L'impression que le sens se dérobe est générale. C'est devenu une banalité : il n'y a plus de repères, etc.... Cette idée que la signification puisse manquer nous angoisse, et certains hommes politiques répètent : Il faut redonner du sens [à la vie, au travail, etc...].
Partons du domaine de l'art. On sait que la photographie y occupe une place croissante. Or, par essence, elle est contingente. Elle n'est pas porteuse de signification. Cela n'a pas échappé aux peintres. Ils ont réagi à leur façon : depuis Cézanne, un objet insignifiant peut émouvoir, et depuis Goya toutes les réponses proposées par la société résonnent dans le vide. En d'autres termes, la peinture a rompu avec la rhétorique, elle s'est ralliée à la photographie. Et l'époque à venir, s'il y en a une, ne nous dit plus rien.
La volonté, la raison (cogito), le progrès rejoignent la folie et le rêve dans le vaste continent des fictions abandonnées. A leur place viennent des voix, des objet sonores, des films sans scénario où le signifiant joue son propre jeu, des avatars inavoués du surmoi. On ne supprimera pas ce réel. Il est pour nous comme une écriture illisible. Personne ne nous en donnera la clef. C'est à nous de la déchiffrer, de l'interpréter. |