Il peut y avoir un lien entre art et politique sans que pour autant l'art parle de politique. Cette distinction qui peut paraître subtile est pourtant le coeur du débat. Il y a du politique partout, y compris dissimulé dans l'art apparemment le moins politique. Mais quand l'art est inféodé à la politisation triviale, on ne produit que des propagandistes ou des belles âmes. On fait proliférer les signes et les interprétations, mais pas les oeuvres. Quant une avant-garde artistique intègre cela, elle rompt son alliance avec la politique radicale.
C'est vers une micropolitique ou une métapolitique de l'art qu'il faut tendre, pas vers une confusion ou un brouillage des frontières entre art et politique. Une interrogation éthique peut être plus politique que la plus violente des dénonciations.
Derrière toute utilisation politique de l'art, que ce soit sous forme d'objet ou d'intervention, il y a la croyance selon laquelle l'art peut servir à quelque chose : répandre des idées ou réparer le monde. Mais un objet calibré sur des techniques de masse, comme le film parlant, risque de ne reproduire que des mouvements de masse. C'est autre chose qu'il faut à l'art.
Il peut y avoir un art politique, à condition qu'il ne serve à rien, comme le surréalisme. Il n'est pas politique par destination, mais par essence, en tant que producteur d'écarts et de formes. C'est la sensibilité elle-même, si elle est universelle et égalitaire, qui porte la dimension politique en art. Aucune démonstration ni présentation rhétorique n'est nécessaire. |