Projet
Derrida
Art
Sources
Scripteur
Mode d'emploi
         
 
         
Boutique
Le récit de l'Orloeuvre

 

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Séparer "oeuvre" et "art"                     Séparer "oeuvre" et "art"
Sources (*) : L'archi-oeuvre               L'archi-oeuvre
Pierre Delain - "L'oeuvre, plus d'un secret", Ed : Galgal, 2011-2013, Page créée le 16 février 2011 Oeuvres : répondre de l'unique

[Pour définir un concept d'oeuvre, il faut rompre la circularité qui unit "oeuvre" et "art"]

Oeuvres : répondre de l'unique
   
   
   
Le concept d'oeuvre chez J.D. Le concept d'oeuvre chez J.D.
Concept d'oeuvre, présentation               Concept d'oeuvre, présentation    
                       

logo

Cliquer pour accéder à son texte

 

Dans «œuvre d’art», peut-on distinguer entre les deux mots, «œuvre» et «art»? Dans leurs ouvrages d'esthétique, les grands philosophes (dont Hegel, Kant, Heidegger) ont tous présupposé l'existence de l'oeuvre d'art. Aucun d'entre eux n'a pensé à dissocier les deux termes. Tout se passait pour eux comme si, entre "oeuvre" et "art", il y avait une équivalence évidente, une circularité. Il leur est arrivé de s'interroger sur le sens du mot latin "ars" ou du grec "technè", mais tous se sont engagés dans le cercle qui associe l'art, l'artiste et l'oeuvre, l'ont parcouru et en ont attendu la récompense prévue : une fête de la pensée. Jacques Derrida propose le chemin inverse : rompre violemment ce cercle, ne pas l’assumer, ne se fier ni à l'évidence de l'oeuvre, ni au sens supposé un et nu du mot "art".

Si l'on suit la position derridienne en se tenant à l'écart du cercle, quelle différence peut-on faire entre "oeuvre" d'une part et "oeuvre dit d'art" d'autre part? Disons que l'art se situerait du côté de la métaphysique et du logocentrisme, tandis que l’œuvre tout court, dans son unicité, sa singularité irréductible, se situerait «par essence» du côté de la déconstruction et de la dissémination. Cette opposition, qui vaut pour l'oeuvre dite d'"art" comme pour l'oeuvre dite "de l'esprit" ne distingue pas entre des objets différents, elle opère dans le concept lui-même, qui perd son unité et son indivisibilité.

On peut la travailler dans différentes directions :

1. L’œuvre dite d’art se rattache à des systèmes, des genres, des styles que les experts ou les savants peuvent classer selon des grandes catégories correspondant à des espaces ou des époques déterminés --- tandis que l’œuvre fait irruption, elle est imprévisible, incalculable, c’est un événement que n’annonce aucun horizon d’attente. L'oeuvre survient, elle fraye une voie, elle fait effraction. La différance en elle est inarrêtable.

2. L’œuvre dite d’art se présente sur un support stable et identifié, elle est mise en ordre, entreposée et/ou exhibée en un lieu reconnu et légitime (le musée, la galerie, la demeure du collectionneur), elle est inscrite dans de multiples parerga (le titre, le cadre, la légende, le commentaire, la préface, la signature, etc…) --- tandis que l’œuvre est inséparable d’un «subjectile» lui-même en mouvement (comme la feuille brûlée d'Artaud), on ne peut jamais arrêter sa marche, elle est coupée de son référent d’origine.

3. L’œuvre dite d’art est inséparable d’un accès aux archives, d'une mémoire, de la documentation et du savoir qui l’accompagne --- tandis que ce qui nous éblouit dans l’œuvre est une obscurité, un non-savoir, une énigme, un secret.

4. L’œuvre dite d’art obéit aux postulats humanistes, elle appartient au champ de la culture --- tandis que l’œuvre garde la discordance, elle contribue à détruire toute forme établie, à délégitimer toutes les partitions du discours.

5. L’œuvre dite d’art reflète la «vérité» de son époque, elle repose sur la sécurité d’une parole investie d’autorité et de crédibilité, elle commente le monde --- tandis que l’œuvre a été abandonnée, laissée sans destinataire, elle n’a plus aucun rapport avec l’intention de son auteur, elle est orpheline.

