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Le récit de l'Orloeuvre

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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la parole                     Derrida, la parole
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 25 novembre 2005

[Derrida, la parole]

Autres renvois :
   

Derrida, la voix

   

Derrida, s'entendre parler

   

Derrida, l'instant unique de l'énonciation

                 
                       

Dans sa manifestation la plus courante, la parole se distingue à peine de la voix. C'est la parole vive qui s'entend au présent, sur le mode de l'expression : une profération d'un sens déjà constitué dans le logos. Elle s'organise dans un système phonétique, un discours porteur de vérité, structuré par le logocentrisme. Elle unit en une spiritualité la vie et l'idéalité. A travers la parole comme à travers toute langue, c'est l'être qui parle. A travers la poésie, l'éloquence, la tragédie, la bouche prend plaisir à parler.

Mais la parole ne se donne jamais comme pure présence. On ne peut pas la dissocier de l'écriture, avec ses jeux de détours, d'espacements et de temporisations (différance). Irréductible à une simple phonétisation ou aux règles du langage, elle est contaminée par une absence, infectée par l'archi-écriture, par une violence originaire dont elle garde la trace. (Chaque mot peut se transformer en fable où se raconte la différence sexuelle). Du dedans, un supplément la travaille, et du dehors, elle est affectée par des apories.

Si on la laisse venir à l'improviste, en-dehors de tout calcul, ce qu'elle déclenche peut être irréductible, intraduisible en un discours.

La parole supplée au silence, à ces mots secrets qui restent enfouis, encryptés, inaccessibles. A travers elle s'exerce - comme à travers l'image - une force de spectralité.

La parole se donne à entendre par l'oreille, mais aussi à travers le visible. Comme l'image, elle présente un "lui-même là", ici et maintenant; et comme l'image, son passé est irreprésentable. Pour être crédible, ce dont elle témoigne ne doit pas être rivé à la vue.

La parole peut s'annoncer par la voix, mais aussi par des signes, traces et clins d'oeil : dans l'entente, l'accord, l'harmonie ou la beauté, ça parle.

Comme l'écriture, la parole est datée, et renvoie à d'autres dates. Une structure de promesse, de désir ou d'attente la traverse. Chaque fois que j'ouvre la bouche, je promets, et cette promesse est un salut au tout-autre.

D'une part la langue nous précède, nous précipite dans la loi; d'autre part elle s'inscrit à même le corps. Il faut un tiers, un autre, un intercesseur, pour la circoncire et nous introduire dans une communauté, une alliance dissymétrique.

Pour Dieu seul, sa franchise serait totale.

 

 

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Propositions

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[La structure du "s'entendre parler" (quand le sujet parlant s'entend au présent) est l'essence de la parole]

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Dans la structure de la marque, la possibilité de l'absence du récepteur est toujours inscrite - elle contamine toute parole et toute écriture

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La trace, différance ou écriture en général, est la racine commune de la parole et de l'écriture

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Chaque parole nouvelle peut faire revivre le geste de crise, de violence originaire qui a renfermé la folie, et dont elle garde la trace

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L'altérité absolue de l'écriture altère du dehors, en son dedans, la parole vive

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L'écriture infecte la parole vive

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[L'expression est, chez Husserl, une profération qui porte au-dehors un sens déjà constitué à l'intérieur - et s'épuise dans cet acte improductif]

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Pour Dieu seul, la franchise de l'expression est du côté de la parole vive

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La vérité qui se parle dans le cercle logocentrique, c'est le discours de ce qui revient au père

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Dans le système de la parole et de l'écriture linéaire, la phonè commande la main, oriente l'oeil et donne à voir la voix

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La "phonè" comme parole vivante, spiritualité du souffle, unit la vie et l'idéalité

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Une structure immanente de promesse ou de désir, une attente sans horizon d'attente, informe toute parole

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Chaque fois que j'ouvre la bouche, je promets : et cette promesse annonce l'unicité d'une langue inouïe, à venir

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La messianicité est l'ouverture structurelle de la parole : dépouillée de tout, elle adresse son salut au tout-autre

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L'être / parle / partout et toujours / à travers / toute / langue

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La beauté, comme entente coupée de toute finalité (le "sans de la coupure pure") s'annonce par des signes, des traces, des clins d'oeil silencieux où "ça parle"

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Il faut apporter des preuves, laisser ouvert le débat scientifique, mais au final c'est le témoignage qui compte, la parole non rivée à la vue

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L'image a une force de spectralité anamnésique qui excède infiniment ce que pourrait dire une parole, un discours - ou même un métalangage

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Une parole est toujours datée

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L'orifice buccal ne cesse jamais d'être un lieu silencieux du corps; il ne devient parlant que par supplémentarité

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Quand "ça parle" ou "ça exprime", la bouche s'affecte elle-même puisqu'elle ne prend rien au-dehors et prend plaisir à ce qu'elle met dehors

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La mort travaille le dedans de la parole comme sa trace, sa réserve, sa différance intérieure et extérieure, son supplément

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La différance est le détour par la langue par lequel je dois passer pour parler

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Dans l'événement aporétique, la parole s'affecte du dehors, sa valeur d'acte et de vérité se déconstruit

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Image et parole sont de même essence, celle d'une quasi-présentation d'un "lui-même là" du monde dont le passé est irreprésentable

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Toute parole ne se donne à entendre qu'à travers le visible

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Tout récit fabuleux raconte la différence sexuelle / Il n'y a pas de parole qui ne traduise quelque chose comme cette fabuleuse différence sexuelle

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Entre l'écriture cinématographique, qui est nécessairement calculée, et la parole venue à l'improviste, il y a intraduisibilité

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Pour que les racines parlent, il faut qu'elles soient blessées

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Un rabbin est un sage investi du droit de circoncire la parole

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Le simple fait de parler nous installe d'entrée de jeu dans l'alliance de la circoncision

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