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Le récit de l'Orloeuvre
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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                 
 
                     
L'espace de dissémination                     L'espace de dissémination
Source (livre) : MQi               MQi
Pierre Delayin - "Buées blanches sur le quai de l'Idve", Ed : Idixa.net, 1988-2008, Page créée le 6 janvier 2006

 

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Le fil de l'Orloeuvre

[L'espace de dissémination]

Le fil de l'Orloeuvre Autres renvois :
   

Derrida, la dissémination

   

Sur la perspective actuelle et ses effets dans l'art

   
                 
                       

Prenons comme point de départ une idée banale, presque un cliché, dont nous savons qu'il est contestable et contesté. A la suite de Panofsky, supposons qu'une autre perspective, la perspective actuelle (dite aussi perspective immédiate) ait pris vers le début du siècle dernier la suite de la perspective classique, illusionniste, celle de la Renaissance. Pour décrire cette nouvelle perspective, reprenons les concepts de Jacques Derrida : le spectral, l'espacement, la différance, la dissémination. Relisons sous cet angle des pans entiers de la critique d'art.

L'espace contemporain a deux versants. Il est double, bifide, duplice. Appelons espace vocal sa face logocentrique et espace de dissémination l'autre face (l'envers). Supposons que les deux dimensions aient toujours existé mais que la première ait été seule lisible, jusqu'à ce que la seconde émerge sous une poussée inimaginable. Admettons qu'elles se supportent l'une l'autre, malgré leur rivalité. Supposons qu'un même processus ait été à l'oeuvre dans l'art depuis le regard sourd de Goya, qui inaugure la duplicité inhérente à la modernité, jusqu'à l'ébranlement suscité par l'Internet dans les conduites et les institutions.

L'espace de dissémination a sa propre syntaxe : celle du plus. Un supplément hétérogène y fait irruption, le rendant indécidable, y produisant une perspective qui ne se laisse ni classer, ni cadrer. Les bornes que l'art officiel avait su imposer à la différance sont caduques. Les oeuvres débordent. Le mouvement est incessant. Autorisée, voire prescrite, la dissémination est le nouveau terrain de jeu de tous les expérimentateurs. Voici Manet puis Cézanne : un réel qui n'imite pas. Il fut un temps où l'émergence d'une telle chose provoquait l'indignation, mais maintenant c'est l'inverse, c'est devenu la norme : nous voici dans l'hypermodernité avec son art dominant, l'hypercinéma, et son cyberespace, le web. Les corps, disloqués, s'exposent.

On peut aussi présenter l'espace de dissémination en partant de l'autre côté. L'espace vocal est le genre de spatialité dans lequel, aujourd'hui, nous nous trouvons. Dans toutes les religions, des voix se sont révélées quelque part, et notre culture a tendance à tout commenter (insistance du logos). Depuis le tournant 19ème/20ème siècle, il se passe quelque chose de nouveau. La voix se sépare du corps. Sa portée s'étend démesurément. L'espace se remplit de voix qui ne sont plus sacrées, mais banales, usuelles. Cette tendance a été ressentie avant même l'émergence de la radio et du téléphone. Avec la télévision, le cinéma, la diffusion massive de la musique, Internet et quelques autres gadgets et/ou technologies en cours de développement, la tendance atteint une ampleur sans précédent. Ces voix échappent à leur propre présence. Elles deviennent enveloppantes, anonymes, obsédantes, elles creusent un envers qui troue l'espace, marque hétérogène dans le tissu vocal, dissémination de points inaudibles et imprononçables, déchets dans un monde que nous ressentons soit comme vide de voix (acousmatique), soit comme excessivement vocalisé. Elles font tenir l'espace et viennent à la place des images. C'est là que nous retrouvons l'espace de dissémination, c'est dans cette tension là que nous avons à vivre.

 

J'ai accumulé les propositions. Un jour, j'ai décidé le principe d'un coming-out - c'était plus facile à décider qu'à accomplir. Si j'emploie ce mot, coming-out, c'est que l'aveu ne portait pas seulement sur le concept, mais sur un contexte qui justifiait de présenter au public les deux versants incompatibles. J'ai imaginé un mode de présentation (devenu Idixa), une méthodologie, puis, partant de quelques notes et de mes auteurs préférés (dans la crainte de ne pas être à leur hauteur, de les trahir), j'ai commencé à écrire. Le résultat, c'est cela, Idixa.net.

