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L'hétéros a changé de statut. Au 18ème siècle, l'hétéronomie était une preuve de faiblesse, voire d'immoralité. Au 21ème siècle, on tend à valoriser ce qui fait violemment irruption. L'idée d'autonomie, magnifiée par l'individualisme bourgeois, est contestée. L'autoréférence apparaît au mieux comme une contradiction logique, au pire comme une impossibilité. L'autonomie de l'art est rejetée dans les ténèbres du modernisme. Le narcissisme est perçu comme un vilain défaut à éradiquer, et la défense de ses intérêts une lamentable régression darwinienne. Cette inversion donne corps à nos nouvelles évidences : mauvais est le culte du moi, bon est l'étrangeté. Plutôt que de rester identique à toi, tu mélangeras les hétérogènes.
Un art comme la peinture qui revendique son extériorité à l'égard du discours est pris en porte-à-faux. Comme elle a renoncé à l'illusion et qu'elle n'est plus qu'elle-même, on tend à l'abandonner et la remplacer par d'autres arts où la tension est plus visible, comme les installations ou la vidéo. S'il y a du sensible, il ne peut être qu'extérieur. Il faut que ça résiste à l'idéalisation. Déjà, Manet avait compris l'appel du dehors. Ses serveuses, repliées sur leur intimité ou leurs soucis du moment, inscrivent dans l'espace pictural un dehors analogue à celui des personnages féminins du Déjeuner sur l'herbe (1863).
L'autre alliance de Jacques Derrida, hétéronomique, n'échappe pas à la tendance. Ce n'est pas mon éthique qui est la loi, c'est l'autre éthique. Si je m'auto-affecte, c'est pour accueillir l'autre. Le beau ne relève plus du goût, mais du tout-autre.
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