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Derrida, notre époque                     Derrida, notre époque
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 30 septembre 2005.

[Derrida, notre époque, le contemporain]

Autres renvois :
     

Le Contemporain (Ctp, notre temps)

     

Derrida, télé-technique, media

     
 
                   
                         

Parfois, Derrida met en question la notion d'époque. Toute époque n'est-elle pas disjointe, déportée hors de soi, comme celle d'Hamlet (qui n'est autre que le début de la modernité)? Ailleurs, il laisse entendre que son travail, les concepts qu'il met en avant comme ceux de différance et de déconstruction, pourraient n'avoir pas d'autre objet que cela, penser notre époque, en prenant ce mot, époque, au sens fort. Quel sens? Penser son temps, c'est le produire comme artefact.

Il y a :

- l'époque du logocentrisme, de la phonè, de la voix, de ses extensions machiniques, de la croyance en une image vivante du présent. Cette époque n'est pas terminée, elle se transforme. Sa clôture n'est pas sa fin, c'est sa finitude.

- celle de la dislocation du logocentrisme, quand le temps se désarticule, l'écriture excède la parole, le signe se désubstantialise, le texte s'émancipe des métaphores du langage courant, les systèmes d'oppositions se perdent, les anachronismes se font criants. Ce temps-là est datable car il émerge avec la psychanalyse ou la photographie. C'est celui de la crise mallarméenne où se met en oeuvre une nouvelle scène de la représentation.

- celle de la mondialatinisation qui associe dans un même principe aporétique la mort de dieu, les intégrismes et les télé-technologies, entretenant une logique formelle, abstraite. Au nom du présent, s'appuyant sur le vocabulaire de la religion, elle dénonce les crimes contre l'humanité. Mais ce qui la marque, la menace encore plus, c'est la possibilité d'un mal radical : l'annulation de l'avenir.

C'est aussi l'époque d'un nouvel ordre mondial qui entretient ses propres anti-corps. Une nouvelle Internationale ne peut se développer que sur les mêmes réseaux.

Pour dire une époque à-venir non inscrite dans le logocentrisme et ses extensions, il faudrait une pensée "blanche", absolument neutre.

Ces temps ne se succèdent pas, ils coexistent. Ce sont des temps de l'histoire, autre notion qui n'est pas simple.

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Propositions

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"The time is out of joint" : par l'effet de la chose spectrale, le temps est désarticulé

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Il est impossible de concevoir le contemporain car la formule d'Hamlet s'applique : "The time is out of joint" (le temps est hors de ses gonds)

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Notre époque est celle où l'on commence à penser l'événement d'un centre déporté hors de soi

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L'histoire de l'être comme présence et conscience de soi est close

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L'enjeu déclaré des guerres de religion cyberespacées d'aujourd'hui "Qu'est-ce que le présent?" est aussi la relance accélérée des spectres fondateurs

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A l'époque de la voix, la maîtrise technique de l'être-objet est une mise en présence universelle et illimitée de l'objet idéal

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Le monde parle latin dès lors qu'il s'autorise du nom de religion, car la "mondialatinisation" est intraduisible (sauf en anglais)

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Le concept de "crime contre l'humanité" introduit une mutation radicale, une conversion mondiale à la sacralité de l'humain

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Aujourd'hui, penser son temps, c'est prendre acte que le temps de la parole publique est artificiellement produit : artefactualité et actuvirtualité

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L'aporie de notre temps, son anachronie absolue, c'est qu'un même principe abstrait conduit aux surenchères les plus opposées : des technosciences aux intégristes

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La mondialatinisation est une alliance étrange du christianisme, comme expérience de la mort de dieu, et du capitalisme télé-technoscientifique

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Pour penser la religion aujourd'hui, il faut la relier à un mal d'abstraction, un déracinement dont les lieux sont : la machine, la technique et la technoscience

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La spécificité des télétechnologies d'aujourd'hui, c'est qu'on garde "vivantes" des choses (voix, visage, geste, regard) pour les reproduire plus tard comme prétendument "vivantes"

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La singularité de notre temps, c'est que la nouvelle alliance ou Internationale ne peut se développer que sur les réseaux télé-technologiques qu'elle combat

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Remettre en question le signifié transcendantal, c'est reconnaître que tout signifié est aussi en position de signifiant; c'est déconstruire, avec le signe, tout ce qui lie notre culture

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Au jour où nous sommes comme au temps de Mallarmé, la crise de l'opposition alternative est l'hymen entre hier (veillée d'un mort) et demain (veille de naissance)

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Notre époque est celle où l'écriture déborde le langage, efface ses limites et excède la parole

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La modernité littéraire tend à s'émanciper de la métaphore ou de la figure en marquant la spécificité de l'écrit

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Dans une conception moderne du texte et de l'écriture, rien ne précède le texte

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L'époque de l'opposition de la vérité et de l'apparence est un temps historique déconstructible

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La dislocation du logocentrisme se présente aujourd'hui comme telle, libérant le projet d'une science de l'écriture (grammatologie) elle-même prise dans cette dislocation

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Le contemporain est l'anachronie criante de la dislocation du même

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En encadrant les pouvoirs de l'être, la quatrième surface de la scène représentative les divise et sépare l'Occident de lui-même

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En identifiant la figure du mal radical qui marque notre temps, on accédera peut-être à une promesse de salut

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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La différance n'est ni un mot, ni un concept : c'est un faisceau propre à penser le plus irréductible de notre époque

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Pour dire l'époque à venir de la différance, il faudrait une pensée blanche, neutre, indéterminée, sans poids

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L'enregistrement de la voix est l'un des phénomènes majeurs du 20ème siècle

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S'il y a de l'époque, du champ historique, alors psychanalyse et photographie forment un seul événement et posent la même question, celle du droit de regard

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Le "nouvel ordre mondial" que propose le libéralisme est une conjuration destinée à faire taire le spectre de Marx

     


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