Ce mot de respect a un petit côté désuet ou dépassé. Mais quand on examine de plus près ses usages, il reste actuel. Pour Kant, le simple fait que j'aie conscience de ma subordination à la loi suffit à le définir (Il y a de la loi, donc je la respecte). Ce point de vue n'est pas obsolète : on pratique plus souvent le respect de la loi ou de l'ordre que celui des personnes, même si c'est plus par impuissance que par devoir.
Derrida annonce avec d'autres (comme Levinas) un autre genre de respect : celui de l'extériorité, de l'altérité infinie, de la singularité, de la loi de l'autre. Ce n'est pas une nouveauté. Depuis toujours, on craint dieu. On s'incline devant le sublime. Avant toute religion positive, une religiosité universelle nous intime de faire halte devant ce qui doit rester sain et sauf, nous pousse à la retenue, à la pudeur et au scrupule. |