| Dans un premier temps, la parole se distingue à peine de la voix. C'est la parole vive qui s'entend au présent, sur le mode de l'expression husserlienne : une profération d'un sens déjà constitué dans le logos. Elle s'organise dans un système phonétique, un discours porteur de vérité, structuré par le logocentrisme. Elle unit en une spiritualité la vie et l'idéalité. A travers la parole comme à travers toute langue, c'est l'être qui parle.
Mais il y a un deuxième temps, car la parole ne se donne jamais comme pure présence. Dès le départ, elle est infectée par une autre écriture (l'archi-écriture), irréductible à l'écriture phonétique. Elle garde la trace d'une violence originaire, d'une altérité absolue, de la différance par laquelle il faut passer pour parler. Nécessairement datée, elle renvoie à d'autres dates. Un supplément la travaille du dedans et l'affecte du dehors. Une structure de promesse, de désir ou d'attente la traverse. Son salut, elle l'adresse au tout-autre. Telle est l'aporie de la parole, qui la déconstruit comme acte et comme vérité.
La parole se donne à entendre à travers le visible. Comme l'image, elle présente un "lui-même là", ici et maintenant, mais comme l'image, son passé est irreprésentable.
La parole résiste à l'immédiateté. Elle est transmise par des tiers ou des intercesseurs (rabbins ou pas) qui la circoncisent et l'ouvrent à l'altérité. Pour Dieu seul, sa franchise serait totale.
|