L'immédiateté est une proximité à soi. Son modèle - voire son organe - est la voix humaine, car rien n'est plus proche de moi que ma voix, rien n'est plus intuitivement ressenti que l'élément phonique ou la parole vive. A l'époque du présentisme, la portée de la voix, soutenue par les télétechnologies, s'étend démesurément. Le son ignore les limites.
Dans ce contexte émerge une nouvelle forme symbolique, la perspective immédiate, qui est le vaste miroir aux résonances, le champ de plaisir irraisonné où le sujet s'efface devant le vécu sensuel, sensoriel ou émotif. Après Goya, Van Gogh a été le grand initiateur de cette perception. Quand la présence immédiate remplace la représentation, le règne de l'indice commence. L'espace devient pathétique. Partout, le monde se touche, on aime le concret, on donne la priorité au direct. L'immédiateté est affective, empathique : je hurle avec celui qui hurle, quand il hurle, et mes mains vibrent avec lui. L'homme se sachant mortel et éphémère cherche à atténuer l'angoisse en revivant émotionnellement le passé. Mais toujours c'est le présent qui creuse et sature son trou. Devant la menace, je souhaite revenir chez moi. J'espère suturer l'espace comme on suture une plaie.
L'intensité du vécu fait oublier que la technique s'interpose entre l'événement et sa reproduction, même instantanée. Le temps réel n'existe pas, il n'y a qu'un effet de temps de réel. L'Internet, qui se présente comme expérience d'immédiateté absolue (le cyberespace), repose sur une technologie qui nous est absolument étrangère. L'image, même animée, fige le temps et le réduit à une impression visuelle. Elle est instantanée, fugace et pétrifiée.
La perspective immédiate n'est pas transparente. C'est un plan opaque où le monde se reflète dans des constructions visuelles qui ont toujours été des artefacts, depuis les impressionnistes jusqu'au présentateur-télé. Pour qu'elle conserve sa crédibilité, la chose doit sembler nouvelle à chaque fois, même si elle est reproduite. |