| Derrida veut être fidèle à l'esprit du marxisme, il est d'accord pour hériter de lui (à condition de choisir ce dont il hérite). Mais cette fidélité est assez spéciale. Non seulement Derrida n'a jamais été marxiste, mais il soutient que lui être fidèle implique de le déconstruire et de le transformer. Marx avait lui-même prévu sa propre transformation, dont le contenu est imprévisible.
S'il faut déconstruire Marx, c'est parce que la religion est son paradigme premier. Marx veut en finir avec le spectre; en même temps il le préserve sous les noms de valeur d'usage, de plénitude de la vie, ou d'homme. Pour échapper à cette contradiction, il faut aller plus loin que lui et faire son deuil du propre de l'homme.
S'il faut lui être fidèle, c'est parce qu'à travers le travail [et aussi la plus-value, dont Derrida ne parle pas], Marx développe sa propre conception de la différance, quoique limitée. Il fait la guerre à toute différance qui n'entre pas dans son apologie du corps vivant, par exemple à celle qui hante la valeur d'échange. Double standard, double bind, double axiome qui le rend porteur d'avenir.
Son messianisme, indissociable du messianisme abrahamique, est un événement unique dont nous sommes responsables. |