| Ce paradoxe est perceptible dès le début. La moitié environ du contenu de L'écriture et la différence (1967) porte sur des auteurs juifs : Jabès, Lévinas, Freud, Lévi-Strauss, Bounoure (sans compter les très fréquentes références à Husserl - mais Husserl est-il d'abord juif, ou d'abord converti?). Les références à la tora ne sont pas rares (plus courantes en tous cas qu'à toute autre mythologie). Mais ni les juifs ni la tora ne sont pris comme objets d'étude. Le seul sujet, c'est la déconstruction.
Peut-être Derrida n'ose-t-il pas s'attaquer à cette tradition, car une telle attaque le conduirait plus loin ou trop loin. Il ne plonge pas vraiment dans le contenu de la tradition juive, et se limite à l'utiliser par analogie. Exemple : quand il compare la déconstruction avec la brisure des Tables de la loi. Cette prudence n'est peut-être qu'apparente. Moché Idel suggère que la déconstruction porte sur le nom commun de dieu. Et si elle portait sur dieu lui-même? |