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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, responsabilité(s)                     Derrida, responsabilité(s)
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 27 avril 2008 L'oeuvre, un appel à répondre

[Derrida, responsabilité(s)]

L'oeuvre, un appel à répondre Autres renvois :
   

Derrida, jugement, décision

   

Derrida, l'instance éthique

   
Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels
                 
                       

1. Comme d'autres mots, figures ou concepts, la responsabilité selon Jacques Derrida est (au moins) double.

a. Le sujet du logos - la loi du père.

La responsabilité humaniste est celle qui implique de s'acquitter, de manière adéquate et authentique, de ses droits et devoirs dans un système de valeurs, de normes et d'oppositions hiérarchisées (une morale, une éthique). Elle repose sur une parole supposée vraie, vivante, qui fournit les questions et donc aussi les réponses. Par la bouche du sujet qui se déclare responsable, ce sont des voix spectrales qui parlent, un tout autre qui répond (re-spondere) et fait la loi. Que cette loi soit religieuse ou non, ces voix qui prescrivent les réponses sont toujours à la place du père.

b. Un engagement d'avant toute décision.

Mais avant la responsabilité humaniste, pour qu'elle ait pu s'instaurer, il aura fallu un moment originaire qui est peut-être celui du Me voici biblique, la réponse d'Abraham dont nous serions tous, irrévocablement, les héritiers.

Avant toute autonomie, affirmation de responsabilité, contresignature, nous sommes pris dans un rapport à l'autre, une archi-socialité, hétéronomique et dissymétrique. Avant toute réponse, une instance engage, acquiesce, interroge. Ce "qui", déjà singulier mais pas encore identifié à un sujet, répond avant même qu'une question ne soit formulée. Dès la naissance - et même avant la naissance -, nous sommes engagés par ceux dont nous héritons. Nous pouvons vivre cela comme une chance, un destin ou une malédiction (à la façon d'Hamlet), mais dès lors que nous acceptons l'héritage [et il suffit d'entrer dans le langage pour qu'il soit accepté], il nous faut prendre avec lui la faute, la tragédie et la blessure, il nous faut répondre d'un rapport à l'autre (répondre à l'autre, et aussi pour l'autre), d'une alliance, et aussi d'une perte. La responsabilité est toujours sacrificielle.

Dès que je parle en mon propre nom, l'autre apparaît comme tel. Il m'excède, me surprend, me parle dans une langue étrangère [la mienne, mon idiome]. D'un côté, son imprévisibilité réduit à néant ma responsabilité. Mais d'un autre côté, il me libère du savoir et du calcul, il ouvre la voie à ce qu'on appelle la liberté. C'est dans cet écart que, d'urgence, ma responsabilité peut éventuellement s'exercer, sans jamais effacer sa dimension aporétique. Si elle se règle sur un savoir ou un choix préétabli, elle est possible, mais en se réduisant à la simple exécution d'un programme, elle se fait irresponsable; et si elle ne s'y règle pas, si le sujet comme tel se retire, s'il renonce à tout calcul, s'il se donne la mort, alors la responsabilité est impossible. Toujours insuffisante par rapport à ce qu'elle doit être, elle est vouée à l'hérésie.

 

2. Aporie d'un concept général, universel.

Si l'on pouvait former un concept général, universel, de responsabilité, alors on ne répondrait plus de rien, on ne déciderait de rien, on serait radicalement irresponsable. Il faut rompre avec cette tentation, prendre le risque d'une responsabilité sans fondement, absolument singulière, exceptionnelle, extraordinaire. "Ma" responsabilité est celle d'un autre indéniable, qui est aussi le lieu d'un "peut-être" irréductible, d'une indétermination qui ouvre à jamais le questionnement. Aucune réponse, aucune responsabilité du premier type (logocentrique), aucune justification ne peut supprimer ce questionnement qui disjoint le penser et le connaître. La responsabilité du second type ôte toute assurance au discours. Plus aucune convention ne permet de distinguer entre éthique, politique, droit et religion. Dès qu'on entre dans le milieu du langage, on perd la liberté, la possibilité de décider. Cette contradiction insoluble, ce paradoxe indénouable, Jacques Derrida le nomme paradoxe d'Abraham.

