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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la déconstruction                     Derrida, la déconstruction
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 28 août 2005

[Derrida, la déconstruction]

Autres renvois :
   

Derrida, l'indéconstructible

   
   
                 
                       

En entrant dans le langage courant, sous son propre nom ou d'autres comme celui de déconstructivisme, la déconstruction a-t-elle perdu son tranchant? Peut-être pas, car elle est toujours aussi difficile à définir : ni une analyse, ni une critique, ni une interprétation, ni une méthode, ni une thématique, ni une théorie, ni même une philosophie... Derrida semble avoir utilisé toutes les ficelles de la théologie négative pour éviter qu'elle ne se fige dans une positivité. La déconstruction n'est rien, en tous cas rien de substantiel, jusqu'au moment où elle produit l'événement qu'on n'attend pas.

Alors : Qu'est-ce que la déconstruction? On ne peut pas l'enfermer dans une question sur l'Être. Certes, elle interroge le logos, les institutions sur lesquelles il repose et tout ce que la voix présente peut charrier : vérité, être, vie, discours, écriture courante, certitude, etc..., y compris les éléments les plus usuels comme le mot ou le signe. Mais ces éléments sont transformés. Il ne s'agit pas d'expliquer, mais de déplier, de rendre compte de l'héritage dont le texte est le gardien. Pour cela Jacques Derrida introduit d'autres concepts : l'archi-écriture (où se défont les significations), la trace, la lettre, le gramme, l'autre, la différance, l'itérabilité, le supplément, le parergon, etc...

Il est pourtant arrivé un moment, à la fin des années 1980, où il s'est résolu à évoquer la déconstruction elle-même, si quelque chose de tel existe. Pour répondre à certaines dérives déconstructionnistes, voire à certains arguments anti-déconstructionnistes, il s'est résolu (sous certaines réserves sans cesse réaffirmées) à réintroduire le verbe Être, celui de la définition :

- la déconstruction, a-t-il dit, c'est Plus d'une langue. En laissant en elle une figure auto-interprétative déployer sa nécessité, sans se soumettre à quelque méta-discours que ce soit, elle s'apparenterait à une sorte de traduction des héritages parvenus jusqu'à nous - traduction aussi nécessaire qu'impossible. A sa façon unique et idiomatique, elle ferait survivre plus d'une voix.

- puis est venu cet autre aphorisme, pas moins énigmatique : La déconstruction est la justice. L'un comme l'autre s'impose performativement, comme la loi. Une force fondatrice, un acte de foi qui opère au bord du langage, dont le fondement n'est pas rationnel mais mystique, introduit une tension entre une justice qu'on ne peut "adresser" qu'indirectement, de manière oblique (l'expérience de l'impossible) et un système du droit (le possible). Si l'on prend au sérieux la justice, elle franchit toutes les limites : adulte/enfant, homme/femme, humain/animal, etc... Il en est ainsi pour une oeuvre, un texte [si en lui opère quelque chose qui soit de l'ordre du juste]. Il en fait l'expérience de lui-même, sur lui-même, il s'affecte, s'auto-hétéro-déconstruit, et avec lui toutes les partitions qui instituent le sujet humain sont affectées, déconstruites.

Pourquoi déconstruire? Parce que le processus est déjà entamé. L'événement a déjà lieu, dans notre présent, il affecte l'expérience même du lieu. Ça se déconstruit. On le constate (entre autres) pour la politique, l'art ou la littérature, on le vit chaque jour au coeur du droit. C'est une mutation radicale. La science, la technique, l'informatique, le machinisme et les médias entretiennent les turbulences qui déstabilisent l'écriture. Le cinéma y contribue par sa technique du montage/démontage. L'accumulation du travail comme celle du savoir est mise en crise. Dans les oeuvres aussi, la déconstruction est à l'oeuvre, et le concept d'oeuvre devient une énigme. Quand le mouvement est lancé, quand la déconstruction devient un motif, de nouvelles possibilités de renvoi à l'autre émergent. Déconstruire la déconstruction n'est pas un but en soi, c'est s'appuyer sur un puissant mouvement pour balayer les constructions figées et réparer l'injustice.

