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Nous sommes appelés à exister par le regard et par la voix d'un autre, un vivant sexué qui nous apostrophe et nous convoque en nous disant : Je te laisse être qui tu es, toi qui es affecté par la différence sexuelle. C'est ainsi que tout commence. La différence, nous la lisons et elle nous lit. On en déchiffre les traces, on les raconte par la parole, on en fait des fables, on les traduit dans le discours. Nous vivons en l'interprétant par nos stratégies d'adresse, d'énonciation et de désir.
Mais pour l'élucider, c'est une autre affaire. Ce n'est pas de l'opposition des genres qu'il faut partir, mais d'une différence plus originelle, plus charnelle qui, avant même la différence des sexes, nous entraîne dans la dissémination. Nous y sommes jetés, nous l'expérimentons comme dispersion, déliaison, pliure du rapport à soi. Avant qu'il y ait du sexe, il y a de la dissémination. Sans cette possibilité, le reste ne suivrait pas, et par conséquent c'est la sexualité féminine (et non masculine) qui est première, avec sa construction double autour de l'hymen - ce mot ambivalent qui désigne à la fois une membrane déchirable et l'union d'un couple (à ne pas confondre avec le rapport sexuel).
En se déchirant dans l'antre de la femme, l'hymen se plie et s'accomplit. La pliure est un viol et aussi une auto-affection : par elle, la femme s'ouvre, dans son intimité, à l'extériorité. L'acte a lieu, il laisse une marque, mais le voile n'est pas déchiré. L'hymen est toujours là, inviolé, vierge, dans l'entre-deux. Le secret est intact. Telle est la matrice théorique à partir de laquelle on peut lire la différence des sexes.
Rien ne peut arrêter le jeu des pliures. Dès le commencement, il était double, et ne cesse de se dédoubler. La "femme" ne s'arrête à aucune place, aucune définition. Pour un homme, son hymen à elle est en lui - sa consumation ne commence ni ne finit jamais. C'est la logique de la dissémination, qui diffère de celle de la castration, car elle n'est ni un signifié ultime ni une vérité.
La différence sexuelle engage dans un rapport à l'autre. Il faut avoir foi en cet autre qui déborde toute expérience, cet autre invisible, dont le secret n'est jamais levé, pour entrer dans un entre-deux où la séparation ne s'oppose pas à la réparation.
D'une façon ou d'une autre, tous les philosophes évoquent la différence sexuelle - même Heidegger. Mais pour mettre en question les partitions qui instituent le sujet humain (dont la différence sexuelle), il faut exiger la justice.
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