| Il semble que Jacques Derrida, respectant sur ce point la tradition, ait commencé à s'intéresser à la Cabale vers l'âge de 40 ans. Elle ouvre la possibilité d'affirmer un certain athéisme sans s'éloigner de la tora ni du judaïsme, Il lui arrive de l'évoquer assez directement :
- le Pardès, avec ses quatre niveaux de connaissance, il dit l'avoir dans le sang.
- depuis l'enfance, il s'adressait en imagination à un dieu juif (masculin); plus tard, athée, mieux informé de la tradition juive, il s'est adressé à la chekhina (féminine).
- la colonne des nombres - avec ses permutations - veille dans son présent le plus secret, son for intérieur.
- s'il y a création, ce n'est pas à partir du verbe, c'est ex nihilo, car la voix et le temps s'auto-produisent à partir de rien.
- le texte se génére par l'espacement, qui est une sorte de tsimtsoum généralisé.
- on peut lire la Cabale de façon athée, comme dissémination. Son centre [dieu] n'est alors plus une unicité, c'est un texte avec sa polysémie et sa multiplicité.
- la permutation des lettres est une autre logique comparable à l'orphisme, et aussi à l'écriture mallarméenne. Pour une part, l'écriture de Derrida met en oeuvre cette autre logique.
Il lui arrive aussi de ne l'évoquer que de manière implicite (selon la lecture que nous en faisons) : ce que nous appelons sa Cabale cachée. |