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de Jacques Derrida

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Derrida, l'art, l'oeuvre                     Derrida, l'art, l'oeuvre
Sources (*) : Derrida, phallus, phallocentrisme, le sexuel               Derrida, phallus, phallocentrisme, le sexuel
Jacques Derrida - "Glas", Ed : Galilée, 1974, pp17bi-18bi

 

Junon (Rembrandt, 1662) -

"Glas" : Faire son deuil de la signature

La gloire du chef d'oeuvre, son habitat colossal, c'est qu'il fait bander devant un cadavre décapité, devant des fleurs, devant sa propre signature, devant rien

"Glas" : Faire son deuil de la signature
   
   
   
               
                       

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C'est Derrida qui associe le chef d'oeuvre à l'habitat colossal. "Habitat colossal : le chef d'oeuvre" (Glas p17b). Dans le mot "chef d'oeuvre", il y a "chef", la tête. Genet glorifie la décapitation des jeunes délinquants dont il partage la vie en prison. Celui qu'il nomme Notre-Dame est condamné à la peine capitale, à avoir la tête coupée. C'est pour Genet un acte sacré, une bénédiction. Quand il voit son cadavre aux côtés de fleurs tombales, il bande et il imagine que le bourreau, lui aussi, dans son acte, a bandé. Grâce à l'écriture, cette double bande ou double érection lui apporte la gloire, une gloire colossale. C'est dans cette scène d'écriture qu'il habite.

Citation de Jean Genet dans Pompes funèbres : "J'aurai un bel enterrement. Nous agissons aux fins d'un bel enterrement, de funérailles solennelles. Elles seront le chef-d'oeuvre au sens exact du mot, l'oeuvre capitale, très justement le couronnement de notre vie. Il faut mourir dans une apothéose et il n'est guère important qu'avant ou après ma mort je connaisse la gloire si je sais que je l'aurai, et je l'aurai si je passe un contrat avec une maison de pompes funèbres qui se chargera de réaliser mon destin, de l'achever" (p17bi-18bi).

Un peu plus loin, au bas de la même sous-colonne (p18bi), Derrida a écrit :

"Toute l'écriture est peut-être prise, enceinte dans cette scène qu'on pourrait encore essayer de nommer. Car le prénom ne suffit pas à la classer. Ni le nom. L'un doit bander l'autre   " [la phrase prend fin, se termine ou ne se termine pas, sans ponctuation].

Dans la colonne suivante (p19bi), Derrida associe nomination et décapitation. Dans les deux cas, il y a coupure de la tête (de l'esprit, du mot, du nom) qui se détache du corps. Ecrire, c'est détruire violemment, c'est sacrifier tout ce qui n'entre pas dans l'écriture, tout ce qui ne concourt pas à la gloire. C'est ce sacrifice qui fait bander. Bander doit ici être pris dans tous ses sens : jouissance phallique, pansement, bord, lien. En nommant, on met en place la double bande d'une stricture, et on érige aussi sa gloire phallique. Quand Genet signe de son nom, c'est un moment d'érection dans le propre de la signature, un moment indissolublement lié à la mort.

Un chef d'oeuvre de Rembrandt en majesté : Junon (1662).

 

 

Qualifier un écrit (ou une oeuvre en général) de "chef d'oeuvre", c'est le décapiter. Devenu un chef d'oeuvre pour la postérité, il n'est plus qu'un chef, une tête, détachée du corps, un phallus autonome, souverain, majestueux. Il fait jouir comme on jouit de son nom, de sa signature, ou comme on jouit de réduire un autre au surnom qu'on lui aura assigné. Genet aime les surnoms, c'est une façon de s'approprier l'autre dans son chef d'oeuvre à lui, son écrit. Il ne peut s'ériger dans sa propre signature que si ça tombe.

Quand Genet "donne" des surnoms à ses compagnons prisonniers, il ne fait que les décapiter. Il les élève à la beauté du personnage de roman, il en fait des dieux et aussi des enfants innocents, vierges. Mais ces dieux ont perdu toute personnalité. Ils y laissent définitivement leur singularité. Il n'en reste que des noms, des éléments du chef d'oeuvre. Il en est de même pour la peinture de Rembrandt. Chaque tableau est un chef d'oeuvre, mais que sait-on de celui qui est portraituré?

Ecrire un chef d'oeuvre, c'est passer un contrat avec une maison de pompes funèbres. C'est une scène d'écriture qui fait bander devant son propre nom, érigé, en grande pompe, en statue colossale.

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Jacques Derrida commente à nouveau cette citation dans la séance du 5 mars 2003 de son dernier séminaire, La bête et le souverain, peu avant sa mort. Il parle alors du livre qu'il écrit (de son œuvre) comme "un ensemble de dispositions pour le posthume" analogue à un enterrement (p312). L'œuvre en général est une sorte de contrat qu'on tente de passer avec la culture, une institution considérée comme une entreprise de pompes funèbres, par lequel on jouit maintenant, ici maintenant, au présent, d'une gloire qui n'arrivera peut-être jamais.

 


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