 

 

J'utilise presque indifféremment les deux mots, Espace vocal et Espace de dissémination. Après tout l'un ou l'autre n'est que l'effet produit par le dédoublement/retournement de l'un ou de l'autre. Le troisième mot emprunté à Jacques Derrida ne désigne pas autre chose : Dissemences.

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Propositions

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[La dislocation du logocentrisme ouvre un espace de dissémination]

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[L'espace contemporain est le recollement d'un monde disjoint, désajointé, bifide]

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[J'entends par "événemant" une déchirure ou déhiscence qui a bouleversé le 20ème siècle et nous bouleverse encore]

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La perspective de l'espace de dissémination ne se laisse ni classer, ni cadrer

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[J'entends par "perspective immédiate" celle qui semble procurer la présence la plus proche]

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[Face à l'objet d'art ou de culte, nous faisons halte; mais l'oeuvre déborde]

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[L'art moderne/contemporain est celui où la tension se concentre dans les oeuvres]

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[Dans l'espace de dissémination, l'oeuvre contient l'effondrement de son propre cadre]

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Nous vivons dans un espace sans bord

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[Notre époque est celle de la dissémination du mouvement]

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[L'art contemporain, terrain de jeu de la dissémination]

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[L'art contemporain est le terrain où la perspective immédiate est mise en oeuvre(s)]

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[L'hypermodernité n'est pas une post-modernité : c'est une modernité au carré où tout s'extrêmise et devient vertigineux, hors limite]

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[L'hypercinéma en donne toujours plus : surenchère du débordement, du trop-plein, de l'outrancier, de l'obscène, du violent et du déréglé]

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[L'Internet ouvre un monde où l'espace de dissémination est le modèle et le paradigme de tout espace]

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Au moins deux types de visions coexistent : celle qui se dit et l'autre, si difficile à dire

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[Les corps disloqués de l'espace de dissémination s'exposent comme surfaces]

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La perspective immédiate tend à reproduire les sensations de la perception immédiate (espace psychophysiologique)

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[Les points de fuite de l'espace de dissémination sont des points d'angoisse]

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[Notre époque est celle du retrait du sujet, qui s'efface dans la perspective immédiate]

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Dans la perspective contemporaine, un plan opaque s'interpose entre le sujet et le monde

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[L'Art moderne / post-moderne indigne les contemporains car ils se sentent menacés de dissémination]

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La voix s'est disséminée

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[La télé-technique entretient les spectres qui font tenir et minent l'espace contemporain]

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Des voix sont les points-sources du monde actuel

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Dans l'espace-temps de la trace, l'espace de dissémination se forme autour de restes de voix

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[L'espace vocal]

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L'espace vocal est une formation de compromis entre la poussée de facteurs hétérogènes et la figuration d'un monde habitable

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Une voix singulière s'extrait de l'espace vocal

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Hurlements dans la perspective!

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Des déchets vocaux envahissent l'espace

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L'espace de la dissémination est marqué par une syntaxe indécidable du plus

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La teneur conceptuelle de la dissémination, c'est que la force et la forme de sa disruption crèvent l'horizon sémantique

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La crise actuelle est spatiale

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L'humanité s'est égarée dans l'espace

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L'événement mallarméen décrit la structure même du texte : son contenu n'est autre que l'espace de l'écriture

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[L'Internet apporte à l'écriture une puissance supplémentaire de différenciation et de dissémination]

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La trace du cinéma parasite notre perception et se dépose dans les formes les plus courantes

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[L'"impression de réalité" telle que suscitée par le cinéma infléchit le régime de la représentation dans le sens d'une perception plus active du désir inconscient]

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L'art moderne/contemporain s'interpose dans la faille apparue au 20ème siècle entre le logos et la voix

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L'art contemporain subit l'attraction/répulsion d'un trou esthésique

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L'art abstrait exprime une voix qui n'articule aucune parole

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Avec la surdité de Goya (1792) commence un nouveau regard sur le monde, et aussi sur la fonction de l'artiste

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La modernité de Goya se traduit dans la duplicité de sa peinture

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Cézanne enfante un nouvel espace vers 1880

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Pour exister, il faut qu'Internet soit vécu comme un espace

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