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La dissémination                     La dissémination
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 30 janvier 2007.

[Derrida, la dissémination]

Autres renvois :
     

L'espace de dissémination

     
     
 
                   
                         

S'il y a différance, il y a dissémination; et la dissémination se traduit en déconstruction. Les trois concepts associés au nom de Jacques Derrida sont inséparables. Que la dissémination n'ait pas connu un sort médiatique aussi spectaculaire n'est pourtant pas sans intérêt, car ce qui se propage à travers elle, ce qui se multiplie irréductiblement, est difficilement appréhendable dans l'écriture courante, logocentrique. Il faut une autre écriture, disséminatrice.

Avec la dissémination, les systèmes logocentriques d'oppositions duelles sont déplacés, et avec eux les valeurs statiques. Sous le même nom (par exemple responsabilité), viennent d'autres concepts. Les dissociations ne se fixent pas en oppositions binaires, les spéculations ternaires sont détruites. Le manque n'a pas de place. Tout commence par une pratique du quatre qui n'est ni circulaire ni dialectique, mais ouverte à l'altérité absolue. Un espace de dissémination (ou plusieurs) se déploie(nt).

Dans un texte, il n'y a pas que des contenus et des effets de sens. Il y a d'autres facteurs irréductibles, des marges, des restes extérieurs et intérieurs qui le biaisent et, depuis le commencement, le disséminent. Ces restes forment un autre texte qui n'est pas hors-texte. Aucune préface ne peut s'en détacher.

Ces restes ouvrent, dehors, un lieu où la trace est productive (Khôra). Elle déplace la mimesis, la prend dans une logique du supplément, dans une chaîne d'équivalences infiniment ouverte. Aucune forme de présence ne l'arrête. L'être est mis à l'écart. L'horizon sémantique est crevé. La dissémination interpose, elle opère entre... (fabriquant et suspendant les différences). Sans cesse, elle ajoute du code (non formalisable), brise l'unité du sens, elle prolifère sans jamais avoir été elle-même.

La dissémination suspend la référence (comme chez Mallarmé); mais une autre loi de référence revient dans le texte, comme chez Lautréamont, quand le réel sort de son trou. Elle instaure un autre espace, plus-que-présent.

La dissémination obéit à la loi de l'hymen qui est celle de l'inquiétante étrangeté freudienne (ce qui est le plus extérieur, étranger, est déjà en soi). Elle la redouble par replis successif et ne s'arrête qu'à la marge, par pliure - bien qu'elle n'ait ni commencement, ni fin. Elle est indissociable de la castration, mais résiste à l'ordre symbolique (lacanien), qu'elle contribue à défaire, à déconstruire.

La dissémination est un commencement car, avant elle, il n'y avait rien. Elle est un passage, une colonne tournoyante, invisible, qui s'extrait de la crypte et fait proliférer les lettres et les nombres.

Aujourd'hui, ce type d'écriture se généralise. La philosophie est remise en scène - dans le livre, hors-livre et sur la tranche du livre. Un espace de dissémination s'installe. Nous en perdons la tête. Le texte prolifère, y compris le discours d'assistance, qui prétend garantir sa vérité. Mais aucun signifiant originaire n'est produit. Le messianisme dont elle est porteuse ne promet rien d'autre que de multiplier les retraits et de maintenir l'espacement.

Il en résulte un chiasme : soit la dissémination est domestiquée par la conscience, le discours, le grand Livre, soit elle reste comme différence séminale. Elle figure ce qui ne revient pas au père.

On peut lire la dissémination comme une matrice théorique de la sexualité féminine.

L'homme hébraïque a anticipé ce parcours : dans sa structure littérale (Ich), il a toujours été disséminé.

Le projet Idixa se présente comme mouvement de dissémination, en surnombre par rapport au texte de Derrida, à la façon dont lui-même avait commenté Nombres, en surnombre par rapport au texte de Sollers.

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Propositions

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Loi de la dissémination : tout commence par une doublure

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Il n'y a pas de première insémination ni d'origine singulière : le commencement est déjà dissémination, avant laquelle il n'y a rien

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Khôra est le lieu où commence la dissémination

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La mimesis prolifère à l'infini par autoduplication

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L'une des thèses inscrites dans la dissémination est l'impossibilité de réduire un texte comme tel à ses effets de sens, de contenu ou de thème

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"Il faut" la dissémination, car c'est la loi de l'hymen

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La dissémination dans le repli de l'hymen, telle est l'opération mallarméenne

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Avec la dissémination, on ne peut compter ni par le un, ni par le deux, ni par le trois : c'est une pratique du quatre qui commence par la dyade

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La dissémination passe par une colonne transparente, réfléchissante - phallus vidé de lui-même ou tour de Babel - où se joue le déplacement des marges

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Avec la dissémination, le trois ne se donne plus comme idéalité, mais comme différance : le nom d'un des deux termes de l'altérité absolue

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Il y a dans la tradition occidentale deux écritures : logocentrique et disséminatrice

