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Surréalisme, émanation du rêve                     Surréalisme, émanation du rêve
Source : Art, politique               Art, politique
Walter Benjamin - "Oeuvres II", Ed : Folio-Gallimard, 2000, pp113-134, Le Surréalisme Liberté

Le surréalisme est une révolution poétique qui veut porter l'action politique dans l'image en poussant à l'extrême la crise du concept humaniste de liberté

Liberté
   
   
   
Sans souffle, pas de poésie Sans souffle, pas de poésie
                 
                       

L'observateur allemand est (plus que le français) depuis longtemps familiarisé avec la crise de l'intelligentsia et du concept humaniste de liberté [ce texte a été écrit en 1929] (p113). Il ne s'arrête pas à l'apparence. Il ne considère pas le surréalisme seulement comme courant artistique ou poétique. Il sait qu'il est porteur d'expériences, non de théories ou de fantasmes. C'est, outre une vague de rêves qui ébranle le moi comme le sens, une révolte amère et passionnée contre le catholicisme, une illumination profane, une manifestation, un mot d'ordre. Les surréalistes produisent un énorme flot d'image, sans considération pour le sens. Ils donnent la préséance au langage (p115) et, par cette ivresse, ébranlent le monde (p116). Il s'agit d'autre chose que de littérature : de politique.

Depuis Bakounine, l'Europe ne disposait plus d'une idée radicale de la liberté (p129). Les surréalistes ont cette idée. Ils veulent pousser la crise de l'art (p122) aussi loin que possible par des expériences magiques sur les mots, ce à quoi se résument les avant-gardes, futurisme, dadaïsme et surréalisme. Ont-ils réussi à fondre l'expérience de la liberté dans celle de la révolution (p130)? A lier la révolte et la révolution? Leur politique poétique tend à gagner à la révolution les forces de l'ivresse (p131). Ils n'ont rien d'autre à offrir que des images (p132). Ils cherchent la révolution dans une radicale liberté intellectuelle (p124-5), le changement des opinions individuelles, la justification du mal ou l'abjection au service de préjugés romantiques, plutôt que dans la transformation des conditions matérielles.

Difficile de trouver une formulation pour résumer le sens général de cet article. Je le prends par où il commence et il finit : la crise du concept humaniste de liberté. Les surréalistes font l'expérience de la liberté en poussant l'image (la comparaison, la métaphore) aussi loin qu'il est possible, image étant pris ici au sens littéraire (le "comme si") et non pas au sens visuel. Benjamin explique que l'objectif de cette expérience n'est pas l'art pour l'art, mais la politique, une politique révolutionnaire qui ne vise pas la société, mais les mots, les objets surranés ou modernes (comme la ville de Paris), des objets saisis par l'analogie ou la photographie (p122), réinvestis par une politique qui n'agit pas par militantisme, mais par ivresse. Pousser l'ivresse des mots, dans une liberté absolue, jusqu'à la révolution, serait la formule du surréalisme, incapable de faire la jonction avec la révolution sociale, ne serait-ce que parce que ce mouvement littéraire qui se réfère plus à la tradition qu'à la révolution est foncièrement pessimiste.

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