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Jacques Derrida le dit lui-même, la réserve est un concept déroutant. Le mot est rarement cité, peu utilisé, presque oublié, comme ce dépôt caché, dissimulé, virtuel, cette potentialité en sommeil quoique toujours puissante, actuelle. De quoi s'agit-il? De certains éléments plutôt dangereux, instables, menaçants, dont on pourrait craindre qu'ils nous empoisonnent comme les pharmaka grecs. En les gardant, en les tenant en réserve, on diffère l'investissement dangereux. Mais il viennent en plus et produisent la différance contre laquelle ils étaient supposer protéger.
On ne peut réduire la parole à son expression actuelle. Avant et après, un supplément la travaille. De même la vue, qui maintient l'existence sensible des choses, suspend le désir ou le laisse en réserve. Ou encore les machines électroniques : en extériorisant les traces, accroissent leur potentiel. Tout cela [et encore bien d'autres choses] constitue une réserve inconnue qui constitue le logos et la subjectivité, et dans le même mouvement l'efface; un puits silencieux où restent gardés des secrets indéchiffrables. Au-delà, en-deça, en-dehors, comme des esprits ou des spectres, les secrets doivent rester séparés.
Mais :
- la mise en réserve peut rassurer, car elle est aussi une économie.
- il peut y avoir dans le rire (par exemple celui de Bataille) ou le jeu, des points de non-réserve qui excèdent la logique, le sens et la vérité.
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