Comment philosopher en déconstruisant le logos? Par une pratique double, à la fois intérieure et extérieure au logocentrisme.

- de l'intérieur, en s'appuyant sur les coins négligés du texte (une mémoire déjà à l'oeuvre dans l'oeuvre), sur ses apories, sur ses résonances (le commentateur déconstruit le texte en le laissant intact), sur les spectres qui gisent dans le langage, sur les auteurs qui ont anticipé son mouvement (Marx, Freud, mais aussi Jean Genet), sur le potentiel qu'il met en oeuvre, sur l'instabilité des limites (parergon), et aussi en critiquant les appareils théoriques qui résistent à la déconstruction (par exemple le structuralisme). Cette phase de renversement - qui ne détruit pas la valeur de vérité - est indispensable. Elle fait glisser les éléments du système jusqu'au point où ils s'épuisent.

- de l'extérieur, en désorganisant les systèmes. Il faut travailler les écarts, déplacer et renverser l'ordre conceptuel, intervenir sur les restes, les concepts qui résistent à l'organisation dominante, et aussi les contextes. Il ne s'agit pas alors de déconstruire l'archive, mais le principe même de l'archive. Un seul auteur ni un seul texte n'y suffisent pas.

L'université devrait être un lieu de résistance critique, déconstructive, où le principe de liberté inconditionnelle de questionnement, de proposition et d'invention trouverait à s'appliquer.

En rapport essentiel avec la pensée même, qui est faite d'additions et de suppléments dangereux, et avec l'itérabilité générale du langage, qui déplace et déjoue les limites oppositionnelles, la déconstruction favorise l'irruption de l'événement irréductible, singulier - au plus près possible d'un idiome ou d'une signature. Elle s'appuie sur la crise actuelle, linguistique et aussi machinique, pour défaire l'opposition classique de la vérité et de l'apparence, résister à la volonté moderne de tout calculer, de tout programmer y compris l'invention, et pour ouvrir un autre espace théorique.

Si la déconstruction se voulait possible, elle se présenterait comme un ensemble de procédures avec leurs méthodes, leurs pratiques et leurs chemins balisés. Mais sa visée, l'expérience qu'elle invente, n'est pas celle-là : c'est celle de l'autre. Se laissant contaminer, parasiter par cela même qu'elle déconstruit, elle s'écrit au futur, mais sans maîtriser ce futur. Pour préparer la venue de l'autre sans l'inscrire dans un horizon préalable, elle doit inventer l'impossible. C'est sa loi, sa seule dignité. Son axiome est l'ouverture de l'avenir.

On expérimente la déconstruction, chaque fois unique. Elle est ce qui arrive, quand ça arrive. Pour la mettre en oeuvre, il n'y a ni règle, ni procédés, ni technique, mais une quasi-règle : ce qui, chaque fois, vient en plus, opère comme irruption de l'autre, disjonction, commotion. Du thème, du texte ou du concept en cause, il faut refuser de faire une totalité close. Le style de la déconstruction exige le respect du droit de l'autre à la différence. Sa responsabilité, c'est de ne rien soustraire aux questions déconstructives.

La déconstruction a toujours été à l'oeuvre. Prendre acte de l'illégitimité des frontières et distinctions, accueillir l'étranger, l'hôte incompréhensible qui arrive sans prévenir et parle autrement, décloisonner, c'est chaque fois nouveau, mais chaque fois un projet infini, quasi messianique. Dans le cas de Jacques Derrida, elle est née d'un "être-juif" exilé, sans demeure, que d'autres avaient déjà exploré comme Aboulafia. Mais elle peut naître ailleurs, dans d'autres contextes.

Et en plus, sans vouloir en faire une ultime justification, on peut ajouter que, quoiqu'éloignée de toute mystique et sans prétendre à l'extase, elle peut donner du plaisir.

