Sous-jacent à toute création, il faut supposer un retrait. L'auteur et le contexte de la création ont disparu. Ils ne sont plus présents et ne l'ont peut-être jamais été. Pourtant ce qui nous touche est la trace du retrait. C'est particulièrement sensible dans une oeuvre abstraite. Elle ne nous dit rien, la voix s'en est retirée. Pourtant quelque chose subsiste. Derrière toute prolifération de points, de traits ou de lignes (par exemple cubiste), la parole se retire.
Certains artistes contemporains (les époux Gerz) ont tenté de mettre en scène ce retrait.
Une image, une figure ou un portrait impliquent l'absence de la chose représentée. Ce sont des rituels de retrait.
Il peut y avoir, comme dans la Cabale, retrait hors d'un point à partir du néant (ce que Victor Brauner a voulu montrer).
L'espace vocal suppose, comme le cinéma, un double retrait : l'objet réel et le sujet, tous deux remplacés par un unique écho. On peut figurer le retrait, en donner des images, le prendre pour stratégie dans l'art. Toute image mystérieuse voile une autre image (retirée).
Pour qu'il y ait signifiant, il faut qu'il y ait eu retrait de la voix.
Le dieu actuel, celui de l'athéisme ou de l'athéologie, a connu tous les retraits. La Cabale lourianique nous propose l'énigme indicible d'un retrait issu de la volonté, du jugement, qui conduit à une éthique.
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