 

3. Foi et responsabilité.

L'événement chrétien émerge historiquement par dénégation, refoulement du démonique. Pour s'éveiller à la responsabilité, pour devenir une personne singulière, il faut un don sacrificiel (Isaac, Jesus) qui détruise les mystères passés, qui donne la mort à ces traditions. Il doit dépasser, dominer ou détruire le sacré orgiaque, faire son deuil du démonique tel qu'il est problématisé par Jan Patocka dans ses Essais hérétiques : l'inconnu, le sacré, l'initiatique, l'ésotérique, le sexuel, le mystérieux, etc., qui fait irruption et nous pousse à fuir notre responsabilité. Dans cet espace de non-responsabilité (avant l'éthique courante, avant la religion), on n'aurait à répondre ni de soi, ni de l'autre, ni devant l'autre.

Le concept de responsabilité hérite de la problématique chrétienne du don. On ne peut assumer sa responsabilité que depuis un lieu irremplaçable, unique, absolument singulier : celui du sacrifice d'Isaac qui, dans la perspective chrétienne, est aussi le sacrifice du Christ. En ce lieu, les obligations courantes à l'égard de la famille ou des proches sont annulées. Je dois entendre un appel à un devoir absolu, infini, inouï, où j'accepte la mort, y compris la mienne propre ou celle de mon fils, pour répondre à l'autre (sa demande d'amour, son imploration) et de l'autre. La bonté émerge comme une loi, un don venu de l'autre. L'individu responsable, irremplaçable, doit s'oublier lui-même, s'effacer, se donner la mort dans une relation dissymétrique où un tout autre absolument invisible (Dieu) le prend sous son regard. Par cette profession de foi, au-delà de toute norme et de tout savoir, par ce retrait, il renonce à tout échange avec ses proches, à toute obligation liée aux rapports sociaux, économiques, symboliques et culturels, et même à toute signification, à toute propriété. On aboutit à un concept de responsabilité absolue, inconditionnelle, né en Europe et pas ailleurs, impossible à réaliser dans la pratique (comme les autres inconditionnalités), mais sans lequel la responsabilité courante est impensable.

Mais comme tout deuil, le don responsable garde ce qu'il abandonne. Les "mystères orgiaques" qui poussent à l'irresponsabilité ne sont pas supprimés, mais incorporés, subordonnés à cette transcendance qui prolonge l'anabase platonicienne (l'âme qui se dégage du corps). Je ne suis responsable que sous l'autorité d'un tout autre qui peut toujours renouer avec des forces inconnues.

 

4. La possibilité du "sans réponse".

Le sans-réponse brouille les bornes, les frontières, les délimitations, les lois. Il expose à l'épreuve d'un indécidable qui n'est pas un pathos, une indécision psychologique, mais la reconnaissance de sa possibilité irréductible. Puisqu'il n'y ni réponse, ni calcul possible, il faut bien décider. L'autre ne répondra pas à notre place, nous ne pouvons pas répondre à sa place mais, depuis un lieu inconnu, il nous provoque, il lance un appel. Entendre cet appel, c'est ouvrir une responsabilité démesurée, pour laquelle il n'y a pas de concept adéquat. Il y a dans toute décision responsable une dimension de secret, de silence, de solitude. Si la tâche d'hériter est impossible, ni le langage, ni les doctrines existantes du devoir ou de l'éthique ne fournissant la réponse attendue, nous devons nous tourner vers un discours d'engagement, d'attente ou de prière, vers une invention, un idiome, une oeuvre. Ainsi la responsabilité, sur le mode du "répondre à", se joue-t-elle dans le temps. Il ne peut y avoir décision, éthique, justice, et aussi des oeuvres, qu'à partir de cette trace qui, n'existant pas, laisse une place infinie.

