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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, notre époque                     Derrida, notre époque
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 30 septembre 2005

[Derrida, notre époque, le contemporain]

Autres renvois :
   

Le Contemporain (Ctp, notre temps)

   

Derrida, télé-technique, media

   
                 
                       

Parfois, Jacques Derrida met en question la notion d'époque. Toute époque n'est-elle pas disjointe, déportée hors de soi, comme celle d'Hamlet (qui n'est autre que le début de la modernité)? Ailleurs, il laisse entendre que son travail, les concepts qu'il met en avant comme ceux de différance et de déconstruction, pourraient n'avoir pas d'autre objet que cela, penser notre époque.

Il y a :

- l'époque du logocentrisme, de l'écriture phonétique, de la voix avec ses extensions machiniques comme le téléphone. Cette époque de croyance en une image vivante du présent n'est pas terminée. Elle se prolonge, se gramophonise, se transforme. Sa clôture n'est pas sa fin, c'est sa finitude.

- celle de la dislocation du logocentrisme, quand le temps se désarticule, l'écriture excède la parole, le signe se désubstantialise, le texte s'émancipe des métaphores du langage courant, les systèmes d'oppositions se perdent, les anachronismes se font criants, l'homme approche de ses fins. Ce temps-là est datable car il émerge avec la psychanalyse ou la photographie, lesquelles prolongent une poétique ou une littérature où l'on peut tout dire (ou n'importe quoi). En art, une nouvelle scène de la représentation se met en oeuvre. C'est la crise mallarméenne : une configuration historique sans précédent qui affecte autant la mémoire que la pensée ou l'art, l'habitat, la poésie, le dessin et l'audiovisuel.

- celle de la mondialatinisation qui associe dans un même principe aporétique la mort de dieu, les intégrismes et les télé-technologies, entretenant une logique formelle, abstraite. Il faut, dans un même mouvement, susciter le désir d'invention et la programmer, l'enfermer dans des dispositifs itérables. La modernité, sous cet angle, c'est saisir la chance du nouveau, mais sans cesser d'appartenir à l'ordre du même.

- au nom du présent, s'appuyant sur le vocabulaire de la religion, notre époque dénonce les crimes contre l'humanité. Mais ce qui la marque, la menace encore plus, c'est la possibilité d'un mal radical : l'annulation de l'avenir.

- c'est aussi l'époque d'un nouvel ordre mondial qui émerge, mais entretient contre cette émergence, ses propres anti-corps. En effet une nouvelle Internationale ne peut apparaître qu'en se développant sur les mêmes réseaux qu'elle combat.

Pour dire une époque à-venir, non inscrite dans le logocentrisme et ses extensions, il faudrait une pensée absolument nouvelle : blanche, neutre, singulière comme un poème.

Ces temps ne se succèdent pas, ils coexistent. Ce sont des temps de l'histoire qu'il faut penser. Penser son temps, c'est le produire comme artefact. C'est écrire en mettant sa signature en abyme.

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Propositions

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"The time is out of joint" : par l'effet de la chose spectrale, le temps est désarticulé

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Il est impossible de concevoir le contemporain car la formule d'Hamlet s'applique : "The time is out of joint" (le temps est hors de ses gonds)

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Notre époque est celle où l'on commence à penser l'événement d'un centre déporté hors de soi

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L'histoire de l'être comme présence et conscience de soi est close

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L'enjeu déclaré des guerres de religion cyberespacées d'aujourd'hui "Qu'est-ce que le présent?" est aussi la relance accélérée des spectres fondateurs

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A l'époque de la voix, la maîtrise technique de l'être-objet est une mise en présence universelle et illimitée de l'objet idéal

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Le monde parle latin dès lors qu'il s'autorise du nom de religion, car la "mondialatinisation" est intraduisible (sauf en anglais)

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Le concept de "crime contre l'humanité" introduit une mutation radicale, une conversion mondiale à la sacralité de l'humain

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Il reste à penser ce qui se passe aujourd'hui, dans la modernité, au moment où la déconstruction devient un motif

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Aujourd'hui, penser son temps, c'est prendre acte que la parole publique est artificiellement produite : artefactualité et actuvirtualité

