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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
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Derrida, la voix                     Derrida, la voix
Source (livre) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 26 août 2005 La Voix de l'Orloeuvre

[Derrida, la voix]

La Voix de l'Orloeuvre Autres renvois :
   

La voix originaire

   

Derrida, la parole

   

Derrida : s'entendre parler

Derrida, la linguistique, le langage

                 
                       

L'oeuvre de Jacques Derrida commence par cela, chronologiquement et logiquement : un certain travail sur la voix. Il n'est pas question de la réduire (cette oeuvre) à une seule clef (la voix), comme s'il y en avait une, mais d'accepter l'invitation sous-jacente : nous vivons le temps d'une dislocation, d'une clôture, celle du phono-logocentrisme. Qu'en est-il de la voix? Est-ce qu'on passe d'une époque de la voix à une autre époque où elle s'efface? Certes pas (1. la notion d'époque est suspecte; 2. La clôture du phono-logocentrisme n'est pas sa fin). La voix s'entend comme toujours, toujours aussi parlante, toujours aussi proche et toujours aussi présente. Son pouvoir n'a pas disparu. Son spectre s'étend même, au-delà de toutes les limites qui faisaient sa portée. Et pourtant il s'est passé quelque chose, un événement. Une autre écriture, l'archi-écriture, active depuis l'origine, laisse des traces qui sont - elles aussi - des spectres, des voix polyphoniques. Nous y sommes livrés, comme nous l'avons toujours été. Dans cet espace entre deux dimensions vocales, dans cet espacement, cette tension, il faut prendre place.

Revenons à la voix. Quand je parle, quand je m'exprime, je m'entends parler. Un décalage s'instaure, une différence que Derrida appelle auto-affection. C'est ce décalage qui rend possible la subjectivité, la conscience. Une gestation particulière se produit, d'un type unique, que la voix partage avec le temps et quelques autres domaines essentiels, humains ou non humains - comme la vie. Engendrée par rien, l'auto-affection s'opère au-dedans de moi, mais aussi en l'autre.

Le monde que j'entends est présent. Il est proche, il fait sens, la voix le spatialise, elle le garde. C'est cette capacité à privilégier et incarner la présence qui rend la voix indéfectiblement complice de l'idéal. Elle fait dépendre l'objectivité du monde de son pouvoir d'idéalisation. Par un acte qui lui est propre, elle unit la vie et l'idéalité, le son du monde et les objets idéaux hors du monde. Le monde se présente comme surface disponible, sphère vocale ou phonique où repose l'idée même de vérité. Ainsi s'édifie le phallocentrisme ou phallogocentrisme.

Dans l'expression courante, nous supposons une voix intérieure, porteuse de sens, qui s'adresse vers l'extérieur à tout ce qui est à sa portée. Une telle voix se donne comme liberté ou loi naturelle. Elle s'exprime par le visage. Même quand elle est archivée ou enregistrée, à la radio ou au cinéma, elle se présente comme vivante. Mais en organisant tous les lieux, elle ne fait que reproduire un sens déjà constitué. Elle est improductive.

Dans la tradition occidentale, l'être est présent dans la technè ou le logos. La voix, qui se donne comme maîtrise sur le signifiant, opère par la lettre et l'écriture. Elle met le signifiant à l'abri, elle protège la vérité sous un voile. Elle réussit à maîtriser l'objet tout en le dérobant. C'est sa dignité.

Si les prisonniers de la caverne platonicienne font appel à la voix, c'est parce qu'elle promeut une seconde présence dans la représentation. Là, quand la voix devient lisible au-delà de sa date, commence la philosophie.

A travers le verbe "être", la voix s'unit à la pensée. Etant à la fois dans le monde et transcendantale, elle occupe une position énigmatique dont aucune science objective ne peut rendre compte.

La voix n'a jamais été intacte. Déjà, l'écriture alphabétique altère sa présence. En la saisissant dans la langue, elle l'engage dans le mouvement même de la différance. Comme toute marque, elle se sépare de son signifié d'origine. Il suffit d'une lettre pour la brouiller, de quelques articulations pour l'énerver. Dans la voix la plus nue, dans une simple copule, il y a déjà du supplément (pharmakon). Infiniment surabondante, elle donne sans réciprocité.

