A cheval entre la philosophie et le commentaire biblique, la Cabale n'a jamais cessé d'avoir un impact sur nos contemporains. Nous la pratiquons avec d'autres grilles de lecture, sans perdre de vue les quatre niveaux d'interprétation, comme les maîtres les plus récents, de Gershom Scholem à Moshé Idel, Charles Mopsik ou Benjamin Gross (je ne cite que ceux qui sont accessibles en langue française), en passant par Jacques Derrida, si l'on admet qu'il puisse avoir lui aussi sa Cabale cachée.
Probablement née en Provence, partant du simple point, elle a fait surgir les sefirot du néant. Elle a fait prononcer les 22 lettres de l'alphabet hébraïque (sauf l'aleph imprononçable) par la voix, les a comptées (guematria) et combinées de toutes les façons. Elle a soutenu avec presque mille ans d'avance la proposition post-moderne selon laquelle le texte est son propre auteur. Elle a fait espérer le salut et le dévoilement (galgal) - sans grand succès.
Au 13ème siècle, Abraham Aboulafia était persuadué que, par la déconstruction des mots et la permutation des lettres (tserouf), il deviendrait prophète ou messie.
Au 16ème siècle, Isaac Louria y a introduit trois innovations majeures : le retrait (tsimtsoum), la brisure des vases (chevirat hakelim), la réparation (tiqoun). Un temps de concentration, un temps d'éparpillement et un temps d'unification. Ce système n'est pas dialectique. Il ne vise ni la cohérence, ni l'harmonie. Dès le début, un reste (rechimou) le perturbe, et ce reste est inéliminable. |