine de toutes les différences, ouvertures et failles, le mouvement actif de la différance est différé, refermé, suturé

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Artaud se révolte contre la différance, ce système de relais organiques qui dérive les forces vers le signe et la parole articulée

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La différance rassure dans une économie, elle met en réserve; la refuser, c'est refuser l'oeuvre et aussi se protéger contre le retour des différences

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La différance, furtive, s'insinue dans l'oeuvre par l'écriture, maintient les distances, empêche la présence à soi

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La différance est l'économie qui met en rapport l'altérité radicale ou l'extériorité absolue avec le champ clos et hiérarchisant des oppositions différentielles

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Le mot "différance" dit le rapport de deux mouvements : économie et anéconomie, médiation et altérité radicale

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Point énigmatique, impensable de la différance : elle est à la fois détour économique dans l'élément du même et rapport au tout-autre, à l'impossibilité de la présence

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"Vouloir-dire le doute hyperbolique", tel est l'acte philosophique cartésien d'ouverture absolue, dont la structure de différance ne peut s'écrire que dans l'économie d'une raison

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Le pouvoir de l'écriture est lié à la différance politique : hiérarchisation, structuration économico-sociale, délégation de l'autorité

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Rejetant avec dégoût toute économie répétitive, Artaud promet l'oeuvre affirmative, unique

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Aucun pouvoir ne saura jamais justifier en raison le questionnement critique, hyperrationnel, inconditionnel, de la déconstruction

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[Il s'agit, aujourd'hui, dans un ultime moment d'alliance entre vie et mort, de donner lieu à une scène d'écriture, toute autre, déliée de toute dette]

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Par son absence, l'écrivain pratique l'écriture comme différance et économie de la mort, oubliant l'infiniment autre

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L'écriture est parricide, hors-la-loi, elle est un fils orphelin qui s'expose à la perte

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La philosophie est le gigantesque aveu d'une crise : penser une écriture, une économie, dans la terreur d'être fou

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La responsabilité commence avec la renonciation à tout échange, tout sens et toute propriété - sans espoir de réponse, de communication, ni de promesse

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Responsabilité et foi vont ensemble : toutes deux doivent répondre d'un rapport à l'autre, dans le risque absolu, au-delà de toute norme et de tout savoir

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Le don, qui se donne à penser comme la figure même de l'impossible, est à la fois ce qui circule dans une économie et ce qui l'interrompt

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L'éthicité de l'éthique se mesure à l'affirmation donatrice illimitée, incalculable, d'un devoir qui ne doit rien devoir ni rendre, n'acquitter aucune dette

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S'il y a du don, il doit se donner comme un rêve : sans échange, ni reconnaissance, ni retour symbolique

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La dignité incalculable, dont le seul exemple chez Kant est la personne humaine - à la fois fin en soi, universelle et exceptionnelle - reste l'axiomatique des discours des droits de l'homme

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L'antinomie au coeur du démocratique n'oppose pas liberté et égalité, mais deux espèces de liberté ou d'égalité : calculable (déterminable) et incalculable (inconditionnelle)

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Quand des forces en mal de souveraineté font trembler la terre humaine, alors on peut désirer suspendre le lien qui unit la raison, la pulsion de souveraineté et l'inconditionnel

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Il faut penser une hyper-éthique, une hyper-politique où une liberté passive, sans autonomie, se porte inconditionnellement au-delà du cercle économique du devoir ou de la tâche

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Absolument grand, au-dessus de toute grandeur mesurable et au-delà de toute multiplicité calculable, le Un souverain est plus d'un, plus qu'un

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Il faut prendre acte de la fission du capital : en s'ouvrant sur l'autre rive, il s'ouvre lui-même sur un autre, il se désidentifie

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Mettre en péril le capital, c'est le menacer dans son idéalité, mettre en crise la culture de l'Europe, son identité et l'universel dont elle répond

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L'Europe se trouve aujourd'hui à un moment où elle doit répondre du cap (caput), de l'autre cap ou de l'autre du cap, une question qui se pose de façon absolument nouvelle

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Dans sa constitution même, l'Europe répond de l'absolument nouveau, le nouveau attendu comme tel, au risque du pire

