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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Et il faut préférer l'anéconomie                     Et il faut préférer l'anéconomie
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit)
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2017, Page créée le 11 mars 2017 [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)

[Et il faut préférer ce qui n'entre dans aucune économie, ce qui rompt avec la réciprocité de l'échange]

[La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
   
   
   
En laissant se faire le retrait En laissant se faire le retrait
                 
                       

1. Un choix.

C'est un choix, une prise de position : il faut rompre avec l'échange, arrêter la dette, perturber le cycle de l'économie. Rien ne pourra démontrer que ce choix est le "bon", car ce n'est pas une question de bien ou du mal. Il y partout du circulaire, du réciproque, du quantitatif (l'économie), qui peut être jugé, selon les cas, bon ou mauvais. Il arrive aussi que des ruptures surviennent, inattendues ou traumatisantes, que des inventions ou des sauts brisent des causalités ou des déterminations jugées jusqu'alors naturelles ou incontournables. Ces mutations peuvent se révéler positives ou négatives, bienfaitrices ou sources des pires catastrophes. Alors pourquoi consacrer tant d'efforts à repérer les lieux, les lignes de fracture où les cycles défaillent? Pourquoi choisir de privilégier le nouveau, la rupture du cycle?

 

2. Unicité et différance.

La question se pose d'abord en termes d'unicité, de singularité. Dès 1965, Derrida fait remarquer que pour analyser les oeuvres d'Artaud ou d'Hölderlin (ces grands écrivains marqués par la folie, autre forme de rupture du cercle), la critique littéraire et la clinique psychiatrique ou psychanalytique ont le même défaut : elles expliquent le particulier par le général (L'écriture et la différence, pp253-260). Il propose une autre démarche : s'intéresser, en chacun d'eux, à l'unique qui n'entre dans aucune économie. La Parole soufflée est le premier texte où sont présentées dans leur rigueur incontournable les apories de la différance. Artaud refuse d'entrer dans l'économie du langage qu'il ressent comme aliénation, séparation abusive; mais son rêve d'une œuvre absolument singulière qui se confondrait avec la vie, se heurte à la nécessité d'une stricte mise en scène ou en œuvre, sans laquelle il retomberait dans les pièges du discours. C'est cette tension qui est mise en jeu dans la différance. D'un côté, elle met en réserve, elle rassure dans une économie, celle du signe, de la parole articulée, de la raison, du discours et des distinctions binaires; et d'un autre côté, elle met en rapport avec l'extériorité absolue, le tout autre, elle déclenche une dépense sans réserve ni calcul, un doute hyperbolique, une folie. Dès qu'une société commence à vivre, il est nécessaire de différer la dépense, il faut une autorité pour la structurer, la hiérarchiser, l'organiser en différance politique; mais le mouvement actif de cette différance ne se fige jamais en un système stable de différences oppositionnelles. La différance empêche la présence à soi, interdit tout retour du cycle. Jacques Derrida ne cessera jamais de situer son travail dans cette hésitation furtive, cette incertitude. Le mot différance n'est pas neutre. Son irruption dans la pensée marque une ouverture irréversible. Il faut de la différance, il en aura toujours fallu, c'est ce qu'il déclare, c'est ce qu'il affirme. Bien qu'on ne puisse jamais la repérer ou la montrer dans le réel d'une origine datable et situable, elle est la trace du mouvement le plus originaire. Artaud exigeait d'une œuvre qu'elle soit toujours affirmative, unique. Jacques Derrida hérite de cette exigence. Il faut une démarche elle-même singulière, affirmative, unique, pour dire la différance. Cette déclaration première, c'est la maxime derridienne. Son éthique, c'est qu'on ne puisse jamais la répéter comme telle.

 

3. Ecriture.

Economie et anéconomie se croisent dans l'écriture. D'une part, en laissant échapper son texte, en s'en absentant, l'écrivant met en œuvre une économie de la mort. La trace écrite ne produit rien, elle pourrait disparaître purement et simplement. C'est l'économie de la cendre, de la destruction - qui détruit l'économie elle-même. Mais d'autre part, il peut toujours arriver que la lettre vienne à être lue, qu'elle survive, qu'elle déclenche un nouveau cycle. Il faut un mort, un parricide, un fils orphelin qui s'expose à la perte, pour faire surgir l'altérité.

