| Parfois, Derrida met en question la notion d'époque. Toute époque n'est-elle pas disjointe, déportée hors de soi, comme celle d'Hamlet (qui n'est autre que le début de la modernité)? Ailleurs, il laisse entendre que son travail, les concepts qu'il met en avant comme ceux de différance et de déconstruction, pourraient n'avoir pas d'autre objet que cela, penser notre époque, en prenant ce mot, époque, au sens fort. Quel sens? Penser son temps, c'est le produire comme artefact.
Il y a :
- l'époque du logocentrisme, de la phonè, de la voix, de ses extensions machiniques, de la croyance en une image vivante du présent. Cette époque n'est pas terminée, elle se transforme. Sa clôture n'est pas sa fin, c'est sa finitude.
- celle de la dislocation du logocentrisme, quand le temps se désarticule, l'écriture excède la parole, le signe se désubstantialise, le texte s'émancipe des métaphores du langage courant, les systèmes d'oppositions se perdent, les anachronismes se font criants. Ce temps-là est datable car il émerge avec la psychanalyse ou la photographie. C'est celui de la crise mallarméenne où se met en oeuvre une nouvelle scène de la représentation.
- celle de la mondialatinisation qui associe dans un même principe aporétique la mort de dieu, les intégrismes et les télé-technologies, entretenant une logique formelle, abstraite. Au nom du présent, s'appuyant sur le vocabulaire de la religion, elle dénonce les crimes contre l'humanité. Mais ce qui la marque, la menace encore plus, c'est la possibilité d'un mal radical : l'annulation de l'avenir.
C'est aussi l'époque d'un nouvel ordre mondial qui entretient ses propres anti-corps. Une nouvelle Internationale ne peut se développer que sur les mêmes réseaux.
Pour dire une époque à-venir non inscrite dans le logocentrisme et ses extensions, il faudrait une pensée "blanche", absolument neutre.
Ces temps ne se succèdent pas, ils coexistent. Ce sont des temps de l'histoire, autre notion qui n'est pas simple.
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