 

 

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Propositions

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La déconstruction n'est pas une méthode : elle est l'ouverture d'une question, c'est-à-dire rien

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L'axiome de la déconstruction, ce à partir de quoi elle s'est toujours mise en mouvement, c'est l'ouverture de l'avenir

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"La déconstruction est la justice" - partout où la déconstruction est possible comme expérience de l'impossible, il y a la justice

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Si j'avais à risquer une seule définition de la déconstruction, je dirais sans phrase : "plus d'une langue"

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L'émergence d'une écriture non phonétique inaugure la déconstruction de toutes les significations du logos, dont celle de vérité

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L'itérabilité, qui déplace et déjoue les limites oppositionnelles, est en rapport essentiel avec la force de déconstruction

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On ne peut penser la "pensée même" que par les additions et suppléments dangereux à l'oeuvre dans le "et" : plus d'un, de deux, de trois; plus d'une voix, plus d'une langue, etc...

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La forme du livre est désormais soumise à une turbulence générale : en l'interrogeant pratiquement, le procès d'écriture doit aussi la démonter

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La déconstruction est une pensée de l'origine et des limites de la question : "Qu'est-ce que?"

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On n'explique pas un texte, mais on peut rendre compte de son héritage, le "déplier"

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"Il n'y a pas de hors-contexte"; déconstruire, c'est prendre en compte cette "structure a priori" dont l'analyse n'est jamais politiquement neutre

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Si la déconstruction est toujours déjà à l'oeuvre dans l'oeuvre, il suffit de faire oeuvre de mémoire pour savoir déconstruire

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La pensée déconstructrice de la trace se porte au-delà de l'opposition entre le travail vivant et le spectre

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La déconstruction, qui se donne pour tâche l'expérience de l'autre comme invention de l'impossible, ne désire pas le possible, mais l'impossible

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La déconstruction est une stratégie sans finalité, qui énonce au futur le sens ou le contenu conceptuel de ce qui a déjà été écrit

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Déconstruire la déconstruction, ce serait pousser aussi loin que possible un discours hyper-athéologique, tout en ne cessant de méditer la culture abrahamique

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Le messianique en général (sans contenu) est la structure formelle, indéconstructible, de la promesse émancipatoire, qui conditionne un autre concept du politique et de la démocratie

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En ces temps de mutation et de déconstruction, il faut interroger ce qui arrive dans l'université, l'énigme du concept d'"oeuvre"

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De la déconstruction, il y en a toujours à l'oeuvre dans les oeuvres - elles se déconstruisent elles-mêmes

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Le "parergon" opère comme un "pharmakon" : il démonte les oppositions conceptuelles les plus rassurantes - y compris entre ergon (oeuvre) et parergon (cadre)

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Il y a, dans la déconstruction, une figure auto-interprétative [auto-affection] qui n'impose sa nécessité qu'en accumulant les forces qui tentent de la refouler [auto-immunité]

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Pour la déconstruction, le problème de la justice est essentiel - même s'il ne peut être "adressé" qu'indirectement, de manière oblique

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Le champ textuel marqué par la déconstruction est groupé : un seul auteur est incapable d'y pratiquer l'écart de la dissémination, il est impossible d'y "faire le point"

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[La déconstruction s'apparente à une traduction nécessaire et impossible, interdite et imposée, dont la tâche serait de faire survivre et croître les oeuvres de la tradition]

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Décloisonner, c'est rouvrir la plaie de ma circoncision, cette scission sublime

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L'"avoir-lieu" de la déconstruction, c'est l'enregistrement de cette "chose", la trace qui trace, où l'événement affecte l'expérience même du lieu

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Une déconstruction n'est, chaque fois, que "ce qui arrive quand ça arrive"; elle ne met pas en oeuvre une technique ni une méthode, mais un style

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Une déconstruction conséquente est une pensée de la singularité, donc de l'événement

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Chaque événement de déconstruction est singulier, au plus près possible d'un idiome ou d'une signature

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Le développement accéléré du cyberespace, de la nouvelle topologie du virtuel, affecte l'expérience du lieu et produit une déconstruction pratique du politique

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L'exercice de la responsabilité, théorique et éthico-politique, prescrit de ne rien soustraire a priori aux questions déconstructives

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La déconstruction s'est construite comme une démarcation à l'égard du structuralisme

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Il y a quelque chose de pourri au coeur du droit : une contamination différantielle qui ruine les oppositions, une déconstruction à l'oeuvre

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La question de la justice conduit à déconstruire toutes les partitions qui instituent le sujet humain : adulte/enfant, homme/femme, humain/animal, etc...