L'histoire de la voix est celle de l'esprit qui continue de parler, comme un spectre dont nous sommes légataires, génération après génération. Nous pouvons la craindre, vouloir l'exorciser, elle parle encore et toujours plus. Il nous faut apprendre à nous adresser à elle, dans sa multiplicité.

Dans la présence, la voix se prononce, mais il y a aussi en elle de l'imprononçable, que Derrida baptise schibboleth. On peut situer ce point du côté de dieu (qui seul peut concilier l'indicible, la franchise de l'expression et la présence continue à soi) ou de la trace. En ce point inouï, la voix disparaît, mais on peut encore l'invoquer.

Quand Derrida se reconnaît, à lui-même, une voix, c'est pour la mêler à d'autres qu'on n'a jamais entendues, comme celles des quatre rabbins du Pardès.

La voix a-t-elle un destin? Sans différance, elle peut mourir. C'est ce qui panique Artaud, et en même temps l'exalte. S'il ne cesse de la proférer, ce n'est pas pour parler, c'est pour détruire le langage et la représentation. Si Derrida a tenu a faire entendre la voix d'Artaud, c'est parce qu'il n'était pas étranger à ce projet.

Un sans-voix (par exemple celui qu'on trouve dans l'oeuvre d'art) peut trouer l'écriture. A moins que ce ne soit la voix elle-même, sa résonance, qui supplée à la présence.

Il y a des pratiques sociales de la parole vive, comme la fête.

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La voix reste un point aveugle de l'oeuvre de Jacques Derrida. Omniprésente, objet ambigu de son désir, elle occupe le statut inconfortable de bord interne-externe de la déconstruction. Soit elle est indéconstructible et menaçante, soit sa déconstruction nous précipiterait vers l'innommable. Soit elle est incirconcise (la voix présente ou celle des Ephraïmites), soit elle est engagée, sans répît, dans la tâche infinie de s'autocirconcire - avec ou sans l'aide du rabbin, du poète ou du philosophe.

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Propositions

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La voix est l'auto-affection d'une différence pure

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Qu'en est-il de la voix et du temps? Tous deux reproduisent l'auto-affection pure, qui n'est engendrée par rien

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L'auto-affection pure de la voix rend possible la subjectivité ou le pour-soi

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La voix est vécue comme une auto-affection absolument pure d'un type unique, car "je m'entends parler" sans aucun détour ni par le monde, ni par le non-propre

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L'écriture alphabétique s'est imposée car elle est liée à l'événement de la voix dans une auto-affection supposée vivante

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La voix phénoménologique est : être entendu de soi et de l'autre

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La voix est un élément que j'exprime et qui ne cesse de m'appartenir

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La voix, contrairement à l'écriture, garde le dedans en soi alors même qu'elle l'émet au-dehors

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Le "s'entendre-parler" de la voix est absolument dépourvu de surface, intérieure ou extérieure

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Le sens propre, comme présence à soi du logos dans le s'entendre-parler absolu de la voix, est une fonction qui répond à une nécessité de système

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La voix simule la garde de la présence

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La voix est un acte vivant absolument proche de moi

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Le privilège de la présence comme conscience ne peut s'établir que par l'excellence de la voix

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La voix est la conscience, c'est-à-dire l'être auprès de soi dans la forme de l'universalité

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La voix est l'énigme qui répond à l'indiscernabilité de la conscience et du langage

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Pour Husserl, l'expression est une profération qui s'épuise dans l'acte improductif de porter au-dehors un sens déjà constitué à l'intérieur

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La voix comme présence à soi met le signifiant à l'abri, hors du monde, dans un vécu où la différance est supprimée

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L'expression est l'acte intentionnel d'un soi qui extériorise un sens par une voix, proférée ou non

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Husserl traque dans la voix absolument basse de la "vie solitaire de l'âme" la pureté inentamée de l'expression

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La voix rend disponible l'idéalité de l'objet

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La complicité entre l'idéalisation et la voix est indéfectible

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Entre les motifs du voile et de la voix, il y a une complicité structurelle

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La voix s'entend au plus proche de soi, comme l'effacement absolu du signifiant, qui est la condition de l'idée même de vérité