 

4. Dette, sacrifice.

Serment, dette, culpabilité, renvoient à une économie sacrificielle dominée, dans notre culture, par le christianisme. Un Autre, que nous ne pouvons pas voir, lit dans nos secrets, dans nos coeurs, et n'oublie rien. Au-delà du visible, il exige bonté, exigence, devoir et promet un salaire infini en contrepartie des bonnes et des mauvaises actions (finies). Dieu te rendra dans les cieux ce que tu as accompli sur terre. Mais déjà la promesse infinie laisse entendre que cette économie peut être excédée. Il y a, dans l'exigence de justice issue du principe "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (que rien ne vient justifier), ou dans l'idée d'un autre monde à venir, une indétermination qui ouvre la possibilité de débordements improgrammables. Le sujet moderne intériorise cette recherche de salut ou de responsabilité. Pour qu'il y ait liberté, décision, il faut qu'une incertitude s'insinue dans le calcul de la conscience. C'est l'épreuve de l'indécidable, qui fait venir dans cette machine l'hétérogène ou l'incalculable.

 

5. Economimesis.

Le paradoxe de ce néologisme derridien, qui associe deux mots grecs, oikonomia et mimesis, c'est qu'il décrit un mouvement vers l'excès ou la surabondance dont ces deux mots sont l'antinomie. L'economimesis souligne la tension de l'artiste qui continue à s'inscrire dans une économie, tout en ne travaillant ni contre un salaire, ni pour trouver une justification dans l'imitation. L'œuvrant se désintéresse des récompenses, il abandonne l'imitation servile des objets naturels, mais sa liberté reste inscrite dans le discours sur l'art. En ouvant le jeu, en faisant confiance à l'imagination, il donne plus que ce qu'il promet; mais ce don ambigu concourt à une autre productivité, celle qui fait proliférer la mimesis. Dans cette économie pure où le génie n'est payé par personne, c'est le propre de l'homme (sa dignité au sens kantien) qui est réfléchi.

En donnent grauitement à jouir, en offrant la beauté au-delà des valeurs d'échange ou d'usage, l'artiste relance à nouveaux frais l'économie du don. Comment pourrait-il faire autrement, lui qui s'identifie au créateur divin?

 

6. Les inconditionnalités : don, responsabilité, etc..

La foi ou la responsabilité, qui répondent d'un rapport à l'autre, ne peuvent être soumises ni à des normes pré-établies, ni à un savoir. Elles exigent l'oubli de soi, le risque absolu.

D'un côté, tout don renvoie à une économie, mais d'un autre côté, l'acte de donation, en tant que tel, ne suppose pas le retour, mais le sans-retour. S'il suspend l'échange, s'il interrompt toute reconnaissance ou retour symbolique, il se donne comme un rêve, la figure même de l'impossible.

 

7. L'éthique du retrait.

Il y a dans le choix anéconomique un risque majeur, terrifiant, celui d'abandonner l'éthique qui gouverne le lien social. En renonçant à toute rétribution, récompense, échange ou espoir, on renonce aussi à la loi de la maison. On s'exclut des règles élémentaires de la vie en commun. C'est la décision qu'a prise Abraham avec la ligature d'Isaac. En acceptant de donner la mort à son fils bien-aimé, il le sacrifie, et se sacrifie lui-même. Il tremble, mais ne calcule pas. Son fils, qui n'a pas de prix, ne lui sera jamais rendu. Ce devoir absolu d'Abraham est l'essence de la responsabilité. Il faut d'abord renoncer à tout échange, tout sens, toute propriété, toute communication, toute promesse, il faut d'abord ce retrait absolu, indéfendable, pour qu'il y ait décision libre. A la fin du récit biblique, Dieu interrompt le geste d'Abraham. Il aura fallu ce geste radical, absolu, pour que l'instance de la dette puisse faire retour au lieu ambigu du coeur.

On peut comparer la position d'Abraham avec celle de Freud. Avec le principe du plaisir, il pensait avoir trouvé la règle économique par excellence, celle qui gouverne la pulsion d'emprise ou de pouvoir. Mais la pulsion de mort, qui en est inséparable, le poussait à transgresser l'économie. Que faire "Au-delà du principe du plaisir"? Il aurait voulu rendre raison de cet au-delà, le réintégrer dans l'économie psychique (cette main de Dieu), mais ses découvertes l'incitaient à s'en retirer. Dans son texte même, la conciliation se révélait impossible.

 

8. Les œuvrances à venir.

 Œuvrer, c'est penser une écriture sans la borner par une raison ni par un vouloir-dire. C'est ouvrir une crise dans l'économie par où peut s'engouffrer la violence, la cruauté toujours latente ou la terreur d'être fou. L'unité de l'écriture peut se rompre, entraînant avec elle toute la sphère graphique, y compris le livre. Ce sont tous les processus de thésaurisation, capitalisation, hiérarchisation, symbolisation qui sont affectés. Entre art, technique, économie, littérature, etc., le lien se désédimente.

