On ne sait pas quand commence la modernité comme période historique, ni quand elle finit ou finira, mais on sait qu'on l'a ressentie comme double depuis le départ. Cette duplicité qui enveloppe le Contemporain (Ctp) affecte toutes ses dimensions : littérature, technique, art, voix, droit, esthétique et ainsi de suite. Quelques artistes l'ont perçue dès le début, comme Goya.
Si la modernité a son double, l'autre de la modernité a aussi son double. Les deux se déchirent, s'unissent et s'accouplent comme un hymen. Ce qui attire et séduit se présente comme désordre et destruction. Dans l'hétérogène et le discordant, on recherche passionnément le plaisir et la jouissance, et finalement, comme au cinéma, on rencontre le meurtre et l'ennui. Un légalisme excessif, y compris pour ce qui concerne la perspective légitime, coexiste avec la transparence et son inverse, l'écran. On s'est habitué depuis longtemps à ce que l'art rejoigne le non-art et copule avec lui, et on ne se gène pas pour juger sans critères. On n'est pas à une antinomie près, et l'effacement de l'humain a pour corrolaire un humanisme qui n'a plus besoin de sens pour se réaffirmer. Bref, la duplicité inaugurée au Sinaï continue à se révéler. |