Supposons que l'art vienne de là d'où vient la voix : un lieu étrange, énigmatique, inquiétant et familier. On tente de l'oublier; il nous poursuit partout. En ce lieu où la trace s'est déposée, la voix n'est plus la voix, elle devient écriture. Il y a sous elle une vérité à entendre, dont elle trahit nécessairement quelque chose.
Même si l'inconscient ignore le temps, quelques déchets temporels s'y sont entreposés, sans quoi il n'y aurait pas d'inconscient. Inversement, même si l'Internet, en tant que machine, se fiche de l'inconscient, il en porte quelques traits. Même si la peinture est soumise à des normes ou des styles, il y a quelque chose en elle qui pousse à la figuration sans être représenté. Tout notre monde est ainsi, pénétré par la duplicité de l'inconscient qui se répercute partout, y compris dans une simple pomme de Cézanne.
L'image cinématographique, à travers l'appui qu'elle prend sur une fausse impression de réalité, flatte l'inconscient, l'ouvre et le diffracte dans l'espace. L'oeuvre d'art ne nous touche que si elle en tire sa force. Ce phénomène a pris son essor à partir de l'invention de la photographie - comme si photographie et psychanalyse avaient été faits pour se croiser. |