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Désir d'esthétique                     Désir d'esthétique
               
Calixthe Daggoua - "Répliques et réplications", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 19 février 2007

[L'esthétique est mourante, mais nous la désirons encore]

Autres renvois :
   

Le beau

   

Kant et l'esthétique

   
                 
                       

En tant qu'expérience humaine, anthropologique, la sensibilité à l'oeuvre d'art, qui ne se confond pas nécessairement avec le sentiment du beau, a toujours existé. En tant que branche de la philosophie, elle n'est née qu'au 18ème siècle et a culminé avec Kant. Admettons que différents régimes esthétiques se soient succédés, et que le nôtre, le seul dont nous puissions valablement parler, commence quand l'ère de la représentation prend fin - vers la fin du 19ème siècle. Une expérience nouvelle se met en place, qui nous est encore énigmatique.

Avec ou sans Kant, l'esthétique est affaire de goût. Mon goût est subjectif car aucune théorie, aucun critère externe ne peut me dire ce qui est beau. Est de l'art ce qui me plait, en fonction de ma sensibilité. Nous sommes tous égaux devant cela. Tout être doué de liberté et de sensibilité peut se positionner comme esthète. Ce tournant dans l'esthétique est aussi un tournant éthique.

Quand l'esthétique est normative, elle transforme l'oeuvre en une totalité figée. Elle appelle un discours savant qui l'isole, l'idolâtre, la banalise, la ravale à un schéma conceptuel (par exemple abstrait/figuratif, forme/matière). Privilégiant le respect de normes d'analyse et/ou de règles, l'objet ne vise que sa propre conservation. Les forces de l'art sont emprisonnées, la forme est séparée du désir. Il se dissout dans le lien social et s'instrumentalise : pour la politique ou la guerre (elles-mêmes esthétisées).

Mais l'abandon des critères objectifs n'est pas non plus sans risque. L'esthétisme est transféré ailleurs : dans l'artiste, dans le lien social, dans la création, dans la réalité, dans la vérité, dans la transgression, voire dans la simple désignation. Loin de sauver l'oeuvre, ces croyances accélèrent sa destruction.

Le 20ème siècle a tenté de sauver la dimension esthétique de l'oeuvre par des moyens paradoxaux : sacraliser le dégoût, l'horreur, l'abjection, la destruction des limites, ou à l'inverse introduire le moralisme dans l'art, ce qu'on appelle le droitdel'hommisme, la politisation / esthétisation du caritatif. Ces tentatives n'ont abouti qu'à la noyer un peu plus.

L'esthétique est toujours mourante, mais jamais morte. Des pratiques ou des objets continuent à s'extraire des formes ordinaires de l'expérience et à s'exposer au jugement d'autrui.

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Propositions

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Il n'y a pas de fondement théorique au jugement esthétique

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Au 18ème siècle, philosophie et critique esthétique sont intimement liés

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Prenant exemple sur la géométrie, l'esthétique classique refuse de fonder l'art sur l'imagination, et privilégie les rapports et les règles

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Avec l'esthétique, les spécialistes emprisonnent les forces vivantes de l'art, de même que les religieux se servaient autrefois des oeuvres pour conjurer les éléments

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L'esthétique totalise l'oeuvre d'art en une chose autonome, apparemment close sur elle-même, qui n'a plus d'action dynamique

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Le point de vue esthétique échoue à affronter l'oeuvre d'art dans la mesure où il l'isole

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L'esthétique traite la production du sens sur un mode sensible

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Le libre jeu esthétique définit un mode d'expérience inédit, porteur d'une nouvelle forme d'universalité et d'égalité sensible

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La révolution esthétique est un nouveau partage du sensible où un tissu vivant d'expériences et de croyances communes remplace l'ancienne mythologie

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L'esthétisme exploite la banalité du visuel, en évitant les sources agissantes des forces

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Dans le régime esthétique de l'art, l'art est identifié comme concept spécifique, mais il l'est par la défection même de tout critère le distinguant

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Depuis que les oeuvres d'art ont perdu leur sens religieux, on les considère comme des produits esthétiques autonomes et on oublie la faille qui sépare le discours du tableau

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Il n'est pas de réalisme en art qui ne fut d'abord profondément esthétique

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Le cinéma, comme spectacle, participe de la dimension esthétique au sens anthropologique

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Le régime esthétique de l'art est une forme sensible hétérogène par rapport aux formes ordinaires de l'expérience

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Un tournant éthique affecte aujourd'hui l'esthétique et la politique

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L'esthétique est porteuse d'une égalité inédite : en n'importe qui peuvent se rencontrer l'activité fabricatrice et l'émotion sensible

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Le Nu esthétique vise à séparer forme et désir

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La distinction forme/matière, qui sert de schéma conceptuel par excellence pour toute théorie de l'art et toute esthétique, relève de l'être-produit, et non pas de l'être-chose de l'oeuvre

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Dans le jugement esthétique, le sujet dépasse son moi et rejoint autrui

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L'esthétique relationnelle, qui se propose de restaurer le lien social à travers l'art, aboutit à une indigence "infra-mince" de l'oeuvre

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Ce qu'on peut reprocher à l'art contemporain : "la destruction consciente de toutes les limitations de l'esthétique, y compris la conscience de la construction"

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En 1913, Schönberg accepte la transgression des normes esthétiques, mais pas celle des normes de comportement ni de la propriété privée

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L'expérience esthétique est déictique, chaque fois unique, elle n'est pas intersubjective

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Une esthétique du dégoût remplace l'esthétique du goût qui a dominé l'art de 1750 à 1970

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Permettre aux masses de s'exprimer sans transformer le régime de propriété conduit à une esthétisation de la vie politique dont le point culminant est la guerre

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Le régime esthétique de l'art commence quand prend fin l'ère de la mimesis (régime de la représentation)

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Sous l'influence de Shaftesbury, le centre de la problématique esthétique s'est déplacé de l'oeuvre d'art (classicisme) ou du sujet (empirisme) vers le processus de création

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Le jugement de goût est l'idolâtrie de l'art

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Le but esthétique du surréalisme correspond à celui de la photographie : produire des images qui, comme hallucinations vraies, abolissent la distinction de l'imaginaire et du réel

     


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