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Derrida, l'autre                     Derrida, l'autre
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 1er avril 2006.

[Derrida, l'autre]

Autres renvois :
     

Derrida, le tout-autre

     

Derrida, l'hospitalité

     

Autrui, l'autre, le prochain

 

Altérités

                   
                         

Souvent Derrida évoque l'autre, mais de quel autre s'agit-il? Ni du petit autre (le prochain en tant qu'il est présent), ni d'un grand Autre supposé (il relèverait de la métaphysique), mais de l'autre de la différance. Une feuille qui se replie sur elle-même, un espacement, telles sont les figures de cet autre. S'il est irréductible, c'est parce qu'il ne peut pas être posé. Son identité ne se ferme pas sur elle-même. Face au texte, voici un autre texte qu'il faut accueillir. Je peux l'accueillir car j'ai fait en moi-même l'expérience de la division et de l'auto-affection.

Car si l'autre m'entend parler, je m'entends aussi, et si je me touche, je touche aussi un autre. Il y a supplément, altération. Tout vivant accueille en lui un autre hétérogène, avec lequel il ne partage aucun secret. Avant tout lien social, dans le désert, il l'accueille, il lui fait crédit. Quand il le combat, il se combat lui-même (auto-immunité). Cet autre nous angoissera toujours. Il ne sera jamais un prochain. Il est incalculable. Il décide de la loi, soutient les croyances et la vision, mais il reste irréductible. Il est impossible d'en faire son deuil.

Présent/absent, l'autre est spectral. On ne s'adresse à lui qu'indirectement dans la vie courante. Il faut un autre geste, une hantologie qui anticipe le tout-autre dans sa dissymétrie infinie. Il n'y a éthique que si l'autre est présent comme absence, dissimulation, différance - on peut alors l'aimer.

Dans les concepts dits "éthiques" avancés par Derrida, c'est à cet autre irréductible que j'ai affaire, pas à celui de la vie courante. Par exemple dans la visitation, quand je me transforme pour lui, au risque de perdre mon identité; dans l'hospitalité, quand j'évite toute question sur l'autre; dans l'ouverture messianique à l'autre auquel je dis "Viens", quand je lui ouvre l'avenir; dans l'éthique à venir, quand c'est l'autre qui est ma loi. Quand vient l'autre humanisme, celui de l'autre homme indéterminé, j'apprends à vivre : respect et tolérance pour la singularité dans son altérité infinie.

L'autre n'est jamais évident. Il faut l'inventer, par exemple par la psychanalyse ou la photographie. Il faut concevoir une altérité oblique, inouïe, qui ne soit pas la simple opposition à ce qui est, qui se dise dans une autre langue, une autre syntaxe.

L'autre est toujours supplémentaire (comme l'écriture). Il peut faire (son) trou selon une autre loi, celle de la dissémination.

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Propositions

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L'espacement est l'impossibilité pour une identité de se fermer sur elle-même : c'est l'irréductibilité de l'autre

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La différance est l'accueil de l'autre en-dedans

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Il n'y a pas d'éthique sans présence de l'autre comme absence, dissimulation, détour, différance

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Travaillée par une division, l'opération d'auto-affection accueille l'autre

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La pliure est une auto-affection : chaque pli déterminé se plie à figurer l'autre et à re-marquer ce pli sur soi de l'écriture

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L'auto-affection du moi est comparable à l'onanisme : altérer la présence en restituant une autre présence qui n'est que représentation, supplément, altération

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Dans la structure générale de l'auto-affection, l'opération du touchant-touché accueille l'autre

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La voix phénoménologique est : être entendu de soi et de l'autre

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Le moi vivant est auto-immune : il accueille l'autre en-dedans et dirige, pour lui-même, ses défenses contre lui-même

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Le spectral, ce sont ces autres, jamais présents comme tels, ni vivants ni morts, avec lesquels je m'entretiens

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"Apprendre à vivre", c'est respecter la loi de l'autre (promesse et fidélité) selon le triple anagramme : respect, spectre, sceptre

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L'arrivée de l'autre est toujours incalculable

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Il y a deux sortes de justice : celle qui fait droit (calculable); celle qui ouvre la dissymétrie infinie du rapport à l'autre (incalculabilité messianique du don)

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Pour que l'autre reste l'autre en moi, il faut que le deuil soit impossible : ni incorporation, ni introjection

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L'autre est celui qui ne partage pas avec nous son secret

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La tâche urgente, c'est d'inscrire une trace dans le texte tout en faisant signe vers un autre texte

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Par une extension réglée du concept de texte, la dissémination inscrit une autre loi des effets de référence : dans le texte, le réel sort de son trou

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Pour parler du nom de Dieu, il faut inventer une autre langue et une autre syntaxe

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Le pharmakon est ce qui, surgissant du dehors, force le vivant à avoir rapport à son autre, au risque d'un mal d'allergie

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L'espacement ne désigne rien : c'est l'index d'un dehors, d'une hétérogénéité, d'un mouvement qui indique une altérité irréductible

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"Autre" n'est ni une forme de présence, ni un être : c'est l'inscription de ce qui ne peut pas être posé

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Le désert est le lieu extatique de l'extrême abstraction qui rend possible, ouvre et infinitise l'autre par un lien fiduciaire

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En photographie, l'effet de réel tient à l'irréductible altérité d'une autre origine du monde dont émane un regard, en un point zéro de l'apparaître

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Il faut penser l'événement à partir du "Viens" qui se dit à l'autre et qui ouvre un espace messianique

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Dans l'hospitalité sans condition, l'hôte qui accueille évite toute question sur l'identité de l'autre

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Il y a "visitation" (hospitalité pure) quand l'autre n'est ni invité, ni attendu, et que je dois me transformer pour lui

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Quand le visiteur arrive (au sens messianique), un autre absolument inattendu m'expose au danger de perdre mon identité

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La tolérance peut désormais être pensée comme scrupule, retenue, respect devant la distance de l'altérité infinie comme singularité

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Là où s'achève un concept de l'homme, l'humanité pure de l'autre homme ou de l'homme autre commence comme loi de la loi, promesse messianique sans contenu

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La loi est fondée sur un événement performatif, une décision de l'autre dans l'indécidable, qui ne peut appartenir à ce qu'elle institue

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Pour Lévinas, l'altérité de l'autre est absolument irréductible, tandis que pour Derrida, il n'y a pas de concept d'autrui

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Pour Rousseau, l'origine métaphorique du langage renvoie nécessairement à une situation d'angoisse, de déréliction et d'effroi devant la rencontre d'un autre menaçant

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L'altérité ou l'extériorité sont des concepts qui à eux seuls ne débordent pas la philosophie : il faudrait pour cela le mouvement inouï d'un autre qui ne serait pas son autre à elle

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Mettre en oeuvre la circoncision, c'est aimer l'autre absent

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Le tournant de Derrida résulte d'une exigence interne à la déconstruction : envisager la trace de l'autre dans le même

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La vision de l'oeuvre est conditionnée par le regard ou la voix d'un autre, spectateur supposé qui est, lui, dérobé à la vue

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S'il y a un art de la photographie, il donne droit à l'autre, il l'invente

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L'autre du portrait reste irréductible, il résiste à toute intériorisation, subjectivation, idéalisation

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Le concept messianique de Derrida, c'est de laisser venir l'autre, de s'exposer à la surprise absolue de sa décision, sans rien en attendre

     


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