 

5. La responsabilité de l'université..

Est-il possible, dans le champ universitaire, de s'accommoder du "sans réponse" de l'autre? Jacques Derrida appelle à une nouvelle responsabilité. Il faut à la fois penser selon le principe de raison et, en un clin d'oeil, en déconstruire le fondement. Il ne s'agit plus de viser l'efficacité, comme y incitent les technosciences, mais de produire chaque fois, performativement, la singularité d'une oeuvre. La particularité du travail universitaire, qui ne s'impose pas pour les autres types d'oeuvres, c'est que pour chaque opération qu'il propose, il voudrait rendre aussi claire que possible la transformation engagée. Affirmer une axiomatique, des thèses, discuter, polémiquer, penser les antinomies constitutives de la philosophie ou d'un autre champ du savoir, laisser se former une communauté de responsabilités, c'est une tâche spécifique qui repose sur sept commandements dont voici la liste :

cf : La philosophie repose sur une série d'antinomies que, en tant que communauté de responsabilités, elle doit penser.

Sans rien soustraire aux questions déconstructrices, les universitaires doivent inventer un lieu de rencontre, une médiation ou un compromis unique entre l'indécidable et un système de normes. Mais ceci ayant été énoncé, les spécificités du mode opératoire universitaire ayant été explicitées, la loi régulatrice de l'oeuvre en général, qui opère dans l'université comme ailleurs, est celle de la singularité de l'idiome intraduisible. Cette loi, qui intervient comme exception culturelle ou poétique, vaut dans la langue, dans l'image, dans l'espace public, au-delà des mutations techniques, commerciales et juridiques d'aujourd'hui. On ne peut répondre de l'autre, on ne peut répondre à l'autre avec responsabilité, sans être affecté par cette loi.

 

6. Irresponsabilité?

Le sujet conscient abrite en lui un noyau d'irresponsabilité ou d'insconscience absolue, que l'histoire n'efface jamais. Tout engagement fait resurgir ce noyau d'impensé ou d'impensable, cette dimension hérétique, hétérogène, sans laquelle il n'y aurait ni incertitude, ni à-venir. On est alors tenté de conjurer ce danger, par exemple en s'appuyant sur un tiers (l'Etat, le droit, la politique); mais alors, c'est la responsabilité elle-même qui est parjurée, trahie.

En réponse à l'incertitude, on peut, comme Artaud, déclarer unilatéralement sa propre irresponsabilité : une profération qui, chaque fois, fait irruption dans l'urgence, sans qu'on sache d'où elle vient. Une telle parole peut être rapprochée de celle du souverain, qui n'a à répondre de rien. Elle obéit à la loi énoncée ci-dessus avec cet élément supplémentaire : on suppose que l'absolue souveraineté, comme Dieu ou comme la mort, a droit à l'irresponsabilité. La non-réponse est l'exercice aveugle de ce droit. Une irresponsabilité qui ne serait rien d'autre qu'une non-réponse, quelles que soient ses justifications (science, conscience, connaissance ou autre), porterait le plus grand risque, celui du mal radical.

Prendre acte d'une réponse qui ne s'exerce pas à l'égard du semblable, mais du dissemblable, du tout autre, voire du monstrueux, n'est pas non plus sans danger. C'est cependant un pas vers l'autre voie, celle où la plus radicale irresponsabilité, en se déliant de toute communauté, culture, lien social, ouvre la possibilité du rapport à l'autre en tant qu'autre, c'est-à-dire à l'hyper-responsabilité la plus inouïe. C'est ce qui arrive, peut-être, au cinéma.