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L'"invention" moderne comme production, proposition, dispositif technique ou machinique tend à prévaloir sur la "découverte" comme dévoilement de la vérité

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La prodigieuse mutation d'aujourd'hui oblige à repenser la mémoire, pas seulement quantitativement, mais dans ses rapports au psychisme, à la vérité et au simulacre

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Il arrive aujourd'hui à la poésie une expérience absolument nouvelle : la date reste en mémoire, singulièrement et en toute clarté

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L'aporie de notre temps, son anachronie absolue, c'est qu'un même principe abstrait conduit aux surenchères les plus opposées : des technosciences aux intégristes

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La mondialatinisation est une alliance étrange du christianisme, comme expérience de la mort de dieu, et du capitalisme télé-technoscientifique

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Pour penser la religion aujourd'hui, il faut la relier à un mal d'abstraction, un déracinement dont les lieux sont : la machine, la technique et la technoscience

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La spécificité des télétechnologies d'aujourd'hui, c'est qu'on garde "vivantes" des choses (voix, visage, geste, regard) pour les reproduire plus tard comme prétendument "vivantes"

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Avant tout dispositif portant ce nom dans la modernité, la tekhnè téléphonique est à l'oeuvre, inscrivant la distance, la différance et l'espacement au-dedans de la phonè et de la voix

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[La "gramophonisation" d'aujourd'hui, c'est "dire oui" à des voix enregistrées et reproduites comme vivantes - mais cet automatisme n'est qu'une parodie d'assentiment]

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A partir du 17ème siècle, dans la technique comme dans l'art, on programme l'invention, on suscite le désir de la produire, de l'orienter et de réinventer son statut

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La singularité de notre temps, c'est que la nouvelle alliance ou Internationale ne peut se développer que sur les réseaux télé-technologiques qu'elle combat

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Remettre en question le signifié transcendantal, c'est reconnaître que tout signifié est aussi en position de signifiant; c'est déconstruire, avec le signe, tout ce qui lie notre culture

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Au jour où nous sommes comme au temps de Mallarmé, la crise de l'opposition alternative est l'hymen entre hier (veillée d'un mort) et demain (veille de naissance)

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Notre époque est celle où l'écriture déborde le langage, efface ses limites et excède la parole

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La modernité littéraire tend à s'émanciper de la métaphore ou de la figure en marquant la spécificité de l'écrit

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Dans une conception moderne du texte et de l'écriture, rien ne précède le texte

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Ecrire, aujourd'hui, c'est mettre en abyme sa signature pour qu'elle disparaisse

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L'époque de l'opposition de la vérité et de l'apparence est un temps historique déconstructible

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Aujourd'hui, ce qui s'ébranle est la proximité du nom de l'homme et du nom de l'être, telle qu'elle habite et s'habite dans la langue en Occident

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La dislocation du logocentrisme se présente aujourd'hui comme telle, libérant le projet d'une science de l'écriture (grammatologie) elle-même prise dans cette dislocation

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Le contemporain est l'anachronie criante de la dislocation du même

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En encadrant les pouvoirs de l'être, la quatrième surface de la scène représentative les divise et sépare l'Occident de lui-même

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Aujourd'hui, dans une configuration historique sans précédent, entre la main et la machine, la possibilité et la signification du dessin restent à penser

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En identifiant la figure du mal radical qui marque notre temps, on accédera peut-être à une promesse de salut

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Ce qui spécifie l'oeuvre moderne (littéraire, poétique ou philosophique) est le droit de tout dire - ou de dire n'importe quoi

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La différance n'est ni un mot, ni un concept : c'est un faisceau propre à penser le plus irréductible de notre époque

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Pour dire l'époque à venir de la différance, il faudrait une pensée blanche, neutre, indéterminée, sans poids

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L'enregistrement de la voix est l'un des phénomènes majeurs du 20ème siècle

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S'il y a de l'époque, du champ historique, alors psychanalyse et photographie forment un seul événement et posent la même question, celle du droit de regard

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Le "nouvel ordre mondial" que propose le libéralisme est une conjuration destinée à faire taire le spectre de Marx

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