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Derrida, judaïsme                     Derrida, judaïsme
Source : Derrida, eschatologie, messianique               Derrida, eschatologie, messianique
Jacques Derrida - "Abraham, l'autre", Ed : In "Judéités" (Galilée), 2003, p21 Derrida, la responsabilité

"Je suis le dernier des Juifs" [dit Derrida] : le plus indigne par son déracinement, et aussi le plus juif car le seul survivant qui puisse sauver la responsabilité devant l'élection

Derrida, la responsabilité
     
     
     
     
                   
                         

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Cette formulation, "Je suis le dernier des Juifs" [avec une majuscule], date des carnets de 1976. Elle a été reprise dans Circonfession (1990) puis dans le présent texte (2003). Sur 40 ans, elle est constamment réaffirmée. C'est un destin et aussi un axiome (p25), une logique que Derrida qualifie de surenchère hyperbolique : moins tu te montreras juif, plus tu le seras (c'est la formule du marrane).

- le plus indigne : il a toujours été en rupture avec le local, le familial, le communautaire, le national. Il a désavoué ou semblé trahir les dogmes du judaïsme.

- le plus juif : il est destiné à assumer l'héritage des générations, à sauver la réponse au risque de se prendre pour un autre. C'est une exigence démesurée, celle d'une responsabilité universelle, sans limite, d'une justice excédant le droit, qui rappelle l'alliance d'Abraham.

Conséquence terrifiante : une tentation narcissique et exemplariste (ce qu'il y de pire), une hybris de la loi typiquement juive dont Derrida n'a pu s'affranchir que par la déconstruction, ou par une éthique de la décision dérivée de sa méfiance à l'égard des frontières et oppositions.

Le dernier des juifs peut être le pire des juifs, mais aussi celui qui garantit la série (p44). Exclu-inclu, dehors-dedans, il n'appartient pas de fait à la culture juive (p43), il est au bord de la série et la débordant.

Pourquoi le dernier? Parce qu'il est exigeant, vigilant, et qu'il se garde d'un judaïsme communautaire ou national (p16). Parce que l'alliance est rompue, dit-il in Circonfession p145. Elle est rompue sur tous les plans, à l'exception de celui qui lui importe le plus : la circoncision. Derrida l'a considérée comme une mort, il a tenté de s'y soustraire, mais elle reste inscrite dans le corps, dans la chair et aussi dans l'écriture. Or qu'est-ce que la circoncision? C'est l'alliance. Comment sortir de cette contradiction? Par l'excès. Cette alliance rompue qu'est la circoncision, il la trouvera partout.

Que l'alliance soit rompue ne l'empêche pas d'être aussi le dernier des eschatologistes.

     


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