Quelle est l'essence de l'objet? Si l'on supprime toutes ses caractéristiques, si on le réduit à son essence pure, que reste-t-il? Il y aurait deux versants. Sur le premier, l'objet n'aurait de valeur que par sa présence, par le discours qui l'évoque, par le désir qui lui assigne une place, c'est-à-dire par la parole. Le second versant serait encore plus incertain. Il nous précipiterait dans l'errance.
Partons de la voix. Elle n'est pas un objet comme les autres. L'expérience que nous en avons est multiple. Premier objet du désir, paradigme de l'objet pulsionnel, elle nous sert à définir et maîtriser les objets. Nous avons avec elle un rapport de proximité, voire de fusion. Pourtant elle reste irréductiblement extérieure. Elle ne peut que s'éloigner et finit par s'abîmer dans le vide. Qu'est-elle vraiment? Une énigme. Elle est l'objet le plus proche de son effacement. Même quand elle se présente comme corps extérieur, avec sa propre identité, elle se dérobe, se réduit à un pur signifiant (ce qu'elle n'est pas). Bien qu'elle ait toujours une dimension symbolique, elle est vouée à la perte, destinée à la chute.
Avec l'espace vocal, les ambiguités de la voix contaminent tous les objets. Ils deviennent partiels, restes indistincts d'une opération infinie. On ne peut plus les considérer comme des choses appropriables. Ils chutent (comme la voix). L'art actuel ne cesse de montrer leur métamorphose.
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