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Le récit de l'Orloeuvre  

 

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La voix et la chair du Christ                     La voix et la chair du Christ
Source (livre) :                
Aïlée Lasqin - "Solitude du partage", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 10 juin 2007

[Dans la peinture, la voix du Christ est une déchirure dans la chair]

Autres renvois :
   

Religion et laïcité

   

L'Annonciation

   
                 
                       

Aïlée Lasqin

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L'Eglise s'est transmise de bien des façons. Par le droit, par l'institution, par la souveraineté, par la présence, par la vocalisation et aussi par la déchirure dans la chair.

La peinture chrétienne se donnait pour tâche de figurer dans la personne du Christ souffrant le mystère du verbe incarné, et aussi sa déchirure, sa blessure, sa plaie, sa mort. Elle a introduit l'Occident à une figuration flottant entre deux univers, le monde visible qu'il fallait convertir et le monde invisible qui risquait toujours d'être contaminé par la défiguration, le fantasme ou l'inconscient. La leçon a été assimilée, quoique ses sources ne soient pas toujours revendiquées.

La voix, y compris celle des enfants, parlée ou chantée, est omniprésente dans le rituel chrétien. Elle est au centre de bien des tableaux, comme la Cène.

Par l'empreinte ou le prototype, le divin s'est longtemps exposé. Il s'offrait à notre vécu. A présent son calvaire s'est détaché de lui. L'art s'intéresse au calvaire du monde.

Les missionnaires pensaient que le christianisme n'avait pas de limites. Ils avaient peut-être raison. L'idée d'un péché originel implique que nous n'avons pas le choix. Adam et Eve ont montré le chemin. Après eux, une seule loi est bonne, mais laquelle? Le christianisme est parfois pris à contre-pied par la loi du plaisir, celle de l'individu ou celle du "je", qu'il a contribué à faire émerger.

L'athéisme est le point d'aboutissement logique (mais pas inéluctable) des trois monothéismes. Pendant longtemps les chrétiens ont humanisé dieu et spiritualisé le monde (y compris la peinture). Ils ont fait de Jésus un enfant ou un promeneur presque ordinaire. A présent la sécularisation fait un pas de plus. Elle s'incarne dans des oeuvres où le vide a remplacé la chair (kénose).

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Propositions

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Le coeur de la christologie est l'identité d'être et de substance (homousia) entre le Père et le Fils

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Le concept d'église est supporté par une voix : la Vox Ecclesiae

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"La Cène", de Léonard de Vinci (1495-1497), s'organise asymétriquement autour de la voix du Christ disant : "En vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira"

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Vers le 9ès, la voix finit par s'imposer comme support privilégié du rituel chrétien

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La culture chrétienne est la seule qui ait fait valoir le chant de l'enfant

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La figure, mode fondamental de la pensée chrétienne, est toujours entre deux choses, deux univers, deux temporalités, deux modes de signification

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La peinture du Christ produit une plaie dans l'image : geste d'onction et de sanctification

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Le Christ souffrant est une blessure dans l'image (L'homme de douleur, Albrecht Dürer, 1509-1510)

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L'incarnation chrétienne est une défiguration symptômatique du corps

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La couleur jetée sur l'image du Christ en croix invoque le mystère de sa figurabilité

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On ne peut figurer l'Incarnation sans une brèche dans la mimesis

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L'incarnation chrétienne, par laquelle Dieu se fait homme, marque la culture occidentale d'un devenir-vide-de Dieu au coeur de son humanisme

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Face au judaïsme biblique et au paganisme antique, le mystère de l'incarnation a donné forme et originalité au monde chrétien des images

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Le christianisme du péché originel (Saint Paul) s'appuie sur la renonciation d'Adam à un "Oui, me voici" par lequel il aurait fait un choix

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Le fondement mental de la tradition judéo-chrétienne est que la parole y profile, comme son fond dernier, l'être du "je"

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L'image chrétienne est devenue insupportable à la Renaissance car elle porte la mort en elle

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Il y a dans toute peinture religieuse un mouvement de conversion de la dimension visible vers le lieu visuel du mystère

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Les dangers du christianisme sont : spiritualisation de dieu, humanisation de dieu, mondanisation de dieu

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La peinture chrétienne doit se soumettre à une auto-présentation allégorique qui convertit le regard

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Le chrétien est cet homme qui réclame l'héritage d'Israël sans être Jacob, ni par la naissance ni par la condition

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Le messianisme juif dit dans la crainte : "Tu choisis la loi, sans aucune garantie", tandis que le messianisme chrétien assure : "Tu choisis la loi car elle est bonne"

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Le Jesus juif (Reuven Rubin, 1922)

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Sainte-Anne, Marie et l'enfant Jésus (Léonard de Vinci, 1508-1513)

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Calvaire (Valerio Adami, 1995)

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Les images prototypiques du christianisme sont des traces exposées du divin, paradigmes où l'homme peut se penser à l'image de dieu

     


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