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Le mot est l'unité de la phonè et du sens; il fonde le privilège de l'être, qui ne résiste pas à sa déconstruction

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L'époque de l'opposition de la vérité et de l'apparence est un temps historique déconstructible

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S'"il faut la vérité" - comme "il faut du langage" et comme "il faut parler" -, c'est pour la déconstruire

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Déconstruire, c'est se préparer à la venue de l'autre : le laisser venir, "invenir", hétérogène et incalculable

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La déconstruction est une singulière aporie qui se laisse contaminer, parasiter par cela même qu'elle déconstruit

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Dans chaque déconstruction singulière, le mouvement d'une division fait apparaître l'impossible comme la seule possibilité digne de ce concept ou de ce thème

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La justice est indéconstructible pour Jacques Derrida comme la pitié était innée pour Jean-Jacques Rousseau

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La justice est indéconstructible, mais il faut la penser en déconstruction, dans un au-delà du droit qui est excès, disjointure, dislocation

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La déconstruction, ce n'est pas seulement plus d'une langue, c'est déjà plus d'une voix

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La déconstruction ne conteste ni ne détruit jamais la valeur de vérité; elle la réinscrit dans d'autres contextes interprétatifs et différantiels

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Avec la déconstruction, quelque chose arrive à la langue : jouissant d'elle-même, elle accueille un hôte incompréhensible qui l'oblige à parler autrement

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Dans l'événement aporétique, la parole s'affecte du dehors, sa valeur d'acte et de vérité se déconstruit

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La déconstruction ne s'"applique" jamais de l'extérieur; c'est l'expérience qu'un texte fait de lui-même, sur lui-même

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En donnant à lire comme symptômes les textes de notre culture, le travail de déconstruction donne un grand plaisir

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Il reste à penser ce qui se passe aujourd'hui, dans la modernité, au moment où la déconstruction devient un motif

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Remettre en question le signifié transcendantal, c'est reconnaître que tout signifié est aussi en position de signifiant; c'est déconstruire, avec le signe, tout ce qui lie notre culture

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La déconstruction trouve, dans la logique spectrale, au coeur du présent vivant, son lieu le plus hospitalier

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La déconstruction ressemble à une philosophie, une théorie, une méthode, mais elle ne l'est pas, elle est la déstabilisation en cours des "choses" mêmes

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Il s'agit, avec les concepts de la déconstruction, de transformer l'espace logique habituel, d'organiser l'espace théorique des Lumières modernes de façon quasi transcendantale

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La stratégie générale de la déconstruction est double : intervenir en renversant les hiérarchies; désorganiser les systèmes en explorant les écarts

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La déconstruction n'est pas une décision volontaire ni un commencement absolu : elle s'entame selon des lignes de force localisables dans le discours à déconstruire

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Les mouvements de déconstruction ne sollicitent pas les structures du dehors; ils n'ajustent leurs coups qu'en habitant ces structures

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La déconstruction comporte une phase indispensable de renversement, afin de s'emparer des moyens d'intervenir dans le système

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Déconstruire, c'est faire glisser les concepts jusqu'à leur point de non-pertinence, leur épuisement, leur clôture

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La déconstruction a une structure de double marque (double lecture, double écriture et double science) : l'une intérieure au logocentrisme (système d'oppositions), l'autre extérieure

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La déconstruction ne consiste pas à passer d'un concept à un autre, mais à renverser et déplacer un ordre conceptuel - qui peut s'articuler à un ordre non conceptuel

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La déconstruction est une intervention qui greffe sur d'anciens concepts des restes résistant à l'ancienne organisation, irréductibles à la hiérarchie dominante

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Il n'y a pas de règle à la déconstruction, mais une "quasi-règle" : chaque fois un ajout, une conjonction (un "et"), opère comme menace, disjonction

