Même si le thème du beau est passé de mode; nous y sommes sensibles. Mais à quoi exactement sommes-nous sensibles? Nous ne le savons pas, et ce non-savoir est irréductible. Qu'est-ce qui est beau? Ça dépend des goûts. Comme l'explique Kant, il n'y a ni règle objective, ni concept, et il ne peut pas y en avoir, même si ce qui est beau plaît à tous. Question de jugement ou d'idée du beau. Cet objet-là ne sert pas à sa finalité usuelle, il ne sert qu'à nous donner le sentiment de la beauté. Nul n'a besoin de nous le souffler, c'est la substance même de notre esprit, telle qu'elle se livre dans notre intuition sensible.
Le sentiment de la beauté est purement subjectif (c'est une auto-affection).
Puisque nous parlons de beauté, c'est qu'elle est intersubjective. Nous pouvons nous appuyer sur elle pour passer du particulier à l'universel.
Dans la beauté, de la vérité se manifeste. C'est une concordance étrange, mais vécue. Sans elle, les philosophes ne s'y intéresseraient pas.
Pour qu'il y ait beauté, il faut qu'il y ait ouverture, écart, parcours d'un désir. Il faut qu'il y ait tension dans l'oeuvre, surabondance, laquelle est toujours délimitée par un cadre, un bord, un parergon.
Il y a de la beauté dans la nature, dans la vie, dans la forme humaine. Héritier de la tradition grecque, l'humanisme se saisit de cette beauté. L'idée d'une bonne forme capable de conquérir l'espace existe dans tout graphisme. L'impressionnisme, qui semble rompre avec le dessin, en est peut-être, en réalité, le sommet.
Mais la beauté qui intéresse le sujet libre n'est ni celle-là, ni celle qui réside dans l'ordre ou la norme. C'est celle d'une forme symbolique qui peut faire l'objet d'un jugement - même si l'horreur prend la place de la beauté, même si cette beauté-là nous glace d'indifférence.
Sous la beauté visible, il y a une beauté invisible. |