Sans rien devoir à l'économie, il est impossible de vivre. C'est pourtant cette vie qui affirme encore plus que la vie, qui ne doit rien à l'économie du possible, qu'il faut vivre.

 

 

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Propositions

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La différance, concept économique désignant la production du "différer", est plus originaire que la différence ontico-ontologique

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A l'origine de toutes les différences, ouvertures et failles, le mouvement actif de la différance est différé, refermé, suturé

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Artaud se révolte contre la différance, ce système de relais organiques qui dérive les forces vers le signe et la parole articulée

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La différance rassure dans une économie, elle met en réserve; la refuser, c'est refuser l'oeuvre et aussi se protéger contre le retour des différences

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La différance, furtive, s'insinue dans l'oeuvre par l'écriture, maintient les distances, empêche la présence à soi

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La différance est l'économie qui met en rapport l'altérité radicale ou l'extériorité absolue avec le champ clos et hiérarchisant des oppositions différentielles

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Point énigmatique, impensable de la différance : elle est à la fois détour économique dans l'élément du même et rapport au tout-autre, à l'impossibilité de la présence

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"Vouloir-dire le doute hyperbolique", tel est l'acte philosophique cartésien d'ouverture absolue, dont la structure de différance ne peut s'écrire que dans l'économie d'une raison

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Le pouvoir de l'écriture est lié à la différance politique : hiérarchisation, structuration économico-sociale, délégation de l'autorité

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Rejetant avec dégoût toute économie répétitive, Artaud promet l'oeuvre affirmative, unique

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Par son absence, l'écrivain pratique l'écriture comme différance et économie de la mort, oubliant l'infiniment autre

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L'écriture est parricide, hors-la-loi, elle est un fils orphelin qui s'expose à la perte

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La philosophie est le gigantesque aveu d'une crise : penser une écriture, une économie, dans la terreur d'être fou

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La responsabilité commence avec la renonciation à tout échange, tout sens et toute propriété - sans espoir de réponse, de communication, ni de promesse

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Responsabilité et foi vont ensemble : toutes deux doivent répondre d'un rapport à l'autre, dans le risque absolu, au-delà de toute norme et de tout savoir

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Le don, qui se donne à penser comme la figure même de l'impossible, est à la fois ce qui circule dans une économie et ce qui l'interrompt

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S'il y a du don, il doit se donner comme un rêve : sans échange, ni reconnaissance, ni retour symbolique

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[Derrida, economimesis]

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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L'art participe d'une economimesis : économie pure où le propre de l'homme se réfléchit dans sa productivité

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[Par imitation, dédoublement, dissémination ou toute autre altération, il faut faire proliférer la mimesis]

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Une décision ne peut être juste que si elle fait l'"épreuve de l'indécidable" - dont il reste, à jamais, une trace vivante, un fantôme qui déconstruit de l'intérieur toute certitude

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La pulsion d'emprise ou de pouvoir est irréductible à aucune autre : c'est elle qui règle le principe et l'économie du plaisir

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Freud travaille sans cesse à rendre raison de l'anéconomie, à vouloir la réintégrer dans une économie

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"Au-delà du principe de plaisir", Freud transgresse l'économie même; ne pouvant s'acquitter de ce qu'il promet, devenu insolvable, il choisit de se retirer

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Dans le Lévitique, le principe "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" contribue à fonder sur la justice le lien politique et social, sans autre justification ni économie

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La possibilité de la littérature tient à ce moment chrétien, abrahamique, où l'on croit pouvoir excéder l'économie du sacrifice

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Dans l'économie chrétienne du sacrifice, cette étrange économie du secret, un calcul infini prend la relève d'un calcul fini

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En tant qu'économie du sacrifice, la responsabilité chrétienne renvoie à une dissymétrie entre les regards : "Ton père qui te voit dans le secret, te le rendra"

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Le coeur, lieu du "par coeur" au-delà du sens, du savoir et du calcul, est aussi l'emplacement qui donne à penser l'économie

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Avec le livre, on a refoulé tout ce qui résistait à la linéarisation; en désédimentant son unité, on bouleverse le lien entre art, technique, économie, littérature, théorie

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Une vie qui vaille d'être vécue, une vie plus que la vie, c'est une vie qui s'affirme inconditionnellement, sans rien devoir à une économie, pas même celle de la vie

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[De la tradition juive, il faut retenir ce qui se retire, ce qui rompt avec l'économie]

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Avec la ligature d'Isaac, Abraham accepte de sacrifier la loi de la maison : au-delà de l'économie et du calcul, il renonce à toute rétribution, récompense, échange et espoir

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