Que nous le voulions ou non, nous réaffirmons les lignées, connues ou inconnues, qui nous ont précédés. Derrida les appelle des spectres car elles habitent entre la vie et la mort. Le deuil est infini. Elles nous hantent. Il tient à nous de les répéter, de les faire vivre, de les transformer ou de les abandonner (mais il ne suffit pas de les abandonner pour qu'elles disparaissent). Elles nous ont désignés comme légataires sans que nous les ayons choisies. Elles s'invitent dans notre avenir sans notre accord.
Même après la mort des pères, s'ils ont vécu au futur, le livre où leurs lignées sont inscrites reste ouvert.
Dans la tradition européenne, tout héritage peut être revendiqué, même le plus éloigné. Aucun legs ne se transforme en patrimoine privé. Tout legs peut être métamorphosé. Les mutations de la peinture en témoignent. Ce qu'elles laissent à la génération suivante est imprévisible. Ce peut être un langage inconnu ou un refoulé. |