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Mode d'emploi des moteurs IDIXA.

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Ctp, le Contemporain                     Ctp, le Contemporain
Source : L'espace de dissémination               L'espace de dissémination
Pierre Delayin - "Buées blanches sur le quai de l'Idve", Ed : Idixa.net, 1988-2008, Commencé le 18 janvier 2006 Basculements dans l'art

J'entends par "événemant" une déchirure ou déhiscence qui a bouleversé le 20ème siècle et nous bouleverse encore

Basculements dans l'art
   
   
   
Logocentrisme ou dissémination Logocentrisme ou dissémination
                 
                       

J'ai fabriqué ce néologisme, événemant, un peu par désespoir, parce que je n'en trouvais pas d'autre, et beaucoup par nécessité, parce que sans un tel mot il m'était impossible de continuer à avancer dans mon travail. La formidable invention de Jacques Derrida, différance, m'a donné le courage d'avancer, bien que j'aie conscience que son néologisme à lui soit infiniment mieux assis dans la langue que le mien, car le mien ne répond à aucune logique syntaxique claire, il ne se justifie que par l'absence d'un terme utilisable dans la langue française pour ce que j'ai à en faire.

Ceci étant dit, j'ai quelques justifications qui ne valent que ce qu'elles valent :

- le mot "événement" a une étymologie latine : il vient du latin evenire, qui veut dire arriver. Il est construit sur le modèle d'avènement, qui vient du verbe latin avenire (advenir) qui, lui aussi, veut dire arriver (d'après les dictionnaires). Il y a donc un modèle : signaler - signalement, saisir - saisissement, vêtir - vêtement, congédier - congédiement, égrener - égrènement etc...

- en français, on ne trouve pas de verbe évenir comme il y a advenir... On rapproche donc événement du verbe "venir". Beaucoup de verbes sont composés à partir de venir : convenir, survenir, revenir, etc... Mais en général aucun nom de même type n'est associé à ces verbes : il n'y a pas de convénement (mais une convenance), ni de survénement (mais une survenue), ni de revénement (mais un retour), etc...

- à partir du verbe venir tout seul, il n'est pas facile de fabriquer des noms. Certes il y a "venue", mais "vènement" n'existe pas. On peut parler d'à-venir, avec un tiret, pour en faire un nom.

- pour fabriquer le mot dont j'ai besoin, je choisis le modèle qui permet de passer d'un verbe à un adjectif. Exemples : calmant, excitant, bluffant, tuant, fatiguant, etc... Il y a l'idée d'un effet, d'un résultat, et aussi d'une action.

- si je remplace le "e" par "a" dans événement, je redouble l'idée d'action (force productive, positive, génératrice, comme Derrida l'explique pour le mot espacement). Dans cette substitution, la logique grammaticale est incorrecte ou inexistante (pour fabriquer l'adjectif, je ne pars pas d'un verbe, comme il le faudrait, mais d'un nom). Cela revient à dire que le mot "événemant" est à la fois un nom commun, "un événemant", et un adjectif "ce qui s'est passé est événémant" dans le sens où ça favorise la venue du faire-venir, de l'advenir, de l'autre événement, du nouvel événement.

 

C'est un événement historique, datable, dont le coeur se situe dans une zone temporelle à la charnière du 19ème et du 20ème siècle, une sorte de big bang se propageant vers le passé et vers le futur, car certains échos ont été entendus dès l'émergence du logocentrisme, et d'autres explosent à nos oreilles à l'époque de sa fin, comme ce 11 septembre 2001. L'événemant événemantise toujours. Il est toujours actif, dynamique, il dissémine, il produit des répliques et des répliques de répliques, et chacun de ces événements est inattendu, imprévisible. Il prend place dans une durée qui lui est propre, qui n'est pas une simple série temporelle. Il coexiste à sa façon avec son avant et son après :

- ce qui l'a précédé n'est pas achevé, a encore un avenir;

- ce qui vient après était déjà actif depuis aussi longtemps qu'on peut en rechercher la trace.

Pourtant, j'insiste, l'événemant est historique. Resté longtemps invisible, il n'est pas datable, mais tourne autour de 1900. Dans l'espace de l'écriture, on peut l'appeler Mallarmé. Resté longtemps impensé, il est traqué depuis Freud et Nietzsche par des foules de penseurs, de poètes et de plasticiens qui le nomment des noms les plus divers.

 

A la suite de Jacques Derrida (La dissémination p265, note), j'emploie pour le définir le mot déhiscence que le Trésor de la Langue Française définit ainsi :

 

DÉHISCENCE, subst. fém.

Séparation naturelle; ouverture spontanée.

A. Domaines techn.

1. BOT. Fonction de certains organes végétaux qui s'ouvrent sans se déchirer à certaines époques pour libérer leur contenu : fruit, graine, pollen ou spore. Déhiscence operculée, poricide; fentes de déhiscence. C'est surtout par leurs fruits, des capsules à déhiscence soit septicide, soit loculicide et d'autre part des baies, que les Liliacées diffèrent les unes des autres quand on les classe (PLANTEFOL, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 306).

2. BIOL. Libération d'un ovule par l'ovaire. Déhiscence de l'œuf. Le tissu ovarien (...), donne chaque mois une déhiscence ovulaire et un corps jaune (Apert ds Nouv. Traité Méd., fasc. 8, 1925, p. 375).

B. P. anal. ou p. métaph., littér. Séparation.

1. [En parlant de choses concr.] Rare, p. plaisant. Les ordures déboulèrent de la boîte métallique et churent en trombe dans la poubelle (...) une odeur molle et parasitaire accompagna cette déhiscence (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 9).

2. [En parlant des sentiments, des réalités humaines] Encore un mois et la maison sera presque vide. Je ne peux quand même y songer sans un serrement de cœur. C'est l'époque de la déhiscence, comme dirait M. Bonnier : le fruit s'ouvre et les graines sautent (DUHAMEL, Terre promise, 1934, p. 242) :

La puberté et la post-puberté, de dix-huit à vingt ans, marquent l'âge où l'adolescent doit se détacher par une sorte de déhiscence non pas de la famille en soi mais de cette communauté caduque qui fut la forme infantile de ses rapports familiaux. MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 103.

     


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