 

7. Des responsabilités qui ne soient pas des valeurs.

Avant tout contrat, tout langage, toute histoire, nous sommes pris dans la logique d'en endettement originaire. Cette sorte d'élection irrémédiable [dont Jacques Derrida note qu'elle est, inexplicablement, couplée avec le nom de Juif] appelle une responsabilité unique, déracinante, qui excède le droit. Si la responsabilité ne peut plus dominer comme valeur, bonne conscience, morale ou consensus, il faut en appeler à une autre responsabilité, double, qui est spécifiquement celle de la déconstruction : devant la mémoire, devant l'autre, devant la justice.

Cette responsabilité est hyberbolique. Chaque vivant, quel qu'il soit, humain ou animal, porte un monde, pas seulement son monde à lui, mais le monde en général. Quand il disparaît, son ami resté seul hérite de cette responsabilité : c'est à lui de porter seul, en plus de son monde, le "sans monde" de l'autre.

Jacques Derrida généralise cette responsabilité hyperbolique. Tout en rappelant l'histoire, les présupposés et les limites du concept de justice et des notions qui lui sont traditionnellement associés (la loi, l'intention, le sujet, la décision, etc...), il lui faut encore répondre du concept lui-même. On ne peut ouvrir la possibilité d'une transformation juridico-politique que si, en-dehors de tout sommeil dogmatique, on appelle à toujours plus de justice.

 

 

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Propositions

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Il y a, dans le texte ou l'écriture, une instance qui engage, acquiesce, interroge, un "Qui" d'avant toute autonomie possible du sujet : ni subjectif, ni humain

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Dès la naissance, on porte la responsabilité du crime de l'autre, d'un mal que personne ne saurait avouer, sauf à se confesser en confessant l'autre

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"Me voici", moment originaire de la responsabilité, répond à une demande, une imploration qui exige l'amour inconditionnel de l'unique

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La responsabilité, qui ne se règle ni sur le principe de raison, ni sur un calcul subjectif, porte en elle une démesure essentielle

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Un "oui" de l'autre précède toujours déjà, pré-originellement, le "oui" à l'autre - cette réponse qui ouvre à l'infini de l'autre, l'accueille, lui répond

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Avant toute responsabilité, toute contresignature, nous sommes pris dans une socialité originaire : la courbure hétéronomique et dissymétrique d'un rapport à l'autre

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La responsabilité (éthique) qui répond (à) / de l'autre comme un passé qui n'aura jamais été présent, c'est l'essence du langage

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En déconstruisant l'héritage, nous habitons le paradoxe d'une responsabilité sacrificielle : risquer une expérience de la langue qui fasse revenir les forces qu'elle refoule

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Le système de la "parole vraie et authentique" s'appuie sur la responsabilité dans son sens le plus humaniste : s'acquitter adéquatement de ce qu'on doit (devoir et dette)

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Une décision déterminée par un savoir ou une théorie, même précédée de toute la science ou la conscience possibles, se transformerait en application irresponsable d'un programme

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Dans la religion, le tout autre fait la loi et prescrit la réponse et la responsabilité

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L'exercice de la responsabilité, théorique et éthico-politique, prescrit de ne rien soustraire a priori aux questions déconstructives

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La responsabilité de la déconstruction est double : 1/ devant la mémoire; 2/ devant le concept de justice

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Quand la responsabilité s'annonce, c'est dans une langue étrangère à celle que la communauté peut déjà entendre

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Dans chaque énoncé universitaire, un performatif singulier est à l'oeuvre, qui engage une philosophie, une axiomatique et une responsabilité

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La responsabilité minimale aujourd'hui, pour un universitaire, est de rendre aussi claire que possible, pour chaque opération qu'il propose, la transformation performative engagée

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Il n'est d'alliance que singulière et dissymétrique; il faut qu'elle reste secrète, on ne peut rien en partager, on ne peut partager que le rien

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"Répondre à l'autre", c'est l'acquiescement le plus originel, le plus fondamental, et aussi le plus inconditionnel

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Une éthique de justice n'engage pas seulement ma responsabilité à l'égard du semblable, mais aussi du dissemblable, du tout autre ou du monstrueusement autre

