L'Eglise s'est transmise de bien des façons. Par le droit, par l'institution, par la souveraineté, par la présence, par la vocalisation et aussi par la déchirure dans la chair.
La peinture chrétienne se donnait pour tâche de figurer dans la personne du Christ souffrant le mystère du verbe incarné, et aussi sa déchirure, sa blessure, sa plaie, sa mort. Elle a introduit l'Occident à une figuration flottant entre deux univers, le monde visible qu'il fallait convertir et le monde invisible qui risquait toujours d'être contaminé par la défiguration, le fantasme ou l'inconscient. La leçon a été assimilée, quoique ses sources ne soient pas toujours revendiquées.
La voix, y compris celle des enfants, parlée ou chantée, est omniprésente dans le rituel chrétien. Elle est au centre de bien des tableaux, comme la Cène.
Par l'empreinte ou le prototype, le divin s'est longtemps exposé. Il s'offrait à notre vécu. A présent son calvaire s'est détaché de lui. L'art s'intéresse au calvaire du monde.
Les missionnaires pensaient que le christianisme n'avait pas de limites. Ils avaient peut-être raison. L'idée d'un péché originel implique que nous n'avons pas le choix. Adam et Eve ont montré le chemin. Après eux, une seule loi est bonne, mais laquelle? Le christianisme est parfois pris à contre-pied par la loi du plaisir, celle de l'individu ou celle du "je", qu'il a contribué à faire émerger.
L'athéisme est le point d'aboutissement logique (mais pas inéluctable) des trois monothéismes. Pendant longtemps les chrétiens ont humanisé dieu et spiritualisé le monde (y compris la peinture). Ils ont fait de Jésus un enfant ou un promeneur presque ordinaire. A présent la sécularisation fait un pas de plus. Elle s'incarne dans des oeuvres où le vide a remplacé la chair (kénose). |