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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, une fois, une seule                     Derrida, une fois, une seule
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 17 novembre 2009

[Derrida : une fois, une seule fois, une fois unique]

Autres renvois :
   

Derrida, l'événement

   

Derrida, date et signature

   

Derrida, reste, restance

Derrida, cet unique instant

                 
                       

Pour qu'il y ait langage, il faut une violence originaire : que l'unique, le nom propre, s'inscrive. C'est ce que Jacques Derrida appelle l'archi-écriture. Mais dès le premier matin du langage, ce nom propre s'efface, et avec lui l'origine. Pourtant quelque chose résiste. Un reste subsiste, intraduisible. Ce moment énigmatique, secret, réduit en cendre, peut être lu dans les commémorations ou les bénédictions, mais il ne revient pas. Dans les mots, ce sont les spectres qui reviennent.

La métaphysique [ou la tradition greco-occidentale] est en quête du premier mot de l'être, du mot propre. Elle le suppose caché, dissimulé, voilé. S'il est dévoilé par le logos ou la connaissance, il surgira dans sa vérité. Mais cette tradition se déconstruit. Ce qui arrive est imprévisible. Il n'y a pas de retour du nom unique, mais un anneau qui se répète en spirale, autour du même. S'il produit ou reproduit quelque chose, ce n'est pas de l'identique ni de l'originel, mais de l'archive ou du supplément.

Une oeuvre, singulière, ne se fait qu'une fois, comme en témoignent la date (ce nom propre de l'événement, irréductible au concept), la signature ou le titre qui lui sont attachés. A partir du moment où elle s'est détachée de son support, le subjectile (son corps unique), cette première fois ne se laisse plus répéter, ni retrouver. Le cartouche (qui est daté) ne renouvelle cette première fois que du dehors.

Chaque poème, unique, inscrit une date, et s'adresse à une autre date. Il résiste à la pensée - dans la solitude, la singularité absolue. Toute oeuvre qui se tient à cette hauteur est illisible. Si elle devient lisible, elle perd son secret, elle trahit la singularité de la date, comme celle du destinataire. C'est cette trahison qu'il faut, selon Derrida, absolument éviter. Tout faire pour sauver la singularité de l'idiome, tel est son souci principal, sa responsabilité.

Dans chaque répétition, la différance inscrit irréductiblement l'altération. Elle arrive chaque fois comme une chose unique, inanticipable. La déconstruction porte témoignage de cette singularité. Elle vise l'événement, malgré les artefacts et les simulacres.

Ce qui n'a lieu qu'une fois est imprononçable, irrépétable : comme la naissance, la mort ou la circoncision. On ne peut ni restituer, ni restaurer ce moment. On l'oublie ou on le touche, comme un talith, ce châle qui n'enveloppe qu'un corps. Mais la logique du talith, comme celle de la circoncision, appelle l'autre événement qui se substituera au premier. Ce n'est pas Un (l'indemne), c'est (Un + n). Ce n'est pas une fois, mais une fois pour toutes : la métonymie des métonymies.

La naissance d'un enfant est la figure première de l'événement. L'enfant est l'arrivant absolu, l'origine d'un monde. Même quand sa venue est préparée, attendue, organisée, elle reste aléatoire, irréductiblement imprévisible.

Artaud vivait sa propre naissance comme une expropriation. Il voulait en effacer la répétition. Seuls les gestes uniques du théatre, de la voix ou du dessin, antérieurs à toute dissociation, lui semblaient supportables. Mais ce point était inaccessible. Il ne pouvait qu'être trahi.

 

 

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Propositions

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Penser l'unique dans le système, l'y inscrire, tel est le geste de l'archi-écriture

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Le "graphein" (archi-écriture) est effacement originaire du nom propre, oblitération du propre qui se produit dès le premier matin du langage

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Les mots sont des spectres : avec eux revient l'origine, et aussi la perte inéluctable de l'origine

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Dans l'anneau, l'unique s'allie avec lui-même comme autre, il répète son retour autour du même

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La date est le nom propre de l'événement singulier, capable de survivre

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Comme tout ce qui n'a lieu qu'une fois, la date résiste à la pensée

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La date opère toujours comme un schibboleth : elle manifeste qu'il y a de la singularité chiffrée, irréductible au concept et au savoir

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Par essence une signature est toujours datée, et l'inscription d'une date ne va jamais sans une espèce de signature

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Le subjectile est le corps unique de l'oeuvre, en son premier événement, qui ne se laisse pas répéter

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On ne peut retrouver la trace singulière, originaire, archivante, celle de l'autre en soi, car à l'instant de son impression, elle ne se distingue pas encore du support

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Une déconstruction conséquente est une pensée de la singularité, donc de l'événement

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La singularité de l'événement, voilà la chose de la différance

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L'itérabilité transgresse le code ou la loi qu'elle constitue; elle inscrit a priori, de façon irréductible, l'altération dans la répétition

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Toute oeuvre ou écriture est un crime, un parjure - car, pour être lisible, elle perd le secret, trahit la singularité du destinataire

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Ce qui, dans l'espérance heideggerienne, relève de la métaphysique, est la quête du mot propre (premier mot de l'être), du nom unique

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"Tout faire pour sauver, dans la langue et dans l'image, la singularité de l'idiome intraduisible" - tel est le souci principal, la responsabilité à prendre

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Il arrive aujourd'hui à la poésie une expérience absolument nouvelle : la date reste en mémoire, singulièrement et en toute clarté

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La première figure de l'arrivant absolu, de l'origine d'un monde, c'est la naissance d'un enfant

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Le cartouche, lieu du titre et de la signature d'une oeuvre, est une performance qui, elle aussi, n'a lieu qu'une fois - mais s'augmente aussitôt jusqu'à l'arrêt

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Artaud a voulu effacer la répétition en général : seuls le geste ou la parole qui n'ont lieu qu'une fois et qui sont oubliés sans réserve sont dignes de son projet

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Artaud nous enseigne l'unité antérieure à la dissociation

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Artaud dit la vérité contre laquelle il proteste avec violence : tout moi, en son nom propre, est appelé à l'expropriation familiale du nouveau-né

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La circoncision n'a lieu qu'une fois

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L'irréductible référence à l'Un sépare la logique du talith de celle du voile : (Un + n) ne se multiplie que la première fois

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Le talith enveloppe un seul corps, unique, pour la prière, la bénédiction et aussi pour la mort

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La circoncision, qui se joue "une fois pour toutes" en détachant la partie du tout, n'est pas une métonymie parmi d'autres : c'est une métonymie des métonymies

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