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Le récit de l'Orloeuvre

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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le don                     Derrida, le don
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 22 janvier 2006

[Derrida, le don]

   
   
   
                 
                       

Un véritable don est sans calcul, sans économie, sans échange, comme celui d'Abraham sacrifiant son fils. Il ne procède ni d'un souci de générosité, ni d'une fraternité, mais de l'expérience de la liberté. Il n'induit aucune réciprocité, et même aucun souvenir.

Pour qu'il y ait don, donation, il suffit qu'il y ait langage, car le langage se donne, sans échange, sans reconnaissance ni retour symbolique (comme un rêve). La justice aussi se donne si, au-delà de toute application du droit, elle opère dans une dissymétrie incalculable.

L'art est un don sans autre salaire qu'une surabondance infinie.

[Quand Cézanne fait donner une pomme à son berger amoureux, celui-ci n'en attend aucune réciprocité. Même mort, Cézanne nous fait toujours le don infini de ses pommes, qui surpassent toute valeur].

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Propositions

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S'il y a du don, il doit se donner comme un rêve : sans échange, ni reconnaissance, ni retour symbolique

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Un don sans échange est un renoncement absolu

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Il faudrait renoncer aux mots "générosité" et "fraternité", pour privilégier des mots qui ne présupposent aucune généalogie, virilité ni souveraineté

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Les pommes de Cézanne sont des offrandes érotiques (Le Berger amoureux, 1883-85)

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Une oeuvre fait oeuvre par un don qui vous change de part en part, tout en faisant oublier le donné, le donateur et même l'acte du don

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Nature morte aux pommes et oranges (Paul Cézanne, 1895)

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La question de la justice ne se sépare pas de celle du don : rendre justice, c'est donner ce qu'on n'a pas

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Il y a deux sortes de justice : celle qui fait droit (calculable); celle qui ouvre la dissymétrie infinie du rapport à l'autre (incalculabilité messianique du don)

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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