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L'expérience de l'hétérogénéité disséminale interdit à la dissociation de se fixer en distinction oppositionnelle

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La dissémination ouvre un lieu où aucune forme de présence n'agraphe plus la trace, où aucun point n'arrête l'écriture au nom de la loi

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La dissémination déplace toute mimétologie (interprétation de la mimesis qui méconnaît la logique du double et du supplément d'origine)

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La dissémination (ou différance séminale) se constitue en programme non formalisable, tenant à la chute incessante d'un supplément de code

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La différance est un mouvement productif et conflictuel, irréductiblement disséminant, qui inscrit les contradictions sans les relever

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La dissémination menace la signification, dans une chaîne d'équivalences infiniment ouverte dont le phallus n'est qu'un des éléments

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A la limite du temple, une colonne invisible, indéchiffrable, unique, s'extrait de la crypte, travaille l'ordre en son dedans et fait proliférer l'excédent

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Le I (majuscule) dissémine d'avance l'unité du sens

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En produisant, se propageant et se multipliant, les oppositions finissent toujours par s'effacer

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La dissémination est la répétition du mot "entre" : une déhiscence qui n'a pas d'autre sens que l'espacement et l'articulation

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Le projet de la dissémination se tient sur la tranche du livre fermé : un texte rigoureusement agencé ouvert par un coup de dés

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La dissémination généralise la théorie et la pratique de la greffe

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La dissémination est la préférence pour une trace déposée au-dehors

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Avancer qu'il n'y a pas de hors-texte, ce n'est pas postuler l'identité à soi du texte, c'est observer que le texte, par la transformation de son concept, affirme le dehors

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La dissémination est sans préface parce qu'elle marque les limites de la rhétorique, du formalisme et du thématisme

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La dissémination circule infiniment sur elle-même; sa marche n'est limitée qu'à la marge, par pliure

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Le liminaire (marque, marche, marge) se lit de la dissémination, comme une préface

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La dissémination affirme le jeu de la castration sans l'arrêter, ni le surveiller, ni le signifier, ni le représenter

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Dans le jeu de la dissémination se définit et s'imprime littéralement la mise à l'écart de l'être

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Tout est ourdi, dans le texte de Mallarmé - exemple de dissémination - pour se passer de référent, même si la référence demeure

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Par une extension réglée du concept de texte, la dissémination inscrit une autre loi des effets de référence : dans le texte, le réel sort de son trou

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Le séminal se dissémine sans avoir jamais été lui-même, à perte et à mort; n'ayant aucun sens, il diffère de la polysémie

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La teneur conceptuelle de la dissémination, c'est que la force et la forme de sa disruption crèvent l'horizon sémantique

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On peut considérer la dissémination selon le chiasme : rester comme différance séminale / se laisser réapproprier dans la sublimité du père

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La scène de la conscience spectatrice et consommatrice n'est que l'effet détourné ou l'écorce d'une production séminale et chiffrée qui l'organise

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Par la loi de l'hymen, la théorie dérridéenne du double prolonge l'inquiétante étrangeté freudienne

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La dissémination, sollicitant la physis comme mimesis, remet la philosophie en scène et son livre en jeu

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[Dans le prolongement de la psychanalyse, la dissémination résiste indéfiniment à l'effet de subjectivité que Lacan appelle ordre du symbolique]

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L'espace de la dissémination est marqué par une syntaxe indécidable du plus

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La perspective de l'espace de dissémination ne se laisse ni classer, ni cadrer

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L'autre espace, irréductible et plus-que-présent, est le miroir du vieux théatre classique qu'il démonte et dénonce

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La dissémination est la force qui permet à une marque de rompre son attache avec l'unité d'un signifié et de défaire l'édredon du symbolique

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Perdre la tête, ne plus savoir où donner de la tête, tel est aujourd'hui l'effet de la dissémination

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Dès le commencement, le discours d'assistance qui force à dire "je" (simulacre d'identité) prolifère avec le texte

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Le premier effet de la dissémination, c'est que les valeurs de responsabilité ou d'individualité ne peuvent plus dominer

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La dissémination figure ce qui ne revient pas au père

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La dissémination est la possibilité de déconstruire l'ordre symbolique dans sa structure générale et dans les formes de la socialité, de la famille et de la culture

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Pas plus que la castration, la dissémination ne peut devenir un signifié originaire, le lieu propre de la vérité

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[Derrida : le manque]

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Quant à la sexualité féminine, la dissémination se lit comme une sorte de matrice théorique

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Le projet Idixa présente au lecteur le mouvement de sa dissémination

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Un retrait (tsimtsoum) maintient à jamais l'espacement qui génère le texte

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Jacques Derrida signe "Ich", l'homme hébraïque, mais comme un chiasme : inversé, disloqué, disséminé

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Dans "La Dissémination", Derrida commente en abîme un texte de Philippe Sollers qui décrit l'engloutissement de la représentation classique sous le nombre

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"La Dissémination" (Jacques Derrida, 1972) [LD]

     


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