| Dans la découverte de Freud, ce qui compte, ce ne sont pas les systèmes d'oppositions comme primaire/secondaire, ou des notions comme représentation, perception ou sujet. Ces concepts appartiennent à l'histoire de la métaphysique et sont liés à une conception traditionnelle de la vérité. C'est l'après-coup, le retardement, que Derrida reprend à son compte sous les vocables d'espacement et de différance (laquelle n'est autre que l'union d'Eros et de Thanatos).
Malgré ses rémanences logocentriques, le discours de Freud est un séisme. Fouillant l'inconscient, il ne s'en prend pas qu'aux archives, mais au principe même de l'archive. Dans tous ses textes, Derrida en tient compte, même s'il métamorphose les notions freudiennes. Des concepts comme trace ou archi-écriture sont issus d'une relecture radicale. L'inquiétante étrangeté (unheimlich) se mue en dissémination (la loi de hymen est une relecture de la castration). Cette radicalisation efface le sujet, déconstruit la culture et même le discours.
Les vocables de Derrida sont-ils encore freudiens? Encore plus peut-être que ceux de Freud, même s'ils appartiennent à une psychanalyse en voie de déconstruction. Il faut travailler par la psychanalyse et faire travailler la psychanalyse : c'est une tâche.
Quand Freud décrit l'appareil psychique, il invente une machine d'écriture. Des traces s'inscrivent dans un mouvement, selon des frayages. |