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Responsabilité et foi vont ensemble : toutes deux doivent répondre d'un rapport à l'autre, dans le risque absolu, au-delà de toute norme et de tout savoir

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Ce qui reste irremplaçable dans le mourir, l'insubstituabilité du soi-même, originaire et indérivable, c'est le lieu où s'entend l'appel de la responsabilité

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Tout témoignage responsable engage une expérience poétique de la langue

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Pour ouvrir la dimension de la foi ou de la responsabilité, il faut l'invisible absolu, secret au-delà du secret : ça me regarde, par la voix d'un autre, même là où je ne vois rien

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Une mort n'est pas que la fin d'un monde, c'est la fin "du" monde; il reste à l'endeuillé la responsabilité de porter seul et son monde, et le "sans monde" de l'autre

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Le poème, qui survit dans la solitude, se confie à la garde d'un autre qu'aucun monde ne peut plus soutenir, un autre responsable mais lui aussi absolument solitaire

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Pour qu'une décision soit responsable, il faut qu'elle soit libérée du savoir, qu'elle soit donnée au nom de l'autre - c'est ce qu'on appelle la liberté

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La responsabilité étant toujours unique, exceptionnelle, extraordinaire, on ne peut pas en former un concept universel

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Toute décision est structurée par l'expérience de l'indécidable - sans l'épreuve de l'hétérogène et de l'incalculable, aucune décision responsable ne pourrait advenir

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Aporie de la responsabilité : il faut qu'une décision se règle sur un savoir (condition de possibilité); mais dans ce cas, elle n'est plus responsable (condition d'impossibilité)

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L'éthique derridienne de la responsabilité exposée à l'indécidable repose sur une méfiance à l'égard des distinctions, oppositions et frontières

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Aucune réponse, aucune responsabilité, n'abolira jamais le "peut-être" qui ouvre à jamais le questionnement

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La responsabilité, dont la mise en oeuvre est toujours insuffisante par rapport à ce qu'elle doit être, est vouée au secret, à l'hérésie, à la rupture inventive avec la tradition

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En me prenant sous son regard et dans sa main, dans une relation terriblement dissymétrique, Dieu me donne la mort et m'éveille à la responsabilité

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Dès que je parle en mon propre nom, l'autre apparaît comme tel, comme "tout autre" qui m'excède, me surprend, m'assigne liberté et responsabilité, sans me les laisser

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Le dernier mot du don responsable, c'est qu'il doit se retirer, se cacher, se donner la mort; il est secret, le secret même, car s'il se reconnaissait comme tel il s'annulerait aussitôt

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Le premier effet de la dissémination, c'est que les valeurs de responsabilité ou d'individualité ne peuvent plus dominer

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Dès qu'on parle, dès qu'on entre dans le milieu du langage, on perd la singularité et avec elle la liberté, la responsabilité et la possibilité de décider

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La justice commence avec un parjure : en engageant, avant tout contrat, l'éthique infinie de ma responsabilité pour l'autre, je fais surgir le tiers qui la trahit par le droit

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Si "tout autre est tout autre", la responsabilité est privée de fondement, on ne peut plus distinguer entre éthique, politique, droit et religion

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A même le concept de la décision, de l'événement et de la responsabilité, s'inscrit leur loi structurelle : l'urgence absolue

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La responsabilité est indéniable car pour répondre de soi, il faut répondre pour l'autre; mais elle est impossible car ce qui lui donne une chance est indécidable

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La responsabilité est temporelle, de l'ordre de l'écoute, tandis que le respect est visuel, de l'ordre de la distance, du secret, d'un espacement dont la rupture entraînerait le mal radical

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La définition la plus profonde de l'absolue souveraineté - celle du souverain et aussi celle de Dieu et de la mort -, c'est qu'elle ne répond pas, elle a droit à l'irresponsabilité

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A partir de la possibilité irréductible du "sans réponse" (le mal, la mort) surgit l'exigence d'une responsabilité infinie