6. L’œuvre dite d’art est idéalisée, exposée, reproduite, expliquée, justifiée, instrumentalisée par les pouvoirs --- tandis que l’œuvre exhibe son inutilité, son désœuvrement.

7. L’œuvre dite d’art est indivisible, suffisante, autonome --- tandis que l’œuvre se rapporte à une date unique, indéchiffrable comme telle, elle peut être analysée, décomposée, divisée, suppléée.

---

Bien sûr cette opposition conceptuelle entre œuvre et art laisse ouvertes des possibilités infinies de coexistence et de compromis. Entre œuvre et art, il peut y avoir rencontre. Certaines oeuvres ignorent le champ de l'art et tout ce qui va avec (la culture, l'institution, le marché); pour d'autres, la rencontre arrive dans des lieux spécialisés : le musée, la galerie, la collection (déjà cités), ou encore le livre d'art, le magazine, le site Internet où les oeuvres sont reproduites. Pour d'autres encore, la rencontre se fait dans la langue. L'oeuvre au sens strict peut "faire sens" pour quelqu'un qui se définit comme un amateur d'art ou un spécialiste. Elle peut trouver sa place dans la culture, les médias, le commentaire critique ou la pensée théorique. Quand cette rencontre intervient, elle produit un effet de légitimation. Quand la conjonction entre "oeuvre" et "art" s'effectue, l'"oeuvre d'art" existe. Existe-t-il pour autant un champ homogène, un discours institué qui pourrait unifier l'ensemble de ce qui est couramment désigné par ce syntagme "oeuvre d'art"? On peut en douter. Chaque oeuvre est singulière, unique. Elle peut s'inscrire dans un style, un genre ou un champ déterminés de l'histoire de l'art, mais cette inscription ne correspond à aucune nécessité. Il arrive aussi qu'elle ne s'y inscrive pas.

--------------

Propositions

--------------

-

[Il faut considérer chaque oeuvre dans son unicité, comme une proposition singulière]

-

[Devant une oeuvre, tout savoir est suspendu]

-

[Ce qu'on appelle l'"art et la culture" est l'unique et ultime instance susceptible de légitimer la qualification d'artiste]

-

Un titre est le nom propre d'une oeuvre ou d'un texte qui, en étant dedans et dehors, garantit conventionnellement son identité

-

Pour dire la vérité de l'oeuvre, le savoir académique se l'approprie, s'y identifie, la restitue au code en excluant son extériorité

-

Le cartouche (texte accompagnant une oeuvre) inscrit le récit selon lequel l'oeuvre a un père et une généalogie

-

Rendre une oeuvre accessible, c'est soumettre une interprétation à une interprétation

-

L'historien de l'art fait revenir le tableau comme reste ou mémoire d'un mort, comme s'il pouvait faire revivre son légitime propriétaire afin de lui restituer l'oeuvre

-

Quand on s'interroge sur l'art, on ne peut pas échapper à une circularité : l'art existe par les oeuvres, et les oeuvres par l'art

-

[On archive l'oeuvre dans les systèmes de l'art; mais on ne peut pas empêcher qu'ils défaillent (mal d'archive)]

-

Le Musée est chose de la mère, il tient lieu de mère, lieu intact et intangible de l'Immaculée Conception

-

[Un musée est un lieu où l'oeuvre est mise en ordre]

-

Ce qui va par deux n'est pas nécessairement une paire : comme les chaussures de Van Gogh, ça ne marche pas, ça boîte

-

[Nul ne peut s'approprier l'archi-oeuvre]

-

L'histoire de l'art laisse entendre que le mot "art" a un sens unique et nu - comme s'il y avait un "vouloir-dire" dans toute oeuvre dite d'"art"

 

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
   
 
 
Follow @pdelayin

 

 

 
   
 
     
 
                               
Création : Qylal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

PDel
ArchiOeuvreArt

CM.LMM

MQiArchiOeuvre

BC.MLM

FilOrloeuvre

E.BC.MLM

ConceptOrloeuvre

DD.LDD

OeuvrePlusSecret

FG.LDF

GD_ArchiOeuvreArt

Rang = VAO-01000
Genre = -