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Avec l'appui de la technique (téléphone, radio), la voix s'est séparée du corps, prenant à revers le langage. C'est un événement historique puisque nous pouvons le dater (une fourchette large, entre 1830 et 1920, et un épicentre, vers 1905), et aussi fondateur, se nourrissant du substrat oral de l'humanité. Il est invisible, mais peut se voir par ses effets (la mutation radicale dans l'art, qui rend difficile son existence même). Il est inaudible, mais formate notre environnement sonore. Si l'on retrouve des mots anciens pour le désigner (comme celui d'acousmatique), c'est parce que, de tout temps, la voix humaine l'a suscité. Internet en est l'écho amplifié. Les télétechnologies ouvrent un nouveau rapport au temps.
Que se passe-t-il? Le vococentrisme humain s'accentue. En même temps la voix s'autonomise et se dissémine - double dimension qui reflète le double temps de la modernité. L'espace aussi se dédouble en espace de dissémination et espace vocal. Libérée de sa complicité avec le logos mais profitant de son affinité avec la technique, elle est prise dans des poussées incohérentes, celle du continu, de la pulsion, du sans-voix. Cela la rend plus féconde et plus incertaine. Elle erre. Elle porte moins les filiations, quand elle n'avoue pas carrément l'absence d'origine.
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