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La philosophie repose sur une série d'antinomies que, en tant que communauté de responsabilités, elle doit penser

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Depuis l'effacement de la machine à dogmes, nous ne pouvons plus nous détourner de notre responsabilité : "Il n'y aura pas d'avenir sans la mémoire et l'héritage de Marx"

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Le démonique appartient à un espace de non-responsabilité où religion et subjectivité, comme injonction de répondre de soi, de l'autre et devant l'autre, n'ont pas encore résonné

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Avec la responsabilité, le moi accède à la possibilité d'un "garder-secret" qui abrite en soi un noyau d'irresponsabilité ou d'inconscience absolue

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Sans la possibilité du mal radical, du parjure et du crime absolu, aucune responsabilité, aucune liberté, aucune décision

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Il faut, pour mettre en oeuvre "responsabilité", "liberté", "décision", savoir ce que ces mots veulent dire, et aussi penser ce qui, en eux, est hétérogène, impensable

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Dépossédée d'elle-même, la parole d'Artaud est radicalement irresponsable

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Il n'y aura un avenir pour l'Europe, et un avenir en général, que si la promesse du "mysterium tremendum" chrétien, cette responsabilité hérétique, est déployée radicalement

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Avec le christianisme émerge une nouvelle responsabilité : la bonté même, un don venu de l'autre comme la loi, qui commande au donataire sa propre mort

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La thématique chrétienne du don - amour infini, bonté, oubli de soi, péché, salut, repentir, sacrifice et don de la mort - se retrouve, en Europe, dans le concept de responsabilité

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L'événement chrétien du "devenir-responsable" est lié au don sacrificiel où l'homme, dans sa singularité même, devient personne - vue par le regard d'un autre, d'un Dieu

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La responsabilité commence avec la renonciation à tout échange, tout sens et toute propriété - sans espoir de réponse, de communication, ni de promesse

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Le secret de la responsabilité, c'est qu'elle donne la mort à des mystères plus anciens qu'elle refoule, incorpore, subordonne; elle les veille, elle en porte le deuil

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Pour qui assume la responsabilité personnelle, ni le sacrifice d'Isaac, ni la parole de Luc exigeant des disciples la haine de leurs proches, ne peuvent être effacés

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En tant qu'économie du sacrifice, la responsabilité chrétienne renvoie à une dissymétrie entre les regards : "Ton père qui te voit dans le secret, te le rendra"

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Il y a dans le sacrifice d'Isaac un appel à un devoir absolu, infini, inouï : la moralité même, inconditionnelle, là où elle met en jeu le don de la mort donnée

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La responsabilité consiste à inventer un lieu de rencontre unique, un compromis entre l'émergence poétique de l'hospitalité et un système de normes

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L'amitié n'est jamais une donnée présente; son discours d'attente, de promesse, d'engagement, de prière, porte en ce lieu où une responsabilité ouvre à l'avenir

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La raison d'être de l'université d'aujourd'hui, sa nouvelle responsabilité, c'est de penser aux limites du principe de raison - fût-ce dans un clin d'oeil, un battement de paupières

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Devant l'assujettissement de l'université aux technosciences, il faut appeler à une nouvelle responsabilité : aller le plus loin possible dans la pensée la plus abyssale de ce qui la fonde

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Il y a chez Derrida une "pensée du cinéma" liée à la double dimension de la déconstruction : une radicale irresponsabilité, et l'hyper-responsabilité la plus inouïe

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L'idée d'un être-endetté originaire (culpabilité, responsabilité), avant tout contrat, est inexplicablement couplée avec celle du juif

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"Je suis le dernier des Juifs" : le plus indigne par son déracinement, et aussi le plus Juif, car le seul survivant qui puisse sauver la responsabilité devant l'élection

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Tous les jours, pour chaque décision de chaque homme ou femme engageant l'éthique et la responsabilité, le sacrifice d'Isaac continue, mettant en jeu le paradoxe d'Abraham

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