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L'aveugle, comme le dessinateur, se sert des mains pour échapper à l'obscurité, tandis que les prisonniers de la caverne platonicienne font appel aux idées et à la voix

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Apparemment, la voix est immédiatement transcendantale

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La dignité de la voix par rapport à toute autre substance signifiante est sa transcendance apparente

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Animée par l'intention, par le souffle, la voix devient phonè, chair transcendantale, spiritualité vivante

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La voix donne aux sensations et intuitions une seconde présence qui vaut dans le domaine de la représentation

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La voix est l'unique instance qui échappe à la distinction entre l'intra-mondanité et la transcendantalité

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La phonè est l'élément phonique de la voix, en tant qu'il est immédiatement présent dans l'expression du sens

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L'écriture alphabétique saisit la voix ou la langue dans l'événement singulier d'une phrase

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La "phonè" est la parole vivante, la spiritualité du souffle, en tant qu'elle unit la vie et l'idéalité

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La phonè possède une puissance d'énigme qui tient à ce qu'elle fait dépendre l'objectivité de l'objet du pouvoir d'idéalisation de la voix

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La voix est l'unité du son (dans le monde) et de la phonè (hors-monde des objets idéaux)

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La voix se donne comme le phénomène d'une maîtrise sans limite sur le signifiant

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L'époque de la phonè est celle de l'être dans la forme de la présence

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Il faut penser l'époque de la voix comme unité de la technè et de la phonè

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Le logos ne peut se produire comme auto-affection qu'à travers la voix, dans l'évidence de la présence à soi-même

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Le logos, qui est la parole comme auto-affection, se produit dans l'histoire par le détour d'une écriture, en rendant la voix à un silence dynamique

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La philosophie commence quand une voix devient lisible au-delà de sa date

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Le verbe "être" est l'unité de la pensée et de la voix dans le logos

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A l'époque de la voix, la maîtrise technique de l'être-objet est une mise en présence universelle et illimitée de l'objet idéal

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Le lien établi par la tradition occidentale entre le langage et la voix (phonocentrisme) est le déguisement d'une écriture plus fondamentale

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[La lettre derridéenne est disséminante, tandis que celle de Lacan est indivisible, toujours identique à elle-même, quels que soient les morcellements de son corps]

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Les voix se distinguent des sons par cela même qui permet l'écriture, à savoir la consonne et l'articulation

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Toute marque, fût-elle orale, est un graphème : ce qui reste d'une coupure qui l'a séparée de son référent ou de son signifié d'origine

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Une lettre parasite la pureté intérieure : elle s'installe pour brouiller l'audibilité de la voix

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L'écriture énerve la voix

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L'opération de la voix est le mouvement de la différance

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L'histoire de l'esprit n'est pas séparable de l'histoire de la voix

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La voix phénoménologique est la chair spirituelle qui continue de parler, d'être présente à soi, de s'entendre dans le logos, en l'absence du monde

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Même par la voix nue, sans organe ni instrument, le pharmakon agit

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La suspension de la voix représentative ne tue pas toute voix, mais donne lieu à la voix sans auteur, non plus verbale mais polyphonique

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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Dans l'écriture, le plus difficile est l'adresse : accorder le ton à l'autre, dans la multiplicité de ses voix

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La voix a toujours été investie, sollicitée, requise, marquée dans son essence par une certaine spatialité

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La fête en plein air est l'élément de la voix, la liberté d'un souffle que rien ne hâche

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L'enregistrement de la voix est l'un des phénomènes majeurs du 20ème siècle

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La voix archivée est vivante (contrairement à la photo); on y entend comme le rapport à soi

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La voix est le lieu idéal du phallus - sur sa présence s'édifie le "phallogocentrisme"

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Nous sommes livrés à la voix du spectre

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On ne peut parler de générations que par la langue et la voix - par tout ce qui marque le nom ou en tient lieu

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La voix pénètre violemment en moi, elle est la voie privilégiée pour l'effraction et l'intériorisation

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Une conjuration est un appel pour faire venir par la voix un spectre afin de l'exorciser

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La voix se donne comme phénomène en-dehors du monde

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Le monde n'est rien d'autre que le dehors de la voix

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Une science mondaine objective ne peut rien nous apprendre sur l'essence de la voix