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Les deux règles de la lecture critique : respect du droit à la différence de l'autre; ne pas faire du texte une totalité close et indéconstructible

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[La déconstruction ne revient pas à un sujet, à un moi ou à une conscience : ça se déconstruit, c'est en déconstruction]

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La littérature ou l'art sont souvent porteurs d'une déconstruction générale à quoi résistent les appareils conceptuels

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Dans le mot "déconstruction", les portées grammaticale, linguistique ou rhétorique sont associées à une portée machinique

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La déconstruction, n'est-ce pas une mise en crise de l'unité "heure", cette réponse humaniste à la question posée depuis le Moyen Âge au sujet du travail?

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La déconstruction se distingue d'une analyse ou d'une critique en ce qu'elle touche à des structures, des institutions et pas seulement à des discours et des représentations

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L'université moderne, qui fait profession de vérité, doit par principe se voir attribuer une liberté inconditionnelle de questionnement, de proposition et de déconstruction

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L'université devrait être "sans condition" : un espace de résistance critique, déconstructrice, où s'élaborent de nouvelles Humanités, un nouveau concept de l'homme

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Le concept même du politique est en cours de déconstruction

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Nul n'a plus radicalement que Freud éclairé, déconstruit - mais aussi restauré - le principe archontique de l'archive

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En déconstruisant le fonds textuel auquel Freud a puisé et n'a cessé de se référer, Derrida prend ses distances à l'égard de la psychanalyse

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L'appareil théorique de Lacan, marqué par le logocentrisme de la parole pleine et de la vérité, résiste à une déconstruction générale

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La logique de la spectralité est inséparable du motif de la déconstruction

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Pour rendre compte des effets de virtualité, simulacre et spectralité, il faut que la déconstruction inscrive la possibilité de renvoi à l'autre, hétérogénéité, différance

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Il y a entre l'écriture déconstructive et le cinéma un lien essentiel : couper, coller, composer, monter des textes et des citations

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L'évolution technique (ordinateur, Internet, images de synthèse) entretient une demande de déconstruction inégalée

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Dans la "fleur" de Genet - qui, d'un coup de glas, ne signifie plus rien -, la déconstruction pratique de l'effet transcendantal est à l'oeuvre

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La déconstruction d'un texte littéraire n'est pas une traduction, mais un geste qui laisse sonner, résonner, le texte de l'auteur

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Par la déconstruction, Jacques Derrida a voulu réparer l'injustice faite à son père

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Il y a deux façons d'être fidèle à l'esprit du marxisme : critique et déconstruction

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La déconstruction n'a jamais été marxiste, pas plus que non marxiste, quoique fidèle à un certain esprit du marxisme

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Le "messianique", c'est laisser venir l'autre, s'exposer à la surprise absolue de sa décision, sans rien en attendre

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Avec la reproduction photographique, la valeur d'unicité et d'authenticité de l'oeuvre d'art se trouve déconstruite; le politique comme tel n'est plus dissimulé

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L'héritage européen n'est pas un patrimoine, c'est un potentiel inépuisable de crise et de déconstruction

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Jacques Derrida déconstruit, comme Aboulafia, le nom commun de dieu (Adonaï) pour construire le nom indicible (Yhvh)

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Quand Derrida se réfère à la tradition juive, sa fidélité est celle de la déconstruction

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La déconstruction derridienne résulte de la sécularisation des théories de la Cabale sur le texte

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Il a fallu l'expérience directe de frontières et de distinctions illégitimes pour élaborer la déconstruction

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L'"être-juif" déconstruit la distinction entre authentique et inauthentique, voire toute distinction conceptuelle

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Que fait la déconstruction? Pour exorciser la mauvaise image du père, elle voyage dans la culture académique, elle l'ébranle par une violente commotion

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La déconstruction, qui va toujours "avec" quelque chose d'autre, introduit dans tous les champs un principe de contamination, de transfert ou de traduction

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Pour laisser intact le texte qu'il commente, le déconstructeur doit signer son commentaire

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