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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, différence sexuelle, femme                     Derrida, différence sexuelle, femme
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 11 février 2007

[Derrida, la femme, la différence sexuelle]

Autres renvois :
   

Derrida, l'hymen

   
   
                 
                       

Nous sommes appelés à exister par le regard et par la voix d'un autre, un vivant sexué qui nous apostrophe et nous convoque en nous disant : Je te laisse être qui tu es, toi qui es affecté par la différence sexuelle. C'est ainsi que tout commence. La différence, nous la lisons et elle nous lit. On en déchiffre les traces, on les raconte par la parole, on en fait des fables, on les traduit dans le discours. Nous vivons en l'interprétant par nos stratégies d'adresse, d'énonciation et de désir.

Mais pour l'élucider, c'est une autre affaire. Ce n'est pas de l'opposition des genres qu'il faut partir, mais d'une différence plus originelle, plus charnelle qui, avant même la différence des sexes, nous entraîne dans la dissémination. Nous y sommes jetés, nous l'expérimentons comme dispersion, déliaison, pliure du rapport à soi. Avant qu'il y ait du sexe, il y a de la dissémination. Sans cette possibilité, le reste ne suivrait pas, et par conséquent c'est la sexualité féminine (et non masculine) qui est première, avec sa construction double autour de l'hymen - ce mot ambivalent qui désigne à la fois une membrane déchirable et l'union d'un couple (à ne pas confondre avec le rapport sexuel).

En se déchirant dans l'antre de la femme, l'hymen se plie et s'accomplit. La pliure est un viol et aussi une auto-affection : par elle, la femme s'ouvre, dans son intimité, à l'extériorité. L'acte a lieu, il laisse une marque, mais le voile n'est pas déchiré. L'hymen est toujours là, inviolé, vierge, dans l'entre-deux. Le secret est intact. Telle est la matrice théorique à partir de laquelle on peut lire la différence des sexes.

Rien ne peut arrêter le jeu des pliures. Dès le commencement, il était double, et ne cesse de se dédoubler. La "femme" ne s'arrête à aucune place, aucune définition. Pour un homme, son hymen à elle est en lui - sa consumation ne commence ni ne finit jamais. C'est la logique de la dissémination, qui diffère de celle de la castration, car elle n'est ni un signifié ultime ni une vérité.

La différence sexuelle engage dans un rapport à l'autre. Il faut avoir foi en cet autre qui déborde toute expérience, cet autre invisible, dont le secret n'est jamais levé, pour entrer dans un entre-deux où la séparation ne s'oppose pas à la réparation.

D'une façon ou d'une autre, tous les philosophes évoquent la différence sexuelle - même Heidegger. Mais pour mettre en question les partitions qui instituent le sujet humain (dont la différence sexuelle), il faut exiger la justice.

 

 

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Propositions

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La dissémination se lit comme une sorte de matrice théorique de la sexualité féminine

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Il faut élucider la différence sexuelle à partir de la jetée disséminale, et non l'inverse

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"Par l'acte performatif qui lit et écrit la différence sexuelle, tu es appelé à exister"

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La différence sexuelle relève du témoignage, en tant qu'il déborde toute expérience et engage dans un sans-rapport à l'autre, celui de la foi

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La différence sexuelle est à la fois lue et lisante : c'est toujours un "elle" ou un "il" qui la lit

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La différence sexuelle est une interprétation : elle suppose un lieu d'énonciation, une adresse, un investissement par des phrases, du sens

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Tout récit fabuleux raconte la différence sexuelle / Il n'y a pas de parole qui ne traduise quelque chose comme cette fabuleuse différence sexuelle

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La différence sexuelle sépare en réparant, sans couper ni opposer; elle reste entre-deux, entre séparation et réparation

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L'hymen, se divisant, se rapporte à lui-même par des pliures dont rien, dans sa syntaxe, ne peut arrêter le jeu

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L'hymen "a lieu" dans l'entre (antre), dans l'obscurité d'une caverne, entre le dedans et le dehors de la femme

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L'objet-texte [livre, oeuvre] est le reste d'une pliure qui déchire l'hymen, laisse le texte vierge et intact le secret

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La consumation de l'hymen ne commence ni ne finit jamais

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La consumation de l'hymen est fusion entre-deux, accomplissement de désir qui suspend les différences en inscrivant une différance sans présence

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La dissémination dans le repli de l'hymen, telle est l'opération mallarméenne

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Quelle est la place de la femme? Là où il n'y a pas de places pour des positions arrêtées et définies

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(Pour un homme), la formulation par excellence de la différence sexuelle, c'est : "elle en moi"

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Dire que "le Dasein n'appartient à aucun des deux sexes" n'implique pas qu'il soit asexué, mais au contraire qu'une sexualité plus originaire, pré-duelle, s'y déploie

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C'est le corps propre lui-même, la chair, qui entraîne originellement le Dasein dans la dissémination, et par là dans la sexualité

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La question de la justice conduit à déconstruire toutes les partitions qui instituent le sujet humain : adulte/enfant, homme/femme, humain/animal, etc...

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La femme, comme figure de la castration ou de la vérité, fait revenir, en sa demeure, le phallus ou le signifiant

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Tout se passe comme si, à lire Heidegger, la différence sexuelle n'était pas "à hauteur de différence ontologique" - et pourtant, la neutralité du Dasein n'est pas asexuelle

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