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Le récit de l'Orloeuvre

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Derrida, la langue                     Derrida, la langue
Source (livre) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 14 novembre 2006

[Derrida, la langue]

Autres renvois :
   

Derrida, le langage

   
   
                 
                       

Le langage renvoie à une structure, tandis que les langues parlées sont doubles.

1. Chacun a une langue qu'il parle, la sienne, son idiome. Son monolinguisme, c'est qu'il ne parle jamais que cette langue là, qui est sa loi (même s'il est bilingue ou trilingue). Mais avant même de parler sa langue, il a fallu qu'il tienne compte d'un autre monolinguisme : le pouvoir souverain de nommer, d'imposer sa langue et sa Loi.

2. L'autre loi, antinomique de la première : c'est qu'un locuteur ne peut pas ne parler qu'une seule langue. Une force s'exerce en lui (une archi-écriture), qui lui fait parler plus d'une langue. C'est la définition même de la déconstruction. Aucune langue n'étant totalisable, il y en a toujours plus qui ne t'appartiennent pas. Ta langue est toujours celle de l'autre.

C'est pourquoi Jacques Derrida dit de lui-même (mais cela vaut pour quiconque) : Je n'ai qu'une langue, et ce n'est pas la mienne. Ce qui a fait office de langue maternelle [le français] m'a toujours renvoyé ailleurs. Ma propre langue est inappropriable : une vraie folie où la marque (la langue dite "naturelle" ou idiomatique) est redoublée par la dissémination (re-marque). Mais seule cette folie peut ouvrir à l'éthique.

Alors que le système du langage fait prévaloir la présence, les langues ne reviennent pas à leur point de départ. Elles gardent la différance. Elles sont accessibles à toutes les greffes et transformations. A travers elles, l'être parle. Parler, c'est faire un détour par ce qui est inscrit dans la langue, et aussi ce qui n'y est pas inscrit : la différance. Parler, c'est faire effraction dans la clôture sur soi de la langue, c'est accueillir un hôte incompréhensible qui oblige, tôt ou tard, à parler autrement. Parler, écrire, traduire, c'est remplacer l'irremplaçable, c'est faire venir une autre langue, inouïe, en appeler à une langue toute autre.

La langue est historique. Elle tient à une date, un lieu, une nation, un contexte politique : passion religieuse ou nazisme. C'est elle qui soutient les croyances.

Par la langue, le nom est marqué, les générations sont nommées. Des traces du corps deviennent lisibles.

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Propositions

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[Derrida, la langue]

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La langue garde la différance, qui est encore plus vieille que l'être lui-même

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La différance est le détour par la langue par lequel je dois passer pour parler

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Si j'avais à risquer une seule définition de la déconstruction, je dirais sans phrase : "plus d'une langue"

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La différance est le concept ultra-transcendantal de la vie qui permet de penser la vie et qui n'a jamais été inscrit dans aucune langue

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La langue obéit à deux lois antinomiques : 1/ on ne parle jamais qu'une seule langue 2/ on ne parle jamais une seule langue

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Jacques Derrida : "Je n'ai qu'une langue, et ce n'est pas la mienne"

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Avant tout discours, l'expérience de la marque articule dans la langue, à même le corps, les traumas singuliers et la structure désappropriante de la loi (re-marque)

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La langue est inappropriable, et cette exappropriation - qui la rend folle - est seule à pouvoir ouvrir à une politique, un droit et une éthique

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La folie de la loi loge dans son auto-hétéronomie : je dois me l'approprier comme une langue, mais elle vient d'ailleurs

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Le monolinguisme de l'autre, c'est d'abord le pouvoir souverain de nommer, qui témoigne de la structure coloniale de toute culture

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La langue institue le phénomène irréductible du "s'entendre-parler pour vouloir-dire" - mais elle l'institue comme langue de l'autre, fantasme ou spectralité

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Le verbe "être" avec sa fonction de "copule" représente une effraction dans la clôture sur soi de la langue, il l'ouvre à son dehors

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Je me rends à la langue - la mienne et celle de l'autre -, mais avec l'intention de faire qu'elle n'en revienne pas

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La mère, comme lieu de la langue, est l'unique irremplaçable - qu'il faut remplacer car l'insuppléable est la folie même, toujours à l'oeuvre

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Pliée entre l'universel et l'idiomatique, entre le schème normatif et l'événement, la langue est accessible aux greffes, transformations et expropriations les plus radicales

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Avec la déconstruction, quelque chose arrive à la langue : jouissant d'elle-même, elle accueille un hôte incompréhensible qui l'oblige à parler autrement

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En l'absence de langue maternelle, quand le passé est indisponible, surgit le désir d'écrire pour restaurer une langue originaire - comme promesse d'une langue à venir

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Nouvelle internationale : Poètes-traducteurs, révoltez-vous contre le patriotisme, faites pousser une autre langue!

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Une avant-première langue, toute autre, laisse sa marque dans la langue - mais comme un dehors absolu, hors-la-loi, une promesse, un appel à venir

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La langue et la nation forment le corps historique de toute passion religieuse

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Le nazisme a montré que la langue pouvait devenir folle - et entraîner avec elle la loi et l'origine du sens

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Chaque fois que j'ouvre la bouche, je promets : et cette promesse annonce l'unicité d'une langue inouïe, à venir

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On ne peut parler de générations que par la langue et la voix - par tout ce qui marque le nom ou en tient lieu

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Le "je" de Jacques Derrida s'est formé dans une expérience insituable de la langue : un interdit qui renvoyait ailleurs, à l'autre, à une autre langue

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Les Ephraïmites, qui ne peuvent pas prononcer schibboleth, sont incirconcis de la voix - comme on peut l'être des lèvres, de la langue, des oreilles ou du coeur

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Le prépuce, comme la voix, se détache du corps : impossible de ne pas laisser de trace dans la langue

Jacques Derrida ŕ Ris-Orangis en 2004

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