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Il faut, aujourd'hui, répondre du discours traditionnel de la modernité en s'avançant exemplairement vers tout autre chose ("l'autre du cap")

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Il faut, aujourd'hui, tenir compte de la polysémie du mot "capital" pour trahir son ordre, y résister dans la fidélité à l'autre cap ou l'"autre du cap"

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En politique, la responsabilité, aujourd'hui, c'est de faire l'expérience d'un impossible : répondre à la position d'un cap (l'Europe) en résistant à toute prise de pouvoir

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L'esprit est, comme le capital, une valeur excédante : la plus-value absolue et sublime du sans-prix

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[Derrida, economimesis]

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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L'art participe d'une economimesis : économie pure où le propre de l'homme se réfléchit dans sa productivité

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[Par imitation, dédoublement, dissémination ou toute autre altération, il faut faire proliférer la mimesis]

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Une décision ne peut être juste que si elle fait l'"épreuve de l'indécidable" - dont il reste, à jamais, une trace vivante, un fantôme qui déconstruit de l'intérieur toute certitude

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[Jacques Derrida : "L'éthique même"]

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Endurer l'aporie sans s'acquitter d'aucune dette, par un "sur-devoir" qui, pour être un devoir, ne doit rien devoir - c'est la condition de la responsabilité et de la décision

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La pulsion d'emprise ou de pouvoir est irréductible à aucune autre : c'est elle qui règle le principe et l'économie du plaisir

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Freud travaille sans cesse à rendre raison de l'anéconomie, à vouloir la réintégrer dans une économie

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"Au-delà du principe de plaisir", Freud transgresse l'économie même; ne pouvant s'acquitter de ce qu'il promet, devenu insolvable, il choisit de se retirer

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Dans le Lévitique, le principe "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" contribue à fonder sur la justice le lien politique et social, sans autre justification ni économie

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La possibilité de la littérature tient à ce moment chrétien, abrahamique, où l'on croit pouvoir excéder l'économie du sacrifice

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Dans l'économie chrétienne du sacrifice, cette étrange économie du secret, un calcul infini prend la relève d'un calcul fini

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En tant qu'économie du sacrifice, la responsabilité chrétienne renvoie à une dissymétrie entre les regards : "Ton père qui te voit dans le secret, te le rendra"

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Le coeur, lieu du "par coeur" au-delà du sens, du savoir et du calcul, est aussi l'emplacement qui donne à penser l'économie

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Avec le livre, on a refoulé tout ce qui résistait à la linéarisation; en désédimentant son unité, on bouleverse le lien entre art, technique, économie, littérature, théorie

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Le calcul derridien, qui se donne pour fin de déjouer le calcul, ne peut se démontrer ni dans les textes, ni dans les institutions académiques : "ça se passe dans la vie"

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La prière suppose une suspension (epokhè) de la certitude, du savoir, de l'économie, du calcul - au nom de la croyance

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Ce qui arrive avec la prière quand, dans le désert, elle intègre l'incalculable dans le calcul, est de l'ordre de la bénédiction

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Ce qui arrive aujourd'hui au christianisme, la mondialatinisation qui est aussi sa déconstruction, le transforme de manière imprévisible

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La responsabilité de la raison, c'est d'exiger une transaction chaque fois inouïe et impossible entre ses deux sources : conditionnel / inconditionnel, calculable / incalculable

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Une vie qui vaille d'être vécue, une vie plus que la vie, c'est une vie qui s'affirme inconditionnellement, sans rien devoir à une économie, pas même celle de la vie

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Khôra ne se laisse pas concevoir à travers les schèmes anthropomorphiques du recevoir et du donner : elle laisse entrevoir la place (irremplaçable) d'un au-delà de la dette

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[On peut lire l'oeuvre derridienne comme un supplément au Kol Nidré, où le lien passé et à venir entre parole et dette serait, sans condition, suspendu]

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En acceptant le sacrifice d'Isaac, Abraham sacrifie aussi la loi de la maison : au-delà de l'économie et du calcul, il renonce à toute rétribution, récompense, échange et espoir

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