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La voix au cinéma est de même nature que l'enregistrement du mouvement du monde

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Dans la voix, la présence de l'objet disparaît déjà, elle dérobe la chose même

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Le pouvoir de la voix réside dans son double rapport à l'objet : préserver sa présence et l'exprimer par un acte qui lui est propre

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[Derrida : L'essence de la parole est que le sujet parlant s'entend au présent]

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Jean-Jacques Rousseau croyait que la voix intérieure ne mentait jamais

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L'éthique de la parole vive est le leurre d'une présence maîtrisée dans la proximité immédiate d'un voisinage à portée de voix

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La voix se donne toujours comme la meilleure expression de la liberté

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Pour Kant, la bouche n'est pas un organe comme les autres : à partir de la voix s'organisent tous les lieux, se localisent tous les organes, se hiérarchisent toutes les valeurs

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Pour Rousseau, la pitié comme loi naturelle, originelle, inexorable, dont toute institution est le supplément et la suppléance, est portée par la voix

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Le visage ne signifie pas, il s'exprime, il est derrière le signe, il se donne en personne, comme la parole vive ou la voix

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Les Ephraïmites, qui ne peuvent pas prononcer schibboleth, sont incirconcis de la voix - comme on peut l'être des lèvres, de la langue, des oreilles ou du coeur

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La déconstruction derridéenne est le renversement de la subordination de la lettre/trace à la voix par la généralisation de l'écriture

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On ne peut déconstruire la transcendance de la voix sans s'enfoncer vers l'innommable

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La voix reste non-déconstruite chez Derrida

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J'ai élargi la notion de trace jusqu'à y inclure la voix elle-même

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Le schibboleth de Jacques Derrida est la voix, qui est imprononçable

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[Le schibboleth de Jacques Derrida]

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Dans la pensée de Jacques Derrida, la voix résiste

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Le leurre dont a vécu le premier livre est un centre où disparaît la parole vive, qu'on peut invoquer mais non répéter

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Inouïe est la différence entre les unités de la voix et invisible la différence dans le corps de l'inscription

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[L'art d'Artaud, au-delà de l'art, repose sur la puissance d'ébranlement d'une force [la voix-souffle] qui déchire le langage et détruit la représentation]

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Une voix sans différance est à la fois absolument vive et absolument morte

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La voix d'Artaud nous enjoint d'exiger le "coup" singulier, l'événement, contre la reproduction technique, génétique ou généalogique

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Artaud n'écrit jamais "sur" ses dessins mais seulement "à même", dans l'extrême tension d'un rythme, d'une vibration, d'un timbre de voix qui donne au subjectile sa portée

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Dans le théatre d'Artaud, la voix qui commande aux signes est destituée pour celle qui se laisse rythmer par le souffle

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La forme la plus générale du "supplément de copule" est la phrase nominale où la fonction "être" est assurée par un arrêt de la voix, le blanc d'un espacement

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L'événement du Ich - ce "je" que, à travers Adami, Derrida expose comme un autre -, c'est que le sans-voix troue son écriture

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Après la fin du savoir absolu, il reste à faire résonner la voix pour suppléer l'éclat de la présence

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Pour Dieu seul, la franchise de l'expression est du côté de la parole vive

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Si Dieu est une voix, elle me parle pour ne rien dire

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Comme la voix, la nature et le souffle sont réglés sur un modèle onto-théologique : expérience de la présence continue à soi qui n'est accordée qu'à Dieu

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Le juif pleure la voix perdue en larmes noires comme trace d'encre

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Un rabbin est un sage investi du droit de circoncire la parole

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Et Derrida s'exclama : "Mais je n'ai jamais rien dit contre la voix!"

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Derrida : "J'ai été le premier à avoir peur de ma voix, comme si elle n'était pas la mienne" - car le barrage devant son rythme, son timbre et son intonation risque toujours de céder

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Au fond de moi, je suis plus que tout autre un métaphysicien de la présence : je ne désire rien de plus que la présence, la voix, toutes ces choses auxquelles je m'en suis pris

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Jacques Derrida réactive indéfiniment l'effet de circoncision : il mêle sa voix à celles des quatre rabbins du Pardès

Jacques Derrida à Ris-Orangis en 2004

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